XLIV

Tu m'as répété que jamais tu n'avais trouvé à m'aimer plus de joie que

maintenant:

--Parfois tu étais un peu grave, ma Claudia, mais maintenant tu es

exquise.

Je me suis tue, et je me suis serrée contre ton coeur. Je me suis

abandonnée au refuge de tes bras; mais je sais que je ne suis pas autre.

Je vois que ta vie en ce moment souhaite l'agitation et la lumière, et

je ne veux être aimée de toi que pour achever tes plaisirs et pour y

ajouter; en même temps, l'idée qu'il y a d'autres créatures au monde que

toi et moi demande à certains moments un effort de ma pensée pour en

être persuadée. Ici, dans ces rues que tu me fais parcourir, je regarde

les hommes et les femmes qui s'y meuvent, avec une surprise étonnée; ces

yeux curieux qui s'arrêtent sur moi me dérobent, il me semble, quelque

chose de moi-même. Je ne respire qu'à l'heure où nous partons ensemble

pour nos longues promenades hors la ville. Tu ne sais pas quelle est

alors la délivrance de mon âme; tu ne sais pas la peur du retour.

Lorsque, la barrière franchie, je sens que nous sommes rentrés au milieu

de la foule, le sentiment de solitude, que je ne connais jamais là où je

suis seule en effet, m'envahit malgré moi; et je comprends à quel point

mon coeur est différent des coeurs qui m'entourent... Je suis avec toi,

j'aime ton goût de la vie, bien-aimé, l'ardeur qui te porte vers la

lutte; mais je pressens que je ne pourrai te suivre longtemps...

Lettres d'une amoureuse · 第 46 / 86 题