BOMBES ET INCENDIES

[Illustration: LE CONTRASTE.--Un soldat allemand blessé est descendu

avec d'infinies précautions de l'automobile qui l'a amené à Ostende.]

[Illustration: LES BLESSÉS GARDENT LE SOURIRE

_Phot. Ed. Jacques. Pau._

Dans cette atmosphère d'ardeur et de foi où nous vivons, il est un fait

qui a fortement contribué à nous affermir dans notre confiance: c'est

l'état moral où nous avons vu, toujours et partout, nos blessés. Tous

ont été touchés en face. Ils en sont fiers. Et si quelques-uns

laissaient paraître sur leur visage une ombre d'inquiétude ou de

crainte, ce seraient ceux qui redoutent de ne pouvoir être guéris assez

tôt pour retourner au front. Le photographe peut se camper devant

n'importe lequel des trains qui les ramènent, viser le premier groupe

qui s'offre à son objectif; la formule habituelle de l'opérateur est ici

superflue: ils sourient sans qu'on le leur dise.]

[Illustration: NOTRE ADMIRABLE 75.--Une batterie changeant de

position.]

Dans la lutte acharnée que livre depuis un mois notre armée, elle a eu

deux éléments de succès dont la valeur a été unanimement reconnue,--même

de l'ennemi qui a avoué la crainte qu'ils lui inspirent: notre excellent

canon de 75, le long et fin canon de campagne, et nos tirailleurs

indigènes.

Voici, saisi sur le vif, méticuleusement rendu, avec ce souci

d'exactitude, de vérité qui caractérise le tempérament de L. Sabattier,

une batterie d'artillerie défilant au galop. Ce n'est point

l'emportement fougueux qu'ont accoutumé de nous représenter, en pareil

cas, les illustrateurs de l'école classique, les chevaux cabrés, pleins

de feu et fumants des tableaux de bataille. C'est la réalité toute nue.

Et c'est de cette allure que notre bon 75 s'en va prendre ses positions,

protéger l'avance de l'infanterie, «reine des batailles», selon le vieux

dicton. «Je verrai toujours, écrivait récemment un officier, sous le

bombardement des dernières minutes, une batterie française s'en aller

tranquillement, au petit trot, prendre position.»

Et cent autres témoignages attestent l'habileté de nos pointeurs ainsi

que l'efficacité terrible de nos obus à la mélinite.

[Illustration: NOS CONTINGENTS D'AFRIQUE.--Les tirailleurs indigènes à

la charge.]

Et voici l'infanterie africaine,--celle qui impressionne le plus

l'ennemi, celle qui, dans les récentes actions, a tenu un rôle

prépondérant, et qui, notamment, eut cet honneur de donner, au moment

suprême, dans l'une des journées les plus importantes, contre la garde

impériale elle-même,--et de l'enfoncer, à la baïonnette, bien entendu.

Ce sont eux encore--«les turcos», comme persiste à les appeler le public

en souvenir de leurs exploits anciens, et quelle que soit leur

origine--qui, à Charleroi, dans l'épique et farouche bataille pour la

possession de la ville, prise, reprise et disputée avec un acharnement

infernal, dans une ruée superbe, arrêtent un moment l'ennemi supérieur

en forces. Leur première sortie avait échoué: «Les turcos, dit le

_Times_, avec leur bravoure légendaire, prirent alors une autre sortie

et réussirent à atteindre la batterie allemande dont ils tuèrent tous

les servants.»

Le dessin de L. Sabattier montre les braves tirailleurs dans la

préparation de l'acte décisif, s'avançant, au signal de la charge, d'un

irrésistible élan dans le terrain même le plus difficile, le plus

accidenté.

[Illustration: LES NOUVEAUX APRÈS-MIDI DE LA PARISIENNE.--Confection de

layettes pour les bébés des combattants.]

_Dès le premier jour de la mobilisation, un élan magnifique de charité

et de solidarité nationale emporta Paris et la France entière. On ne

songea d'abord qu'à ceux qui allaient se battre; dans tous les mondes,

parfois avec un enthousiasme un peu bruyant, mais excusable, plus

souvent avec une discrétion éminemment louable, nos femmes, nos filles,

nos enfants, se disputèrent l'honneur de travailler pour les blessés,

s'ingéniant à grouper tous les concours, à utiliser toutes les

ressources, toutes les compétences pour organiser des ambulances, selon

les derniers progrès de la science. Puis, on s'aperçut qu'il y avait

d'autres oeuvres presque aussi urgentes à accomplir. Les futures

infirmières, hier encore occupées de frivolités, préparèrent des

layettes pour les bébés laissés par les combattants, tandis que d'autres

se préoccupaient déjà de confectionner des vêtements d'hiver pour les

marmots des travailleuses privées de ressources. A ces dernières,

plusieurs ouvroirs ont offert une aide précieuse en les faisant

travailler, moyennant un modique salaire, au profit d'infortunes encore

plus grandes. Et quels que soient le quartier de l'ouvroir ou son niveau

social, on y retrouve le même dévouement, les mêmes espoirs, la même

sérénité._

[Illustration: L'APPROVISIONNEMENT DE PARIS EN BÉTAIL VIVANT.--Un aspect

nouveau de la pelouse de Longchamp.]

Tous les Parisiens ont constaté qu'après une gêne fort légère pendant

les premiers jours de la mobilisation, le ravitaillement de la capitale

a repris son cours normal; on peut même affirmer que, si les prix de la

viande se sont bien maintenus, ceux des autres denrées furent rarement

aussi bas. Paris peut-il être complètement investi? Cette éventualité

semble peu probable, étant donné l'état de nos armées et l'étendue du

périmètre jalonné par les forts détachés. Mais, si le fait se

produisait, la population parisienne serait assurée de pouvoir supporter

un long siège, sans avoir à redouter des jours de disette ou de famine.

La mobilisation à peine décrétée, on s'est, en effet, préoccupé de

parer à tout. Les divers champs de courses ont été réquisitionnés et

convertis en parcs à bestiaux. Longchamp contiendra bientôt 7.000

boeufs; l'hippodrome d'Auteuil, le Polo, la pelouse de Bagatelle,

reçoivent également un fort contingent; l'enclos du Tir aux pigeons est

réservé pour les moutons. Des montagnes de fourrages se dressent dans

les clairières du Bois, sévèrement gardées par la troupe. Et ces

opulents troupeaux assemblés devant les tribunes du pesage, pour parer

aux tristesses de la guerre, donnent plutôt l'impression de richesse

pacifique que l'on rencontre en tant de points des belles plaines de

France.

[Illustration: Un des dépôts de fourrages qui se constituent au Bois de

Boulogne.]

[Illustration: La foule, à travers les grilles, s'efforce d'effleurer

les pieds du pontife avec des rosaires ou des médailles.]

[Illustration: Le cercueil est descendu dans la crypte de la Confession

pour être déposé dans un caveau provisoire.]

A Saint-Pierre de Rome: l'exposition du corps de Pie X dans la chapelle

du Saint-Sacrement est le dernier acte des funérailles.

L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914 · 第 7 / 16 题