[PROJET D'UN CERCLE D'ÉDUCATION[51].]
[Note 51: Ce chapitre est écrit sur des feuilles volantes et ne fait
partie d'aucun des deux cahiers où Fournier a écrit les deux versions de
ses mémoires. Nous croyons pouvoir rapporter les faits dont il est
question dans ce chapitre à l'année 1791. Quant aux incorrections et aux
lacunes qui défigurent ces pages, elles sont textuelles.]
A cette époque, je présentai un ouvrage aux représentants de la Commune
de Paris, un ouvrage qui tendait au salut et au bonheur de la capitale,
d'une formation d'un corps de six mille hommes à pied et à cheval,
gratis à la République, qui devenaient pour lors les défenseurs de la
liberté. Dans ce plan était joint un établissement des arts et métiers,
pour occuper le peuple désoeuvré et sans fortune, ce qui devenait
(_sic_) au secours des malheureux et au développement de l'industrie et
du commerce. Cet établissement consistait à des écoles militaires, à des
industries de guerre contre les tyrans. Le tout réunissait le
soulagement des peuples pour lesquels on n'a encore rien fait. Je ne
demandais à l'Hôtel de Ville que de leur développer mes moyens et ils
étaient fondés en principes et en pratiques que j'avais déjà professés
en Amérique.
Je serais encore à même, à quiconque en douterait, de leur (_sic_)
prouver mathématiquement et pratiquement ce que je pouvais faire dans ce
temps-là. Mais La Fayette, Bailly et les Martin, Lasalle, Désaudray[52]
et autre chevalerie de ce temps mirent aussitôt toutes les entraves
possibles pour empêcher cette opération. Dès cet instant, la
scélératesse employa tous les moyens de m'éloigner de mes plans et de
mes projets, parce qu'ils ne remplissaient pas les vues du gouvernement
tyrannique et aussitôt ils imaginèrent pour détenir les patriotes dans
leur surveillance.... On chargea le sieur Désaudray à former un club
appelé sous la dénomination de loyalistes, où les hommes du 14 juillet
qui avaient marqué à cette époque.... Le club est établi, plusieurs mois
s'écoulent, le président Désaudray s'occupait à ramasser tous les titres
(ordre pour aller ça et là) de ceux qui avaient figuré. Un beau jour,
Désaudray m'engagea à dîner chez lui avec un autre citoyen et cela pour
nous proposer, à moi la croix de Saint-Louis de la part de La Fayette et
de Duportail et à mon collègue (parce qu'il n'avait de service
militaire) la médaille des gardes françaises. Toutes ces choses sont
bien importantes à noter pour faire connaître quelle ruse on employait
pour entraîner, pour parvenir, etc. Le jour remarquable que l'on me
faisait ces propositions, La Fayette faisait assassiner les patriotes au
Palais-Royal par un nommé Lacombe qu'il a décoré, deux jours après, de
la même croix, n'ayant jamais servi à ceux qui osaient parler dans le
café du Caveau et autres spadassins qui voulaient en imposer.
[Note 52: C'est le chevalier Désaudray qui fonda, au Palais-Royal, le
Lycée des Arts.]
Je dois dire ici que, dès ce moment-là, cinq ou six patriotes que nous
étions, nous nous assemblâmes pour détruire ce club qui n'était rien
moins que pour former un noyau, pour servir la passion de la tyrannie et
de la contre-révolution. Aussitôt chacun fit des sacrifices pour payer
les frais de la salle et autres et retirèrent (_sic_) leurs papiers. Et,
dès ce moment-là, l'on voyait déjà paraître des récompenses et pensions
de l'Hôtel de Ville, de l'Hôtel de la guerre, au chevalier président
Désaudray.
Le mémoire que j'ai présenté, Bailly et La Fayette ont prétendu qu'il
avait été enlevé lors du pillage à l'Hôtel de Ville, lors du pillage
dans la matinée du 5 octobre avant le voyage de Versailles. J'ai objecté
que le plan n'avait pas été enlevé de ma tête, qu'il y était toujours,
mais ils l'ont toujours repoussé. Ce qui m'inspira dès lors une défiance
bien juste contre les deux idoles, et me mit en surveillance active et
continuelle contre eux.
Le fond de l'établissement était fait par six mille citoyens aisés qui
donnaient chacun deux louis, ce qui fait douze mille louis, soit 288,000
livres.
Ces six mille hommes font le corps. Dans ce nombre, les aisés font le
service par honneur (l'état-major payé). Les pères et mères peu aisés y
auraient fait entrer leurs enfants et auraient trouvé à faire le
sacrifice de deux louis pour leur y faire apprendre un métier.
Auraient fait le service de nuit et de jour. Auraient fabriqué toutes
sortes d'ouvrages utiles: fabrique générale, arsenal, pour toutes sortes
d'ouvrages utiles au campement de nos armées et autres.
On aurait pris la vie et l'entretien dans les bénéfices des travaux.
Le surplus des bénéfices pour élever les enfants et donner des états,
dont les pères de famille n'ont pas le moyen.
On eût exercé les hommes.
Toutes les fois qu'on aurait eu besoin d'hommes, on aurait fait une
levée des hommes exercés qui eussent été remplacés dans l'arsenal par un
semblable nombre pris dans les aspirants, de manière que le nombre eût
toujours été complet.