Erreur encore plus grande de ceux qui tournent à leur propre gloire les
œuvres qui appartiennent à la véritable vertu.
Ce ne sont là pas toutefois ceux que la gloire trompe le plus. Plus
vains encore et plus déçus par leur orgueil sont ceux qui sacrifient à
la gloire, non des choses vaines, mais les propres œuvres que la vertu
devait produire. Tels sont _ceux qui font leurs bonnes œuvres, pour être
glorifiés des hommes_: qui _sonnent de la trompette devant eux-mêmes
quand ils font l’aumône_: qui _affectent de prier dans les coins des
rues et d’attrouper le monde autour d’eux_: qui _veulent rendre leurs
jeûnes publics, et les faire paraître dans la pâleur de leur
visage_[132].
[132] _Matth._, XXIII, 2, 5, 16.
Ceux qui parmi les Païens, ou parmi les Juifs, ou même, par le dernier
aveuglement, parmi les Chrétiens, ont été justes, équitables,
tempérants, cléments, pour se faire admirer des hommes, sont de ce rang.
Et tous ils ont reçu leur récompense; et ils sont beaucoup plus punis
que ceux qui mettent la gloire dans des choses vaines. Car plus les
œuvres qu’ils étalent sont solides par elles-mêmes, plus il est indigne
et injuste de les sacrifier à l’orgueil, et de tenir la vertu si peu de
chose, qu’on ne daigne la rechercher que pour en être loué par les
hommes, comme si Dieu ne lui suffisait pas.