XIV

«Claudia, je l'aime!»--c'est son cri toujours,--et elle ajoute: «Comment

puis-je l'aimer encore?» Pour moi, si, étant à sa place, je l'aimais

comme elle l'aime, voyant sa vie, il faudrait que je meure ou qu'il

meure. Elle mène une existence si solitaire. Sa musique seule la console

et l'apaise, car elle n'a jamais de repos. Quand il est absent, elle

sait où il est, et la jalousie la consume; quand il est là, sous le même

toit, près d'elle, elle souffre peut-être plus encore. Un des charmes de

son palais est cette terrasse intérieure du premier étage, avec la

vasque transparente où retombe le jet d'eau vive qui ne s'arrête jamais:

la nuit, dans son ardente solitude, elle ne trouve de calme que là; elle

quitte sa chambre où elle ne peut dormir, elle regarde, elle écoute

l'eau sans se lasser; ce mouvement monotone et vif, cet élancement, ce

brisement, cette poussière humide, ce murmure presque humain lui font un

bien inexprimable. Elle m'a menée hier avec elle, et j'ai compris la

fascination que cette fontaine exerce sur elle. Le jardin était plein de

lucioles; elles flottaient dans l'air, étincelles brillantes paraissant

et disparaissant, jamais immobiles. Irène a soupiré:

--Ah! Claudia, sans amour, il n'y aurait rien sous le ciel!

Lettres d'une amoureuse · 第 16 / 86 题