Quand, toute frissonnante et languissante, j'ai été étendue dans mon
grand lit, j'ai ressenti en regardant autour de moi une douceur qui m'a
révélé que je revenais pourtant d'un exil. Dans cette chambre, la
mienne, où tu m'as aimée, je respirais une vie nouvelle. Le parfum
d'héliotrope qui a tout pénétré flottait autour de moi; Irène avait tiré
les rideaux d'un côté de mon lit afin que je ne visse pas la flamme du
foyer qui aurait pu me fatiguer: c'était un repos ineffable. Je n'ai
aucunement eu le sentiment de t'avoir perdu: plutôt celui de t'avoir
retrouvé... Le silence que nous avons écouté tant de fois ensemble me
berçait; Irène se mouvait légèrement; et, avec cette assurance qui ne la
quitte jamais:
--Tu dormiras, Claudia, tu te tairas, tu l'oublieras quelques jours,--et
elle souriait avec une si compatissante sympathie!--je suis là, je ne te
quitterai pas, et tu guériras tout à fait.
Et j'ai fait comme elle m'a ordonné; j'ai dormi de longs sommeils
profonds: ceux que tu veilles ne le sont jamais, car il y a comme une
lutte en moi pour ne pas perdre le sentiment de ta présence. Irène est
couchée dans ma chambre. Si je m'agite la nuit, elle m'appelle, et le
son de sa voix dissipe les cauchemars qui parfois m'oppressent; elle
prononce ton nom chaque fois que j'ai envie de l'entendre, comme si elle
me devinait.