Si le Chrétien bien instruit des maximes de la foi peut craindre de
tomber dans cette espèce d’orgueil?
Tels étaient les Pharisiens, et telle était leur justice, pleine
d’elle-même et de son propre mérite. Ils se regardaient comme les seuls
dignes du don de Dieu, comme s’ils eussent été[139] d’une autre nature,
et formés d’une autre masse et d’une autre boue que le reste des
humains; ils les excluaient de sa grâce, ne pouvant souffrir qu’on
annonçât l’Évangile aux Gentils, ni qu’on louât d’autres qu’eux[140].
C’est là donc cette fausse et abominable justice qui est détestée par
saint Paul en tant d’endroits: et une telle justice, si clairement
réprouvée dans l’Évangile, ne devrait point trouver de place parmi les
Chrétiens.
[139] DÉFORIS: et de même que s’ils étaient d’une autre nature.
[140] DÉFORIS: d’autres hommes qu’eux.
Mais les hommes corrompent tout, et abusent du Christianisme, comme du
reste des dons de Dieu. Il s’est trouvé des Hérétiques, tels qu’étaient
les Pélagiens, qui ont cru se devoir à eux-mêmes leur salut; et il s’en
est trouvé d’autres qui, en ne s’en attribuant qu’une partie, ont cru
trouver toute l’humilité nécessaire au Christianisme, et rendre à Dieu
toute la gloire qui lui était due.
Mais les véritables Chrétiens, tel qu’était un saint Cyprien, tant loué
par saint Augustin pour cette Sentence, ont dit qu’_il fallait donner,
non une partie du salut, mais le tout à Dieu, et ne nous glorifier
jamais de rien, parce que rien n’était à nous[141]_. Ils l’avaient prise
de saint Paul, dont toute la doctrine aboutit à conclure, non que celui
qui se glorifie se puisse glorifier, du moins en partie, en lui-même,
mais qu’il ne doit nullement se glorifier en lui-même, mais en Dieu;
c’est-à-dire, uniquement en lui.
[141] S. Cypr., _Test. adversus Judæos, ad Quirin._, II, IV; S.
August., _Contra duas Ep. Pelag._, VI, X, 25 et seq.