SIBERIA

C'est à l'heureuse initiative de M. Gabriel Astruc, directeur de la

Société musicale (une société qui compte à peine un an d'existence) que

nous devons les représentations d'opéras italiens et d'artistes italiens

que M. Sonzogno, le grand éditeur milanais, fait connaître en ce moment

à Paris.

Parmi ces oeuvres italiennes, l'une, _Siberia_, drame musical en trois

actes de M. Luigi Illica, musique de M. Giordano, justifierait à elle

seule la saison italienne du théâtre Sarah-Bernhardt.

Il s'agit d'un sergent russe, Wassili, qui est déporté pour avoir tué

par jalousie un officier supérieur qui courtisait Stefana, une

demi-mondaine. Wassili, au deuxième acte, fait partie du long cortège de

forçats qui, à travers les plaines de neige, s'acheminent vers leur

poste en Sibérie; Stefana vient le rejoindre. Au troisième acte, Wassili

et Stefana cherchent à s'évader; ils sont dénoncés par Gleby, qui fut

jadis l'ami de Stefana. On tire sur eux, Stefana est atteinte, elle

meurt, et l'on recouvre son corps d'un drap mortuaire, sans croix, avec

le simple matricule qu'elle avait comme condamnée.

La musique de M. Giordano est d'un effet saisissant, surtout au deuxième

acte, avec son choeur de bateliers du Volga, dont la mélopée monte en un

admirable crescendo, avec ses épisodes si bien en situation, avec le duo

si ému de Wassili et de Stefana. Au troisième acte, il faut remarquer

l'air de Gleby (le dénonciateur), que publie _L'Illustration_, et que M.

Tita Ruffo, l'excellent baryton, a chanté avec une science rare et une

expression tout à fait remarquable. On n'a pas moins fêté le ténor Bassi

(Wassili) et Mlle Stehle (Stefana), soprano dramatique.

L'Illustration, No. 3247, 20 Mai 1905 · 第 19 / 23 题