LE CONCLAVE

En dépit des événements tragiques qui désolent l'Europe, le conclave

s'est ouvert le lundi 31 août, c'est-à-dire dans le délai traditionnel

de dix jours suivant la mort du pape. Le gouvernement italien, avec un

tact parfait, a garanti aux cardinaux la plus complète liberté et,

suivant l'usage, des carabiniers à cheval montent la garde autour du

Vatican où le Sacré-Collège se trouve emprisonné pour quelques jours.

Sauf la grande entrée, dont seuls possèdent les clefs le cardinal

camerlingue et le maréchal du conclave, toutes les portes ont été

murées; en outre, on a masqué avec des auvents toutes les fenêtres par

où s'éclairent les cellules des cardinaux et les logements de leur

suite. Car les princes de l'Eglise ne sont pas seuls; avec eux sont

enfermés leurs secrétaires ou conclavistes, les gardes nobles chargés du

service intérieur du Palais, les prélats attachés à divers offices et

tous les gens de service. Ces emmurés n'ont de communication avec le

dehors que par quatre tours, utilisés pour leur faire passer leur

correspondance, et, depuis le dernier conclave, leurs journaux.

[Illustration: La chapelle Sixtine aménagée pour le conclave.--_Phot.

Ch. Abeniacar._]

C'est dans la chapelle Sixtine, spécialement aménagée, que se tiennent

les séances de vote, suivant un cérémonial plusieurs fois séculaire dont

nous rappelons les grandes lignes. Au-dessus de l'autel, garni

de draperies rouges, un baldaquin de velours violet rehaussé d'or abrite

une tapisserie dite du Saint-Esprit qui se détache sur la fresque du

Jugement dernier. Au pourtour de la chapelle, les cardinaux sont assis

sous de petits dais, chacun ayant devant lui une table avec ce qu'il

faut pour écrire et une bougie allumée pour cacheter son bulletin.

[Illustration: Un bulletin de vote au conclave.]

Ce bulletin est double, de façon à pouvoir servir également pour le

scrutin normal, et pour l'_accession_ à laquelle on recourt quand

l'élection traîne en longueur. Dans ce cas, chaque cardinal déclare ou

bien n'accéder à personne, ou bien se rallier à un candidat différent de

celui pour lequel il a voté d'abord et qui a obtenu précédemment un

certain nombre de suffrages. On additionne les voix ainsi recueillies

avec celles du scrutin ordinaire, et, si un cardinal en a les deux

tiers, il est proclamé pape. Le nom du candidat est inscrit au milieu du

bulletin, entre le nom du votant et une devise (_signa_) personnelle, et

le papier est déposé dans un calice après avoir été plié de façon que la

bande médiane reste seule visible.

[Illustration: LES TRAINS SANITAIRES POUR LE TRANSPORT DES BLESSÉS

En haut, l'office et la cuisine.--Au centre, l'ensemble du train.--En

bas, à gauche, la chambre du médecin-major et du pharmacien-major; à

droite, une des voitures pour huit blessés.--_Voir l'article à la page

suivante._]

L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914 · 第 8 / 16 题