J’ai mis une robe nouvelle aujourd’hui, parce que mon corps voudrait
chanter.
Ce n’est pas assez de m’être à jamais donnée; du fond de mon amour il me
faut créer de nouveaux dons chaque matin. Et ne lui paraîtrai-je pas une
offrande nouvelle, vêtue de cette nouvelle robe?
Pareille au ciel vespéral mon âme se colore d’une allégresse infinie,
voilà pourquoi je changerai mes voiles afin qu’ils soient tantôt du vert
de la jeune herbe fraîche, tantôt nuancés comme un champ de riz en
hiver.
Aujourd’hui ma robe ressemble à l’azur pluvieux. Elle prête à mes
membres la teinte de l’illimité, le reflet des collines d’outre-mer.
Elle porte dans ses plis la joie des nuages d’été qui voyagent à travers
le ciel.
V
A toi je me suis entièrement donnée. Je n’ai conservé qu’un simple voile
de réserve.
Il est si mince que tu souris en secret et que j’en ressens un peu de
honte.
Les souffles printaniers le déplacent; le trouble même de mon cœur en
remue les plis comme une vague remue son écume.
Ne me blâme pas, mon amour, de m’être cachée sous les brumes de ce
voile.
Ma réserve n’est pas une feinte, c’est la tige frêle qui porte la fleur
de ma dévotion pour devant toi s’incliner avec des grâces réticentes.