De ces paroles de saint Jean: _Laquelle n’est pas du Père, mais du
Monde_; qui expliquent ces autres paroles du même Apôtre: _Si quelqu’un
aime le Monde, l’amour du Père n’est point en lui._
Tel est donc l’œuvre du démon, opposé à l’œuvre de Dieu; et c’est pour
cela que saint Jean, après avoir dit: _N’aimez pas le Monde, ni ce qui
est dans le Monde, parce que tout ce qui est dans le Monde est
concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la
vie_, ajoute: _laquelle_ concupiscence, ainsi divisée dans ses trois
branches, _n’est pas du Père, mais du Monde[176]_. Ce n’est pas
l’ouvrage du Père, qui d’abord n’avait inspiré à l’homme que la
soumission à Dieu seul, la sobriété de l’esprit, pour ne savoir et ne
voir ce qu’il voulait dans toutes les choses qui nous environnent, et la
parfaite sujétion de la chair à l’esprit.
[176] I _Joan._, II, 16.
Ainsi les concupiscences nommées par saint Jean ne sont pas de Dieu, et
ne tiennent aucun rang[177] dans son ouvrage. Car en regardant tous les
ouvrages qu’il avait faits pour être vus, parmi lesquels l’homme était
le meilleur, il avait dit que _tout était bon et très bon[178]_. Ainsi
il n’a pas fait la concupiscence, qui est mauvaise dans sa source et
dans ses effets, ni le monde, qui est tout entier dans le mal: _in
maligno_, dit saint Paul[179]. La concupiscence vient du monde que Satan
a fait, de cette fausse création dont il est l’auteur: elle est née en
Adam avec le monde, et passant de lui à tout le genre humain, elle en a
composé ce monde, qui n’est que corruption.
[177] DÉFORIS: ne trouvaient aucun rang.
[178] _Gen._, I, 31.
[179] I _Joan._, V, 19.
Prenez donc garde à n’aimer jamais aucune partie de cet ouvrage, où Dieu
ne veut avoir aucune part. De quelque côté que le monde veuille vous
attirer, soit en vous faisant admirer votre propre perfection, ou en
vous incitant à aimer l’ostentation des sciences, et toutes les autres
vanités dont se repaissent les créatures, soit en vous engageant dans
les plaisirs, dont la chair est la source et l’objet, n’entrez en aucune
sorte dans cette séduction: n’y entrez, dis-je, par aucun endroit, parce
qu’il n’y a rien qui y soit de Dieu: tout est du monde, que Dieu n’a pas
fait, qu’il déteste, qu’il condamne. Et c’est aussi ce qui avait fait
dire à son Apôtre: _Si quelqu’un aime le Monde_ et le moindre de ses
attraits, jusqu’à y donner son cœur, _l’amour du Père n’est pas en
lui[180]_. On ne peut pas aimer Dieu et le monde: on ne peut pas nager
comme entre deux, se donnant tantôt à l’un, tantôt à l’autre, en partie
à l’un et en partie à l’autre. Dieu veut tout, et le peu que vous lui
ôterez, pour le donner au monde[181], à la fin entraînera tout votre
cœur, et sera le tout pour vous.
[180] I _Joan._, II, 15.
[181] DÉFORIS: et pour peu que vous lui ôtiez, ce peu que vous
donnerez au monde.