II incline la tête, un sceau sur les lèvres.

--Alors... alors soyez très généreux... Attendez une seconde pour me

quitter... Cette lettre-là est de lui... Et si je ne l’ouvre pas devant

vous qui venez de plaider sa cause, le méchant esprit sera le plus

fort... et elle restera sans réponse comme les autres...

--Faites comme vous souhaitez, Nicole.

Quel supplice d’accepter ce qu’elle demande là... Tant mieux, c’est un

peu l’expiation purifiante. Il se détourne, va près de la fenêtre, et

regarde vers les flots caressants qui ne souffrent, ni ne pensent, ni ne

connaissent le mal, le devoir, la défaillance. Son oreille perçoit le

bruit sec du papier déchiré... L’enveloppe est ouverte.

Que lit-elle?

Ceci, qui pénètre au plus profond de son cœur:

«Chère, plus que chère, où êtes-vous? Où m’avez-vous encore fui?...

Pourtant il faut que je vous trouve... Il faut que vous sachiez... que

vous m’entendiez enfin... Mon trésor perdu, j’ai péché contre vous quand

je vous ai permis de douter de moi... quand je ne vous ai pas murmuré,

en vous adorant, que vous étiez plus que ma vie même, ma seule raison

d’être!... Par un misérable orgueil, je n’ai pas voulu l’avouer... Et

j’ai, follement, usé mes forces à emprisonner mon amour qui criait vers

vous comme un damné, auquel le paradis est fermé! Nicole, j’étais fou,

quand je vous ai laissée partir alors que tout ce qui vit en moi vous

suppliait de rester; quand j’ai accepté votre décision de nous séparer;

quand j’ai laissé passer les mois, subissant le supplice de vous perdre

par ma faute... Et maintenant, mon orgueil est vaincu. Nicole, je t’aime

trop... Il faut que tu me laisses te reprendre, ô mon amour...

Écoute...»

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Derrière René qui attend impassible, s’élève la voix grave, dont le

timbre a une douceur ardente.

--René, vous pouvez me laisser... Je lirai les autres lettres aussi...

Il la regarde. Elle a dans les yeux une lumière, que jamais encore il

n’y a vue. Et une fibre douloureuse tressaille en lui. L’accent presque

dur, il dit:

--C’est bien ainsi... Au revoir, Nicole.

Elle est assise à la même place où elle était, quand il est entré, et

lui tend ses deux mains:

--Au revoir, mon ami... Merci... Et je vous en supplie, s’il vous arrive

encore de penser à moi, que ce soit avec toute votre charité, sans

colère ni... ni trop de mépris...

Il se courbe très bas, sur les doigts tremblants; mais ses lèvres ne les

touchent pas. Sans une parole, il sort.

L'été de Guillemette · 第 23 / 31 题