Irène m'a écrit qu'elle t'a vu et qu'elle t'a parlé. Je m'y attendais,
et pourtant j'en ai été saisie. Il m'a paru affreux que d'autres
puissent te voir et te parler, lorsque moi je ne te vois pas et je ne
t'entends pas. Au sein de mon isolement protecteur, je suis arrivée
pendant tes absences à me figurer que tu es dans un monde inconnu, et
j'aime mieux cela ainsi. La certitude de la réalité différente a fait
naître dans mon coeur une angoisse indéfinissable; le poids de la
séparation m'a oppressée comme il n'avait jamais fait. Je t'ai cherché
par la maison et les jardins. Je me disais: «Il est là, il va venir», et
je t'appelais, et le moindre bruit me causait un sursaut; la force de
mon aspiration vers toi a fini par me donner l'illusion que tu étais
près de moi, et que d'une façon cachée nos âmes avaient communiqué.