27 avril 1908.

Après une nuit paisible sur le grand fleuve, une de ces nuits où le

sommeil bercé par le chant monotone des sampaniers que l’on croise

devient une véritable volupté, nous débarquons à six heures du matin et

nous nous rendons au Grand-Hôtel où nous devons descendre pendant notre

séjour à Pnom-Penh. Guérin, arrivé d’hier au soir, a mis la voiture au

meilleur garage de la ville (c’est d’ailleurs le seul!).

A l’œil du chauffeur, la capitale du Cambodge est fort en retard sur

celle de la Cochinchine où l’automobilisme est déjà populaire.

Ici, on ne rencontre que quelques rares tacots, bruyante et malodorante

quincaillerie, dont les rues sont empoisonnées. On peut bien penser si

notre belle Lorraine a fait son petit effet, surtout après les exploits

qu’elle vient d’accomplir et qui lui valent déjà une renommée

indo-chinoise... Je crois même pouvoir insinuer que les ronflements

sonores et réguliers de son moteur ne sont pas sans faire naître quelque

jalousie! Car pour être chauffeur on n’en est pas moins homme!

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La Ville au Bois dormant · 第 98 / 102 题