CHAPITRE XX

Erreur encore plus grande de ceux qui tournent à leur propre gloire les

œuvres qui appartiennent à la véritable vertu.

Ce ne sont là pas toutefois ceux que la gloire trompe le plus. Plus

vains encore et plus déçus par leur orgueil sont ceux qui sacrifient à

la gloire, non des choses vaines, mais les propres œuvres que la vertu

devait produire. Tels sont _ceux qui font leurs bonnes œuvres, pour être

glorifiés des hommes_: qui _sonnent de la trompette devant eux-mêmes

quand ils font l’aumône_: qui _affectent de prier dans les coins des

rues et d’attrouper le monde autour d’eux_: qui _veulent rendre leurs

jeûnes publics, et les faire paraître dans la pâleur de leur

visage_[132].

[132] _Matth._, XXIII, 2, 5, 16.

Ceux qui parmi les Païens, ou parmi les Juifs, ou même, par le dernier

aveuglement, parmi les Chrétiens, ont été justes, équitables,

tempérants, cléments, pour se faire admirer des hommes, sont de ce rang.

Et tous ils ont reçu leur récompense; et ils sont beaucoup plus punis

que ceux qui mettent la gloire dans des choses vaines. Car plus les

œuvres qu’ils étalent sont solides par elles-mêmes, plus il est indigne

et injuste de les sacrifier à l’orgueil, et de tenir la vertu si peu de

chose, qu’on ne daigne la rechercher que pour en être loué par les

hommes, comme si Dieu ne lui suffisait pas.

Traité de la concupiscence · 第 25 / 44 题