La terre brûle, et peu à peu l'abattement d'Irène devient une langueur;
elle se meut dans la maison assombrie et fraîche, elle cherche à fuir la
vision funeste qui reparaît toujours; je la vois porter ses doigts fins
sur ses paupières, et les presser comme pour chasser ce qui trouble ses
regards. Toute vêtue de blanc, elle a dans sa fragilité presque l'air
d'une enfant, si peu faite pour les douleurs écrasantes! Elle ne parle
pas, mais une vie intense éclate dans ses yeux chargés de passion et de
tristesse; elle demeure de longs, longs moments, le menton appuyé sur sa
main ployée, dans une contemplation morne, perçant je ne sais quel
avenir de son avide inquiétude... Quand je veux revenir sur le passé
pour soulager son angoisse muette, elle me fait taire d'un geste, et
aujourd'hui elle m'a dit:
--Ne m'en parle plus, Claudia, je commence à le haïr...