N'était cette porte entr'ouverte et la lumière voilée qui éclaire la
chambre où Irène repose, je croirais, dans la délicieuse quiétude
retrouvée, que je me réveille d'un sommeil tourmenté de rêves affreux.
Puis, l'horreur de ces heures, de ces journées, de ces nuits surgit tout
à coup devant moi, et Irène, que j'entends pleurer en dormant, me ramène
à la réalité. Elle n'a pas eu besoin de me dire: «Claudia, mon coeur est
mort, aie pitié de moi», pour que le mien défaille de ses souffrances et
veuille les partager. La volonté de vivre semble éteinte en elle; après
les angoisses et les épouvantes des premières heures--on l'a crue tout
de suite, et le témoignage du misérable témoin de la scène dernière a
confirmé les paroles d'Irène--elle est tombée dans cette torpeur dont je
ne sais comment l'arracher: elle n'a pas paru s'apercevoir du changement
de lieux, les yeux obstinément clos, sans un geste, sans une larme, elle
demeure affaissée; elle entend mes paroles; elle trouve une douceur aux
baisers que je dépose sur son front, car sa main alors se soulève pour
une caresse reconnaissante; elle accepte un peu de nourriture, mais
c'est tout. Elle n'a trouvé de forces que pour repousser la robe noire,
la robe de veuve que nous lui présentions.
--Non, Claudia, non... Je ne l'aime plus, je ne veux point le pleurer...
je ne veux point ce mensonge...
Ses soupirs étouffés sont plus déchirants que des cris de douleur: on
dirait que son coeur se brise doucement avec cette rumeur assourdie.