CHAPITRE XXVIII

De ces paroles de saint Jean: _Laquelle n’est pas du Père, mais du

Monde_; qui expliquent ces autres paroles du même Apôtre: _Si quelqu’un

aime le Monde, l’amour du Père n’est point en lui._

Tel est donc l’œuvre du démon, opposé à l’œuvre de Dieu; et c’est pour

cela que saint Jean, après avoir dit: _N’aimez pas le Monde, ni ce qui

est dans le Monde, parce que tout ce qui est dans le Monde est

concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la

vie_, ajoute: _laquelle_ concupiscence, ainsi divisée dans ses trois

branches, _n’est pas du Père, mais du Monde[176]_. Ce n’est pas

l’ouvrage du Père, qui d’abord n’avait inspiré à l’homme que la

soumission à Dieu seul, la sobriété de l’esprit, pour ne savoir et ne

voir ce qu’il voulait dans toutes les choses qui nous environnent, et la

parfaite sujétion de la chair à l’esprit.

[176] I _Joan._, II, 16.

Ainsi les concupiscences nommées par saint Jean ne sont pas de Dieu, et

ne tiennent aucun rang[177] dans son ouvrage. Car en regardant tous les

ouvrages qu’il avait faits pour être vus, parmi lesquels l’homme était

le meilleur, il avait dit que _tout était bon et très bon[178]_. Ainsi

il n’a pas fait la concupiscence, qui est mauvaise dans sa source et

dans ses effets, ni le monde, qui est tout entier dans le mal: _in

maligno_, dit saint Paul[179]. La concupiscence vient du monde que Satan

a fait, de cette fausse création dont il est l’auteur: elle est née en

Adam avec le monde, et passant de lui à tout le genre humain, elle en a

composé ce monde, qui n’est que corruption.

[177] DÉFORIS: ne trouvaient aucun rang.

[178] _Gen._, I, 31.

[179] I _Joan._, V, 19.

Prenez donc garde à n’aimer jamais aucune partie de cet ouvrage, où Dieu

ne veut avoir aucune part. De quelque côté que le monde veuille vous

attirer, soit en vous faisant admirer votre propre perfection, ou en

vous incitant à aimer l’ostentation des sciences, et toutes les autres

vanités dont se repaissent les créatures, soit en vous engageant dans

les plaisirs, dont la chair est la source et l’objet, n’entrez en aucune

sorte dans cette séduction: n’y entrez, dis-je, par aucun endroit, parce

qu’il n’y a rien qui y soit de Dieu: tout est du monde, que Dieu n’a pas

fait, qu’il déteste, qu’il condamne. Et c’est aussi ce qui avait fait

dire à son Apôtre: _Si quelqu’un aime le Monde_ et le moindre de ses

attraits, jusqu’à y donner son cœur, _l’amour du Père n’est pas en

lui[180]_. On ne peut pas aimer Dieu et le monde: on ne peut pas nager

comme entre deux, se donnant tantôt à l’un, tantôt à l’autre, en partie

à l’un et en partie à l’autre. Dieu veut tout, et le peu que vous lui

ôterez, pour le donner au monde[181], à la fin entraînera tout votre

cœur, et sera le tout pour vous.

[180] I _Joan._, II, 15.

[181] DÉFORIS: et pour peu que vous lui ôtiez, ce peu que vous

donnerez au monde.

Traité de la concupiscence · 第 33 / 44 题