PÉTALES SUR LA CENDRE

I

Je me suis réveillé ce matin-là, Dame de mon voyage, aux rumeurs de ta

barque quittant la rive; nous avons répondu au signal que nous faisaient

les vagues, et je t’ai demandé: «La moisson de notre espoir

mûrira-t-elle dans l’île qui repose plus loin que les horizons bleus?»

Le silence de ton sourire est tombé sur mon interrogation comme le

silence du soleil sur la mer.

Les jours passèrent à travers des orages tour à tour et des espaces

calmes. Les vents perplexes s’apaisaient pour un temps et les flots

gémissaient. Je t’ai demandé: «La tour du sommeil se trouve-t-elle

quelque part après le bûcher de cendres mourantes du jour consumé?»

Tu ne m’as pas répondu; seuls tes yeux ont brillé comme la frange des

nuées pourpres du couchant.

Ce soir ta silhouette s’embue dans les ténèbres, tes cheveux battus par

le vent frôlent ma joue et parfument ma tristesse. Je cherche à saisir

un pli de ta tunique et je demande: «Existe-t-il par delà l’infini, ô

Dame de mon voyage, un jardin des morts où mes chants s’épanouiront dans

ton silence?»

Tu souris, et ton sourire rayonne comme le halo d’or des étoiles à

minuit.

La fugitive · 第 66 / 98 题