25 mars 1908.

Ayons l’affreux courage de l’avouer: nous avons fait la grasse

matinée!... C’est tout juste si nous sommes prêts à l’heure du déjeuner.

La confusion que nous en éprouvons est singulièrement adoucie par le

bien-être que nous a laissé cette nuit réparatrice. Nous avons dormi

longtemps, beaucoup... et beaucoup à la fois--mais pas très vite, il

faut le reconnaître, et nous ne nous sentons pas la force de le

regretter.

Ma première pensée est pour la voiture. On l’a garée sous un hangar et

Guérin lui tâte le pouls, l’examine en détail, resserre un écrou par-ci,

un boulon de la carrosserie par-là. A part ces petits accrocs

inévitables, rien n’a bougé, tout va bien; il faut le voir pour le

croire!

A une heure, les éléphants arrivent, sans se départir de cette

solennelle lenteur qui leur est coutumière. Mais point de charrettes.

Pour nous conformer à une habitude coloniale, que nous n’avons guère

imitée jusqu’ici, nous faisons la sieste: c’est une occupation pleine

d’agréments, mais qui m’exaspérerait, je crois, si elle devenait

quotidienne. Pour une fois, je m’en accommode le mieux du monde.

Après la sieste nous faisons une promenade à cheval de l’autre côté de

la rivière.

M. Chambert nous fait gentiment part de la forte résolution qu’il a

prise de ne nous laisser partir qu’à la dernière extrémité! Comme je lui

ai laissé voir ma passion pour la chasse, il tient à nous garder le plus

longtemps possible, afin que nous chassions tous les jours dans les

environs. Et déjà il arrange une grande battue pour demain matin; nous

serons à dos d’éléphants, ce dont nous nous réjouissons fort.

Les quelques jours que nous devons passer à la Résidence s’annoncent

pleins d’agrément et de charme.

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La Ville au Bois dormant · 第 49 / 102 题