Revue algérienne, _Portrait du colonel Eynard; Décorations de
Sidi-Embarek; Tête de Sidi-Embarek_.--Révolution du Mexique. (Suite.)
Alaman.--De l'autre côté de l'Eau, par O. N-(Suite.) _Cinq
gravures_.--Embellissements et Constructions nouvelles, à Paris. _Pont
de la Cité_.--Courrier de Paris. _Portrait de Bouffé._--Observations
météorologiques.--Théâtres,--Histoire de la Semaine. _Le Capitole de
Washington: Extérieur et Intérieur du Wagon de la reine d'Angleterre;
les Juges du Banc de la Reine; Portrait de l'empereur de la Chine;
Portrait de M. de Lagrenée, ambassadeur de France en Chine._--Romanciers
contemporains. Charles Dickens. (Suite.)--Colonie d'Enfants pauvres à
Petit-Bourg. _Cinq Gravures_.--Bulletin
bibliographique.--Annonces.--Piano de la Reine d'Espagne. _Une
Gravure_.--Modes. _Une Gravure_.--Rébus.
Revue algérienne.
SITUATION D'ABD-EL-KADER.--SON CAMP PLUSIEURS FOIS SURPRIS--DÉVOUEMENT
DU TROMPETTE ESCOFFIER.--LE COLONEL EYNARD.--SOUMISSION DE
MOHAMMED-BEL-KHAROUBI, PREMIER SECRÉTAIRE DE L'ÉMIR--MORT DE
SIDI-MOHAMMED-BEN-ALLAL-OULD-SIDI-EMBAREK, LE PLUS PUISSANT DE SES
KHALIFAHS.
[Illustration: Portrait du colonel Eynard.]
Depuis la prise de sa zmalah (Voir l'Illustration, t. I, p. 309),
Abd-el-Kader a vu de jour en jour décroître sa puissance. De tout le
vaste territoire qui lui obéissait naguère, il ne lui reste maintenant
qu'une zone fort étroite, à plus de quatre-vingts kilomètres au sud de
Mascara et de Tlemcen, seule contrée qui soit, le théâtre de la guerre,
et dans laquelle vivent quelques tribus ruinées.
Les forces dont l'émir dispose paraissent réduites à 6 ou 700 fantassins
et environ 4 à 500 cavaliers réguliers; il n'a plus de magasins; il ne
lève plus d'impôts; ses ressources militaires et financières s'épuisent,
et néanmoins il continue avec une opiniâtre persévérance sa lutte
désespérée.
[Illustration: Décorations de Sidi-Embarek.]
Grâce aux opérations militaires, conduites avec autant d'ensemble que
d'habileté; grâce surtout aux mouvements rapides de nos colonnes
sillonnant l'Algérie dans tous les sens, la province d'Alger est
aujourd'hui parfaitement réunie à celle d'Oran, dans toute l'épaisseur
du pays entre le désert et la mer, et les communications directes avec
celle de Constantine ont été ouvertes par la jonction au pied du
Djebel-Diza des deux ruines de Titteri et de Sétif, sous les ordres des
généraux Marcy et Syllègue.
Au commencement d'août, les efforts combinés des colonels Pélissier,
Korte et Jusuf ont amené la soumission des tribus nomades occupant la
partie du désert qui s'étend depuis le sud de la province de Titteri
jusqu'au sud de Tagdemt. L'apparition de troupes françaises au milieu
des populations arabes les plus éloignées a frappé celles-ci
d'étonnement et d'épouvante; elles ne se croient plus nulle part à
l'abri de nos coups.
Autrefois, les Arabes considéraient comme un miracle la présence d'un
corps de 3 à 400 Turcs, qui, après une razhia, se retiraient bien vite.
Aujourd'hui, quelle n'est pas leur terreur en voyant arriver, comme avec
le colonel Jusuf, 1,000 fantassins, qui non-seulement tombent sur eux à
l'improviste, mais qui les poursuivent pendant plusieurs jours jusque
dans les lieux qu'ils croyaient inaccessibles?
Les retours offensifs d'Abd-el-Kader, qui usent rapidement les restes de
ses forces, ne lui ont pas trop réussi dans ces derniers mois. C'est
ainsi qu'ayant attaqué, en juillet, sur l'Oued-el-Hammam, un détachement
de 200 hommes occupés aux travaux de la route entre Mascara et l'Oran,
la défense héroïque de nos soldats, retranchés derrière un mur en pierres
sèches, a fait échouer cette entreprise. Dans une marche de nuit, du 29
au 30 août, Abd-el-Kader s'est trouvé aux prises avec les avant-postes
de la colonne du colonel Géry.
Cette rencontre fortuite a mis le plus grand désordre dans ses rangs,
et, à la suite d'un court engagement, de nombreux déserteurs l'ont
abandonné. Vers la fin de septembre encore, Abd-el-Kader a pénétré
jusqu'au coeur de la grande tribu des Beni-Amer, mais il n'a pu les
entraîner à la révolte; ils lui ont même opposé une vigoureuse
résistance, et peu s'en est fallu qu'il ne payât de sa vie cette
audacieuse tentative. Le 3 octobre, un des cavaliers des Beni-Amer,
Abd-el-Kader-Bou-Hamedi, est arrivé devant l'émir lui-même, sur lequel
son fusil a raté de fort près, et qui, ripostant d'un coup de pistolet,
l'a renversé mort.
Après la capture des débris de la zmalah, le général de La Moricière,
avec sa cavalerie, commandée par le colonel de Bourgon, a enlevé une
première fois, le 24 août, le camp de l'émir. Le colonel Géry l'a
surpris une seconde fois, le 12 septembre, le général de La Moricière,
une troisième, le lendemain 15; enfin, une quatrième, le 22 septembre,
vers l'est de Saïda. Cette dernière affaire a été très-chaude et
très-meurtrière. Au moment où quelques escadrons, sous les ordres du
colonel Morris, attaquaient aux marabouts de Sidi-Jousef, l'infanterie
arabe sortie précipitamment du camp, 400 cavaliers, conduits par l'émir
en personne, se jetèrent avec beaucoup de résolution sur notre flanc
gauche, et y mirent un instant le désordre. La mêlée fut sanglante;
Abd-el-Kader perdit un grand nombre de ses meilleurs cavaliers, entre
autres un de ses khalifahs, Abd-el-Baki, mort de ses blessures peu de
jours après.
[Illustration: Tête de Sidi-Embarek exposée à Alger.--D'après un dessin
envoyé d'Alger.]
Ce combat, ou 350 chevaux n'ont pas hésité à attaquer une force triple
en infanterie et cavalerie, maîtresse de tous les avantages du terrain,
a été signalé par un acte de dévouement aussi honorable pour l'officier
qui l'a inspiré que pour le soldat qui l'a accompli. M. de Cotte,
capitaine adjudant-major au 5e escadron du 2e régiment de chasseurs
d'Afrique, venait d'avoir son cheval tué en abordant l'infanterie arabe.
Retardé dans sa marche par une ancienne blessure à la hanche, blessure
qui ne lui permet pas de courir, sa perte était certaine, lorsque le
trompette Escoffier saute à terre: «.Mon capitaine, dit-il, prenez mon
cheval; c'est vous, et non pas moi, qui rallierez l'escadron,» donnant
ainsi, dans un rapide commentaire, le motif de son dévouement et la
raison qui défendait de le refuser.
Le capitaine, en effet, remonte à cheval; l'escadron est rallié, le
combat se rétablit, et la belle action du trompette Escoffier, si
simplement et si spontanément accomplie, contribue pour une bonne part
au succès de la journée. Mais à l'appel, Escoffier manquait; il était,
avec quatre autres chasseurs, prisonnier des Arabes.
En transmettant au ministre de la guerre le rapport du général de La
Moricière le gouverneur-général s'est exprimé ainsi: «Je regrette
beaucoup les cinq cavaliers qui ont été pris, et surtout le trompette
Escoffier; il a fait un bel acte de dévouement. S'il nous est jamais
rendu, j'aurai l'honneur de le proposer pour la croix de la
Légion-d'Honneur.» Sur la demande du maréchal ministre de la guerre,
cette récompense a été immédiatement accordée au brave trompette. Une
ordonnance du 12 novembre a nommé Escoffier chevalier de la
Légion-d'Honneur, et un ordre du jour annoncera sa nomination à l'armée
d'Afrique. Puisse le généreux prisonnier de Sidi-Jousef être rendu à ses
compagnons d'armes! Aux premiers postes français, il apprendra que sa
vertu militaire a été reconnue; avant de reprendre son rang dans
l'escadron, il verra attacher sur sa poitrine le signe des braves, qu'il
a noblement mérité.
Des quatre principaux khalifahs d'Abd-el-Kader, son beau-frère Ben-Thami
et El-Berkani, sont tous deux retirés sur les frontières du Maroc; le
troisième, son ancien envoyé à Paris, Miloud-ben-Arach, fatigué de la
guerre, se tient dans une complète inaction; le quatrième,
Sidi-Allal-ben-Embarek, vient d'être tué, dans un engagement dont nous
donnons plus bas le récit. Dès le 6 octobre, les derniers auxiliaires un
peu importants de la cause de l'émir, les chefs des différentes tribus
du versant nord-ouest de l'Ouarensenis, sont venus faire leur soumission
au gouverneur-général à son camp, sur l'Oued-Keschab.
Pendant le même temps, M. le colonel Eynard, aide-de-camp du
gouverneur-général, recevait les soumissions de toutes les tribus du
versant sud du Grand-Pic de l'Ouarensenis, et procédait à l'organisation
de ce pays, tandis que M. le colonel Cavaignac châtiait quelques tribus
insoumises des environs d'Orléansville.
Mais de toutes les soumissions, celle qui a du faire le plus grand vide
dans les rangs des partisans de l'émir et lui être la plus sensible à
lui-même, si par quelque combinaison secrète de sa politique il ne l'a
pas autorisée ou conseillée, est la soumission de
Sidi-el-Hadj-Mohamnned-bel-Kharoubi, son ex-premier secrétaire et son
khalifah des Bibans. Bel-Kharoubi est venu, au mois d'août, se rendre à
discrétion à Tiaret, demandant seulement la grâce d'être réuni à sa
famille, tombée entre nos mains avec la zmalah, et retenue prisonnière à
l'île Sainte-Marguerite. Cette faveur lui a été accordée: sa famille a
été renvoyée à Alger, et Bel-Kharoubi a marché à la suite du
gouverneur-général dans les dernières expéditions.
La mort récente de Sidi-Mohammed-ben-Allal-Ould-Sidi-Embarek, le plus
puissant de ses khalifahs, est le dernier et le plus rude coup porté à
la fortune d'Abd-el-Kader, depuis l'enlèvement de sa zmalah à Taguin.
Sorti le 6 novembre de Mascara, le général Tempoure, avec 800 hommes
d'infanterie, 5 pièces d'artillerie, 500 chevaux réguliers des 2e et 4e
régiments de chasseurs d'Afrique et des spahis d'Oran, plus une
trentaine de cavaliers indigènes, s'était mis à la poursuite des restes
de l'infanterie de l'émir, commandés par Ben-Allal. Arrivé le 9 au soir
à Assi-el-Kerma, à trois jours de marche de Ben-Allal, il résolut de le
gagner de vitesse, quelles que fussent les difficultés d'une pareille
entreprise. Se mettre en route à minuit, par une pluie qui tombait à
torrents et qui continua avec la même violence toute la journée du 10;
s'attacher pas à pas aux traces de la colonne ennemie, la suivre de
bivouac en bivouac sur un terrain détrempé et presque impraticable,
telle fut, pendant près de trente-six heures, la tâche laborieuse de nos
infatigables soldats. D'horribles obstacles avaient épuisé les forces de
notre troupe, mais surtout de notre vaillante infanterie; ce qu'elle a
éprouvé de peines dans cette marche jusqu'à, son arrivée à Malah, à
quarante lieues au sud-ouest de Mascara, est impossible à décrire. A la
pointe du jour, le 11 novembre, on arrive sur l'Oued-Kacheba, d'où l'on
ne tarde pas à reconnaître le bivouac de l'ennemi: cette fois ses feux
n'étaient pas encore complètement éteints. Cette vue fait oublier à nos
soldats toutes leurs souffrances; la presque certitude de joindre
l'infanterie régulière de l'émir les remplit d'enthousiasme, et, après
un repos de quelques instants, ils se remettent en route. Ni les
torrents grossis par les pluies, ni les ravins inextricables, ni les
forêts presque infranchissables de ces contrées, ne peuvent ralentir
leur ardeur; ils traversent courageusement tous ces obstacles. Une forte
fumée sortant d'un bois, à l'origine de la vallée de l'Oued-Malah, leur
apparaît enfin et fait tressaillir tous les coeurs, L'ennemi était là:
tant de persévérance, et de résolution allait enfin recevoir sa
récompense.
Averti par une vedette, Ben-Allal avait fait prendre les armes, et sa
troupe, rangée en deux colonnes serrées, ses drapeaux en tête, se
dirigeait tambours battants vers une colline boisée et rocheuse,
lorsque, à l'aspect de la cavalerie française, elle s'arrêta au milieu
d'une plaine et attendit l'attaque de pied ferme, la charge de notre
cavalerie se fit dans un ordre admirable et irrésistible. Tout fut
culbuté; les drapeaux furent pris et leurs défenseurs sabrés: l'arrivée
de l'infanterie mit seule lin au carnage. 404 hommes sont restés sur le
terrain, 361 ont été fait prisonniers.
Le khalifah Ben-Allal, accompagné de quelques cavaliers, cherchait à
fuir, et avait gagné les pentes rocheuses des collines appelées Kefs;
mais le capitaine Cassagnoles, des spahis, qui l'avait distingué dans la
mêlée à la richesse de ses vêtements, s'était acharné à le poursuivre,
avec deux brigadiers du 2e chasseur et un maréchal-des-logis de spahis.
Ben-Allal, entouré par ses quatre ennemis, semblait ne devoir plus
songer à se défendre, et déjà le brigadier Labossaye se préparait à
recevoir de ses mains le fusil que ce chef lui présentait la crosse en
avant, lorsque, par un mouvement rapide comme l'éclair, il en dirige le
canon sur la poitrine du brigadier, qu'il l'étend roide mort. Un coup de
pistolet de Ben-Allal renverse le cheval du capitaine Cassagnoles; un
second coup de pistolet blesse légèrement le maréchal-des-logis des
spahis. Ben-Allal n'ayant plus de feu contre ses assaillants, se défend
encore le yataghan à la main, lorsque le brigadier Gérard met fin à
cette lutte acharnée en lui tirant un coup de pistolet dans la poitrine;
un oeil manquait à la figure de ce terrible adversaire: ce signe le fit
reconnaître; Mohammed-Ben-Allal-Ould-Side-Embarek, le borgne, comme
l'avaient surnommé les Arabes. Sa tête fut apportée aux pieds du général
Tempoure, qui l'a envoyée, avec trois drapeaux, au gouverneur-général à
Alger.
En traversant la tribu des Beni-Amer pour venir s'embarquer à Oran, la
députation chargée de ces trophées a été assaillie par les populations
venues en foule pour voir la tête du khalifah. Quelque répugnance que
nous inspire cet usage barbare, l'incrédulité des Arabes est si grande,
quand on leur annonce quelque nouvelle favorable à notre cause, qu'il
était indispensable de leur montrer cette preuve irrécusable de la mort
du guerrier marabout qui exerçait sur eux un si grand prestige.
Ben-Allal était le conseiller le plus intime d'Abd-el-Kader, son
véritable homme de guerre, et, après lui, le personnage le plus
important et notre ennemi le plus acharné. Une partie de sa famille
avait été prise avec la zmalah et venait d'être renvoyée de l'Île
Sainte-Marguerite à Alger, dans l'espoir de l'amener lui-même, comme
Bel-Kharoubi, à la soumission.
Les chefs des contrées du sud de l'Ouarensenis, réunis à Alger pour la
cérémonie solennelle de l'investiture, ont pu s'assurer de leurs propres
yeux que ce chef redoutable, dont le nom seul les faisait troubler,
n'existe plus.
D'après les ordres du gouverneur-général, la dépouille de l'ex-khalifah
de Milianah sera portée dans cette ville, pour y être exposée pendant
trois jours aux regards de ses anciens sujets, ensuite elle sera remise
à notre khalifah Sid-Ali-Ould-Sidi-Embarek, son plus proche parent, qui
la fera déposer à Koléah, dans le lieu de la sépulture de sa famille.
Cette cérémonie doit avoir lieu avec toute la solennité due à la
grandeur du nom de Ben-Allal, et pour rendre hommage au courage d'un
ennemi vaincu, les honneurs militaires décernés à un officier supérieur
français lui seront rendus.
M. le capitaine Cassagnoles, chargé d'apporter en France les drapeaux
pris à l'affaire de Malah, est arrivé à Paris, accompagné dans son
voyage du frère de Ben-Allal, jeune homme de vingt ans, qui doit être
placé, aux frais du gouvernement, dans une institution de la capitale.
Les derniers drapeaux enlevés aux troupes d'Abd-el-Kader ont été déposés
le 5 décembre à l'hôtel des Invalides.
Révolutions du Mexique.
(Voir, sur Santa-Anna, t. 1er, pages 337 et 405; sur Bustamante, t. II,
pages 61 et 123.)