XII

Naguère, durant les languides heures de Mars, je t’attendais vainement.

Tu viens à présent avec la saison des pluies et tu fais dans mon cœur

vibrer la symphonie des orages et des vents fous!

En ces jours passés de Mars je croyais t’avoir aperçue glissant sur les

fleurs de la prairie et les entraînant dans les plis de ta jupe

flottante; je croyais avoir entendu le cliquetis de tes bracelets,

respiré ton haleine douce le long des allées du jardin...

Aujourd’hui je découvre ta présence dans toute la forêt; je vois tes

cheveux comme une ondée obscure se répandre à travers le ciel; tu

penches sur moi ton ombre magique, et j’entends les échos d’un grave

cérémonial.

Les parures légères que j’avais pour toi réunies sont une bien minime

offrande; je n’ai pas encore su faire chanter mon luth comme il convient

pour ta louange. Mais pouvais-je deviner, moi qui te préparais de

claires épousailles, qu’en t’approchant je deviendrais le serviteur d’un

culte?

La fugitive · 第 75 / 98 题