Son âme oppressée commence à exhaler sa plainte, et lentement elle me
révèle le fond de sa souffrance; la violence et le retentissement du
choc l'ont laissée étourdie, et j'imagine qu'il y a des instants où elle
ne se rappelle pas de quoi elle souffre.
--Claudia, sais-tu ce qui me torture jour et nuit? C'est de ne plus
l'aimer... Car je ne l'aime plus, Claudia: lorsque je l'ai vu là, dans
ce lit, avec cette femme près de lui... mon amour est mort en une
seconde; cela a été comme une statue réduite en miettes... Ma vie s'est
écroulée en entier... C'est ma main, ma main à moi, qui tenait l'arme
d'où lui est venue la mort... et je ne peux pas avoir pitié; je ne peux
pas le pleurer... Il a tué mon coeur avant de mourir... Qu'ai-je donc
aimé, Claudia? que suis-je?... Je croyais souffrir, je croyais être
misérable, quand j'aimais si ardemment et en vain; mais c'est maintenant
que je souffre... Je voudrais me cacher, disparaître...
Et moi, je lui réponds:
--Pleure, Irène, pleure l'amour de ta jeunesse...
Et elle regarde couler mes larmes, mais il n'en jaillit pas de ses yeux,
ternis par la fièvre et l'insomnie.