Un des plus tristes incidents de cette longue grève de Limoges: après
plusieurs jours de blocus dans l'usine où onze personnes, dont quatre
enfants, se trouvaient enfermées et dans l'impossibilité de communiquer
avec le dehors, le jeune Betoulle essaya de sortir pour aller chercher
du lait destiné à ses petits frères; il fut frappé par les grévistes si
brutalement qu'il eut deux côtes fracturées et il fallut ensuite
l'intervention du maire pour que les assiégeants permissent à un médecin
d'aller visiter l'enfant. M. Beaulieu, pour aller à l'hôtel de ville
conférer avec les délégués des ouvriers, ne put d'ailleurs s'y rendre
qu'en landau, sous la protection de la gendarmerie. Et ce n'est
également que sous une escorte de gendarmes que les camions de
marchandises ont pu, durant plusieurs jours, circuler entre l'usine
assiégée et la gare.
LE PASSAGE DE L'ESCADRE DE ROJESTVENSKY DANS LA BAIE D'ANPASSANDAVA, A
NOSSI-BÉ
[Illustration: _On sait que l'escadre de l'amiral Rojestvensky, partie
de Reval le 12 octobre dernier, s'était divisée, à l'entrée de la
Méditerranée, en deux parties, dont l'une allait doubler le cap de
Bonne-Espérance, tandis que l'autre passait par Suez. Le 2 janvier, le
premier échelon, que commandait l'amiral Rojestvensky en personne,
arrivait à Sainte-Marie de Madagascar; le lendemain, le second échelon,
sous les ordres de l'amiral Felkersam, mouillait dans la baie
d'Anpassandava. C'est là qu'allait venir les rallier, en deux échelons
aussi, dans les premiers jours de février, pour la concentration
définitive, l'escadre passée par la Méditerranée et la mer Rouge. Ces
diverses opérations, accomplies si loin du théâtre des hostilités ne
donnèrent lieu alors à aucun incident, et ce n'est que plus récemment
qu'on nous fit un grief de les avoir laissé s'accomplir chez nous. La
photographie que nous publions, prise dans la baie d'Anpassandava,
montre que, si les charbonniers qui accompagnaient la flotte russe ont
pu s'approcher assez près de la terre française, les navires de guerre
eux-mêmes, comme si l'on avait prévu dès lors la mauvaise querelle qui
nous serait cherchée plus tard, se tinrent aussi éloignés que possible
de la côte._]
[Illustration: L'empereur. Le statthalter. _Phot. E. Jacobi._
INAUGURATION DU MONUMENT DE GRAVELOTTE PAR GUILLAUME II, LE 11 MAI.]
_L'inauguration, par l'empereur allemand, du monument élevé, à
Gravelotte, à la mémoire des soldats tombés là pendant la guerre contre
la France n'a point eu le caractère provocant à notre égard qu'on avait
redouté de lui voir prendre. Tout s'est borné à une belle fête
religieuse et militaire, dont la mise en scène était savamment ordonnée.
Quand Guillaume II, en uniforme de général d'infanterie, bleu et noir, à
parements rouges, eut pris place, en face d'un parterre d'uniformes, au
pied de l'ange de la Fidélité, belle figure de bronze doré, rehaussée de
pierreries, qu'il a donnée sur sa cassette personnelle, et à laquelle
les oriflammes militaires, placées par l'empereur lui-même, formaient un
fond très décoratif, le statthalter d'Alsace-Lorraine, prince de
Hohenlohe, prononça une brève allocution sans aucun caractère
belliqueux. Et ce fut le moment capital de la cérémonie. Des prières
suivirent, mais l'empereur ne prononça pas une parole._
[Illustration: Le don Quichotte et le Sancho Pança d'aujourd'hui, à
Argamasilla.]