«Claudia, je l'aime!»--c'est son cri toujours,--et elle ajoute: «Comment
puis-je l'aimer encore?» Pour moi, si, étant à sa place, je l'aimais
comme elle l'aime, voyant sa vie, il faudrait que je meure ou qu'il
meure. Elle mène une existence si solitaire. Sa musique seule la console
et l'apaise, car elle n'a jamais de repos. Quand il est absent, elle
sait où il est, et la jalousie la consume; quand il est là, sous le même
toit, près d'elle, elle souffre peut-être plus encore. Un des charmes de
son palais est cette terrasse intérieure du premier étage, avec la
vasque transparente où retombe le jet d'eau vive qui ne s'arrête jamais:
la nuit, dans son ardente solitude, elle ne trouve de calme que là; elle
quitte sa chambre où elle ne peut dormir, elle regarde, elle écoute
l'eau sans se lasser; ce mouvement monotone et vif, cet élancement, ce
brisement, cette poussière humide, ce murmure presque humain lui font un
bien inexprimable. Elle m'a menée hier avec elle, et j'ai compris la
fascination que cette fontaine exerce sur elle. Le jardin était plein de
lucioles; elles flottaient dans l'air, étincelles brillantes paraissant
et disparaissant, jamais immobiles. Irène a soupiré:
--Ah! Claudia, sans amour, il n'y aurait rien sous le ciel!