Quand le destin nous devient avare et que les mondes de l’amour
s’évanouissent; quand les caresses, quand les sourires nous sont comptés
ou refusés; quand les amis d’hier nous négligent et que nos débiteurs
nous fuient, alors il est temps pour vous, Poète, fermant au cadenas
votre porte, d’unir les mots aux mots et les rythmes aux rythmes.
Quand le destin d’humeur changeante nous accorde des faveurs nouvelles;
quand le fleuve des plaisirs, naguère desséché, inonde soudain notre
vie; quand les amis frappent à notre porte et que les ennemis font
trêve; quand des yeux tendres nous contemplent et que des sourires nous
envoient leurs messages, alors il est temps pour vous, Poète, de livrer
vos rythmes au vent, d’unir votre cœur à un cœur et vos lèvres à
d’autres lèvres.
V
Tu te donnes à moi comme une fleur qui ne s’épanouit qu’aux approches du
soir et dont la présence se trahit par les senteurs qu’elle dégage dans
l’ombre. Ainsi vient à pas sourds le printemps, quand ses bourgeons
gonflent les écorces.
Tu t’imposes à mon esprit comme les hautes vagues de la marée montante,
et mon cœur se noie sous des chants houleux.
Je pressentais ta venue comme la nuit pressent l’aube. A travers des
nuages qui s’empourprent un ciel nouveau m’est révélé.