PROCES D'O'CONNELL.--COUR DU BANC DE LA REINE.

[Illustration: Le juge Burton.--Le président Pennefather.--Le juge

Crampton.--Le juge Perrin. (Voir la note de la page 234.)]

Les artistes dramatiques, à qui il arrive aussi souvent le soir d'être

rois et reines, n'en sentent pas moins quelquefois le matin les cris du

besoin. Ils ont donc formé, entre eux une association de secours qui

sert des pensions à quelques vétérans de l'art. Voici les noms de ces

pensionnés par ordre d'ancienneté dans la carrière. C'est un curieux

tableau, en même temps, de longévité chez les comédiens. M. Fragneau,

doyen de tous les comédiens en exercice, 81 ans; M. Mériel, 75 ans;

madame Mériel, 72 ans; madame Brunet, 72 ans; M. Bergeronneau, 68 ans;

M. Bignon, 76 ans; M. Pougin père, 70 ans; M. Pic-Duruissel, 70 ans;

madame Berger, 60 ans; M. Dugy, 70 ans; M. Bougnol, 82 ans; madame

Clairençon, 91 ans; mademoiselle Zoé Duquesnois, 72 ans; M. Massun, 73

ans. Ces quatorze vétérans de l'art dramatique réunissent, entre eux

_mille trente ans_, dix siècles passés!!!

L'administration de la ville de Paris continue avec zèle ses travaux

d'embellissement, et d'amélioration. Les appareils pour la conduite des

eaux du puits artésien de Grenelle aux réservoirs de l'Estrapade se

poursuivent activement. Jusqu'au succès de cette belle et heureuse

entreprise, dix-huit à vingt barrières de Paris se trouvaient à un

niveau trop élevé pour recevoir l'eau d'aucun des établissements

hydrauliques de la ville. Grâce au puis de Grenelle, voilà qu'on est

parvenu à remédier à cette triste disette. Mais on ne s'est pas contenté

de cette puissante source pour alimenter Paris; le projet conçu par M.

Arago d'élever les eaux de la Seine au moyen de turbines qui doivent

remplacer le chétif établissement hydraulique du pont Notre-Dame est

définitivement adopté pour recevoir son commencement d'exécution au

printemps prochain. Entre autres emplois qu'on se propose de faire des

masses d'eau que ces puissants appareils élèveront, se trouve le curage

de la rivière de Bièvre. On sait quels germes de mort traîne après lui,

dans son cours à peine sensible, ce ruisseau fangeux et cependant si

utile aux établissements qui l'avoisinent. Quel immense service que

celui de faire contribuer les eaux de la Seine au nettoyage à fond de

cette rivière, une fois chaque aimée, alors qu'elle est presque tarie,

et que de son lit sortent des miasmes pestilentiels. Ces projets sont

des bienfaits réels, et qui honorent l'administration d'autant plus

qu'ils s'adressent aux classes laborieuses presque exclusivement, car ce

sont elles qui peuplent en très-grande partie, les quartiers que ces

mesures vont assainir.--Tout se prépare pour la restauration de

Notre-Dame. Un concours a été ouvert L par M. le ministre des cultes, et

un projet de MM. Lassus et Viollet-Leduc, auxquels on doit déjà des

travaux de ce genre, bien connus et bien exécutés, a été placé en

première ligne par le conseil des bâtiments civils. Les réparations si

malheureusement faites antérieurement à la partie septentrionale de

cette cathédrale commandaient que le plus grand soin fût apporté au

choix des artistes à qui seront confiés la restauration générale de la

sainte basilique et la construction d'une sacristie au flanc méridional

du monument.--Un débat s'est engagé sur un coeur trouvé récemment à la

place de l'autel de la Sainte-Chapelle. Suivant quelques archéologues,

ce doit être le coeur de saint Louis, son fondateur; auquel cas, un

aurait à le transporter sans retard dans les caveaux de Saint-Denis.

Mais, suivant le savant M. Letronne, c'est bien plus probablement le

coeur du maçon qui a construit cet édifice, et auquel les honneurs

royaux ne sont pas dus. Dès qu'il aura été prononcé en dernier ressort,

nous enregistrerons le jugement.--On vient de faire placer, sur la

maison de la rue Richelieu numérotée 34, en face du monument élevé à

Molière, et qui sera, comme nous l'avons annoncé, inauguré le 15 du mois

prochain, un très-beau cadre en marbre blanc, au milieu duquel on lit,

sur un fond noir, écrit en lettres d'or: «Molière est mort dans cette

maison, le 17 février 1673, à l'âge de cinquante-un ans.» Cette

inscription est surmontée du millésime 1844, encadré dans une couronne

de laurier. Elle ne sera découverte que le jour de la cérémonie.

Nous avions raconté, d'après des journaux de Berlin, qu'une action

judiciaire était intentée contre une danseuse espagnole, mademoiselle

Lola Montez, qu'on accusait d'avoir malmené un gendarme à coups de

cravache. Nous avons dit depuis que cette demoiselle avait écrit au

_Journal des Débats_ que la justice de Berlin avait renoncé à ses

poursuites contre ce qu'elle appelait une vivacité et que le gendarme

qui l'avait essuyée était même venu lui en demander pardon. Cela

prouvait qu'Odry n'est pas le seul artiste qui ait rencontré de bons

gendarmes. Mais des lettres de Varsovie du 25 novembre viennent nous

apprendre que mademoiselle Montez ayant été mal accueillie, par le

parterre de cette ville, s'est permis envers lui, sur le théâtre, des

gestes qui n'avaient rien de gracieux et qui laissaient à désirer sous

le rapport de la décence. Un gendarme lui a encore été envoyé, et ce

n'est qu'après lui avoir opposé une rude résistance, qu'elle a quitté

Varsovie comme elle avait quitté Berlin. Elle a annoncé, par sa lettre

au _Journal des Débats_, qu'elle comptait se rendre prochainement à

Paris. Gendarmes! garde à vous!

L'Illustration, No. 0041, 9 Décembre 1843 · 第 10 / 15 题