Après une nuit paisible sur le grand fleuve, une de ces nuits où le
sommeil bercé par le chant monotone des sampaniers que l’on croise
devient une véritable volupté, nous débarquons à six heures du matin et
nous nous rendons au Grand-Hôtel où nous devons descendre pendant notre
séjour à Pnom-Penh. Guérin, arrivé d’hier au soir, a mis la voiture au
meilleur garage de la ville (c’est d’ailleurs le seul!).
A l’œil du chauffeur, la capitale du Cambodge est fort en retard sur
celle de la Cochinchine où l’automobilisme est déjà populaire.
Ici, on ne rencontre que quelques rares tacots, bruyante et malodorante
quincaillerie, dont les rues sont empoisonnées. On peut bien penser si
notre belle Lorraine a fait son petit effet, surtout après les exploits
qu’elle vient d’accomplir et qui lui valent déjà une renommée
indo-chinoise... Je crois même pouvoir insinuer que les ronflements
sonores et réguliers de son moteur ne sont pas sans faire naître quelque
jalousie! Car pour être chauffeur on n’en est pas moins homme!
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