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Pendant toutes mes journées d'abattement et de souffrance, tu ne m'as
pas quittée; lorsque je soulevais mes paupières fatiguées, je te voyais,
et je me laissais aller avec douceur à l'assoupissement de sentir ma vie
fondre et disparaître.--J'entendais ta voix me reprocher tendrement
l'imprudence qui me valait le mal qui m'accablait; tu as voulu que je
t'en demande pardon et je l'ai fait; mais, si la maladie ne m'avait pas
frappée, je n'aurais pas connu ces heures qui sont parmi les meilleures
de ma vie. Je me sentais, plus complètement encore que d'habitude,
dépendante de toi et de ton amour; le contact de ta main fraîche--l'une
remplaçant l'autre--sur mon front, cette main que tu faisais si
caressante, me pénétrait d'un calme inexprimable; je ne pensais plus,
mais j'avais une perception vague et bienfaisante d'être protégée par
toi; c'était comme mon âme d'enfant qui vivait en moi, une âme toute
sûre des tendresses qui l'entourent, et qui s'y endort abritée. Je
t'appelais, d'instinct, si la douleur devenait plus vive, et, les
minutes de véritable angoisse, alors que le souffle paraissait me
manquer, je les ai passées soutenue dans tes bras, ma tête contre ta
poitrine, et, dans l'excès de ma détresse, je ressentais la joie d'être
là! Souffrant, il me semblait que toi seul pouvais me soulager; épuisée
à m'évanouir, un de tes baisers sur mes yeux clos me faisait revivre et
lutter.--Mon bien-aimé, j'ai souhaité de guérir, d'être heureuse encore
par toi... Le soir où tu m'as sue hors de péril, quand tu t'es
agenouillé près de mon lit et que tu as baisé ma main qui reposait sur
le drap, j'ai senti, j'ai senti une larme y couler! Tu m'as ordonné en
termes véhéments et tendres de vivre pour être tienne encore: tu voulais
mon amour, tu ne pouvais t'en passer, et, de toutes les femmes sur
terre, moi seule j'existais pour toi... Oh! as-tu pu lire dans mes yeux
les délices surhumaines dont mon âme était inondée?... Je le crois, car
tu es demeuré à genoux, me regardant avec un sourire sur ta bouche et la
tendresse dans tes yeux. Ces instants, ces minutes fugitives où nos deux
âmes se sont touchées, où ce que notre amour contient de plus noble a
dominé tout le reste, tu t'en souviendras, je le sais: il y a des
émotions qui passent comme le feu sur les âmes et y laissent des
cicatrices indélébiles; mon orgueil, ma consolation à jamais sera d'en
avoir fait naître de telles en toi; car, au delà, pour des êtres
mortels, il n'est plus rien.