Ayons l’affreux courage de l’avouer: nous avons fait la grasse
matinée!... C’est tout juste si nous sommes prêts à l’heure du déjeuner.
La confusion que nous en éprouvons est singulièrement adoucie par le
bien-être que nous a laissé cette nuit réparatrice. Nous avons dormi
longtemps, beaucoup... et beaucoup à la fois--mais pas très vite, il
faut le reconnaître, et nous ne nous sentons pas la force de le
regretter.
Ma première pensée est pour la voiture. On l’a garée sous un hangar et
Guérin lui tâte le pouls, l’examine en détail, resserre un écrou par-ci,
un boulon de la carrosserie par-là. A part ces petits accrocs
inévitables, rien n’a bougé, tout va bien; il faut le voir pour le
croire!
A une heure, les éléphants arrivent, sans se départir de cette
solennelle lenteur qui leur est coutumière. Mais point de charrettes.
Pour nous conformer à une habitude coloniale, que nous n’avons guère
imitée jusqu’ici, nous faisons la sieste: c’est une occupation pleine
d’agréments, mais qui m’exaspérerait, je crois, si elle devenait
quotidienne. Pour une fois, je m’en accommode le mieux du monde.
Après la sieste nous faisons une promenade à cheval de l’autre côté de
la rivière.
M. Chambert nous fait gentiment part de la forte résolution qu’il a
prise de ne nous laisser partir qu’à la dernière extrémité! Comme je lui
ai laissé voir ma passion pour la chasse, il tient à nous garder le plus
longtemps possible, afin que nous chassions tous les jours dans les
environs. Et déjà il arrange une grande battue pour demain matin; nous
serons à dos d’éléphants, ce dont nous nous réjouissons fort.
Les quelques jours que nous devons passer à la Résidence s’annoncent
pleins d’agrément et de charme.
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