Je suis effrayée parfois, chose fragile que je suis, des puissances de
ce faible coeur, qu'un rien arrêterait, pour sentir la joie; je me dis
que je prends à la vie les mêmes délices qu'éprouverait une créature
humaine qui, comme Ève, y naîtrait femme.--Je me sens souvent comme
seule sur les confins d'un monde, d'un monde qui n'existe que depuis que
je t'aime. Tout m'enivre et tout m'étonne: voir, entendre, respirer, se
souvenir, rêver, tout me paraît merveilleux et comme incompréhensible;
tout me ramène à toi, ou te ramène à moi.
Quand tu caressais mon cou, ce soir, et que ton souffle faisait voler
mes cheveux, le doux frisson dont je frémissais, ce n'était rien dans
l'ordre des choses, et en cet instant ma vie entière y était concentrée.
Tu l'as compris, et tu m'as dit seulement:
--Claudia, tu es mienne.
Tu as répété, sans attendre de réponse:
--Claudia, tu es mienne.
Et tes yeux qui étaient tristes, je ne sais pourquoi, plongeaient dans
les miens.