XLVI

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Pendant toutes mes journées d'abattement et de souffrance, tu ne m'as

pas quittée; lorsque je soulevais mes paupières fatiguées, je te voyais,

et je me laissais aller avec douceur à l'assoupissement de sentir ma vie

fondre et disparaître.--J'entendais ta voix me reprocher tendrement

l'imprudence qui me valait le mal qui m'accablait; tu as voulu que je

t'en demande pardon et je l'ai fait; mais, si la maladie ne m'avait pas

frappée, je n'aurais pas connu ces heures qui sont parmi les meilleures

de ma vie. Je me sentais, plus complètement encore que d'habitude,

dépendante de toi et de ton amour; le contact de ta main fraîche--l'une

remplaçant l'autre--sur mon front, cette main que tu faisais si

caressante, me pénétrait d'un calme inexprimable; je ne pensais plus,

mais j'avais une perception vague et bienfaisante d'être protégée par

toi; c'était comme mon âme d'enfant qui vivait en moi, une âme toute

sûre des tendresses qui l'entourent, et qui s'y endort abritée. Je

t'appelais, d'instinct, si la douleur devenait plus vive, et, les

minutes de véritable angoisse, alors que le souffle paraissait me

manquer, je les ai passées soutenue dans tes bras, ma tête contre ta

poitrine, et, dans l'excès de ma détresse, je ressentais la joie d'être

là! Souffrant, il me semblait que toi seul pouvais me soulager; épuisée

à m'évanouir, un de tes baisers sur mes yeux clos me faisait revivre et

lutter.--Mon bien-aimé, j'ai souhaité de guérir, d'être heureuse encore

par toi... Le soir où tu m'as sue hors de péril, quand tu t'es

agenouillé près de mon lit et que tu as baisé ma main qui reposait sur

le drap, j'ai senti, j'ai senti une larme y couler! Tu m'as ordonné en

termes véhéments et tendres de vivre pour être tienne encore: tu voulais

mon amour, tu ne pouvais t'en passer, et, de toutes les femmes sur

terre, moi seule j'existais pour toi... Oh! as-tu pu lire dans mes yeux

les délices surhumaines dont mon âme était inondée?... Je le crois, car

tu es demeuré à genoux, me regardant avec un sourire sur ta bouche et la

tendresse dans tes yeux. Ces instants, ces minutes fugitives où nos deux

âmes se sont touchées, où ce que notre amour contient de plus noble a

dominé tout le reste, tu t'en souviendras, je le sais: il y a des

émotions qui passent comme le feu sur les âmes et y laissent des

cicatrices indélébiles; mon orgueil, ma consolation à jamais sera d'en

avoir fait naître de telles en toi; car, au delà, pour des êtres

mortels, il n'est plus rien.

Lettres d'une amoureuse · 第 48 / 86 题