L'EXPÉDITION ARCTIQUE DU DUC D'ORLÉANS

La _Belgica_, le vaillant et robuste trois-mâts qui porta naguère vers

le pôle sud le commandant Adrien de Gerlache et ses compagnons, vient de

pousser, avec l'expédition que conduisait Monsieur le duo d'Orléans, une

pointe non moins heureuse dans l'océan Glacial arctique, cette fois.

Mardi, elle ramenait aux quais d'Ostende, tous florissants de santé, le

prince et la mission d'exploration qu'il avait organisée.

Le moins qu'on puisse dire, en attendant la publication complète des

travaux de la mission, c'est que cette campagne a été des plus fécondes.

Quand on songe au peu de temps qu'elle a duré, on est surpris, en

vérité, des résultats acquis; la côte est du Groenland, reconnue et

minutieusement relevée sur 80 milles de long, l'extrême point connu de

ce continent reporté du 77e degré au delà du 78° 20, sans parler de

quantité d'observations scientifiques faites en cours de route, tels

sont les fruits d'un voyage de quatre mois.

[Illustration: Croquis provisoire de l'expédition de la _Belgica_,

d'après les indications de Monsieur le duc d'Orléans et du commandant de

Gerlache.

1. Point où la «Belgica» rencontra la banquise (80º 20 de latitude).--2.

Point d'entrée du navire dans la banquise, le 21 juillet.--3. La

première terre aperçue, le 28 juillet.--4. Point de sortie de la

banquise (70° 26 de latitude).--Le carton d'angle montre la

rectification de la côte d'après les relevés de l'expédition.]

A peine la _Belgica_ amarrée à l'entrée du bassin d'Ostende, le prince,

qui avait commandé lui-même la délicate manoeuvre de l'accostage,

voulait bien résumer pour nous ces quelques semaines d'une vie rude et

salubre, au milieu des brumes interminables du Nord, des glaces de la

banquise, des tourmentes, des frimas, avec, comme distractions, de

fructueuses parties de chasse.

Nous avons annoncé en son temps le départ de la _Belgica_ et donné la

composition de son état-major. On sait que le duc d'Orléans avait fait

appel au concours éclairé du commandant de Gerlache, qui fut son

principal collaborateur et dont l'expérience et le dévouement, nous

disait-il, lui ont été particulièrement précieux.

C'est le 3 juin dernier que l'expédition quittait Tromsoe, faisant voile

au nord pour le Spitzberg; on était en avance et, sur les conseils de M.

de Gerlache, le prince avait décidé de profiter de cette circonstance et

d'aborder la banquise non plus par le sud, comme l'avaient fait les

précédents explorateurs, mais par le nord.

Il demeura un mois dans les eaux du Spitzberg, étudiant la côte ouest,

multipliant les expériences océanographiques.

Le moment venu, au jugé, de foncer sur la banquise, la _Belgica_ remonta

au-dessus du Spitzberg, poursuivant toujours les sondages et les pêches

d'étude. La marche en avant fut quelques jours retardée par les glaces

flottantes. Enfin le 8 juillet, par 80° 20 de latitude nord et 5° 40 de

longitude est, on atteignait la banquise. Il fallut en côtoyer le bord

abrupt en redescendant vers le sud-ouest, en quête d'un passage libre

qui permît à la _Belgica_ de s'y engager. On revint ainsi en arrière

jusqu'au 21 juillet. Ce jour-là, par 76° 10 de latitude nord et 7 degrés

de longitude ouest, on découvrait un chenal navigable, dirigé vers le

nord-ouest. On le suivit.

Pendant toute une semaine, on navigua à l'aveuglette, à travers

d'épaisses brumes. Mais on avait depuis longtemps dépassé le point

extrême auparavant reconnu, le cap Bismarck. Et encore, ce point,

baptisé comme la Terre du Roi Guillaume à la suite de l'expédition

conduite par le capitaine prussien Koldewey, n'avait-il pas été atteint

par mer. Après la perte de l'un de ses navires, la _Hansa_, Koldewey

avait fait hiverner le second, la _Germania_, à l'île Sabine, et ce fut

en traîneau, avec un détachement de son personnel, qu'il alla planter le

drapeau prussien sur ce promontoire avant lui inconnu.

Le duc d'Orléans allait avoir meilleure fortune que ce devancier: le 28

juillet--la _Belgica_ avait stoppé la veille--comme le prince, chasseur

passionné et tireur dont l'habileté a émerveillé ses compagnons, venait

de «descendre» un ours superbe, le rideau de brume s'éclaircit, se leva.

On aperçut alors, dans le demi-jour polaire, une terre assez élevée qui

émergeait, à bâbord du navire, de l'immensité blême. Une émotion

indicible s'empara de tous. Séance tenante, Monsieur le duc d'Orléans

partit avec un détachement pour l'atteindre; deux heures après, il la

foulait. Un _cairn_ était élevé et le drapeau aux trois couleurs

françaises mettait sa note joyeuse dans ce paysage de désolation. Le

soir elle était appelée «Terre de France» et, sur la proposition du

commandant de Gerlache, avec l'assentiment du prince, la pointe qui la

terminait reçut le nom de cap Philippe.

On quitta le 5 août ce point pour regagner la mer libre que l'on

retrouva par 70° 20 de latitude.

[Illustration: La côte orientale du Groenland, du cap Bismarck au cap

Philippe. (Relevé du peintre Mérite.)]

Dans ce voyage de retour, on eut la chance heureuse de pouvoir relever

toute la côte très méticuleusement, la photographier même en certains

points jusqu'au cap Bismarck, en noter les fiords, les anfractuosités,

rapporter, en somme, des indications suffisantes pour établir presque

sur toute la longueur une carte suffisamment exacte du contour. Et l'on

peut voir que ce littoral, au lieu de se creuser vers l'est, comme le

supposait Koldewey, s'incurve au contraire vers le nord-ouest.

Maintenant, s'agit-il d'une terre, d'un prolongement vers l'est du

continent groenlandais ou d'une série d'îles? Le prince, très

prudemment, évite de se prononcer. Il incline pourtant à croire que le

cap Bismarck est la pointe sud d'une île.

--Et alors, dit-il gaiement, ce sera non plus la Terre de France, mais

l'archipel Français! G. B.

[Illustration: Le cap Philippe.]

[Illustration: 1. Lieutenant-colonel Cornejo,--2. Colonel de la

Combe.--3. Major Salazar.--4. M. E. Collin, ingénieur du Creusot.--5.

Colonel Varela.--6. Général Echenique, président de la commission.--7.

Colonel Chaumeton.--8. Colonel Zuleta.--9. Colonel Abril.--10.

Lieutenant-colonel Régal. La commission d'expériences du canon français

de 75 millimètres à tir rapide, actuellement en essai au Pérou.]

[Illustration: 1. M. Michel Fort.--2. Major Salazar.--3. M. E.

Collin.--4. Lieutenant-colonel Régal.--5. Colonel Abril.--6. Colonel de

la Combe.--7. Colonel Muniz, ministre de la Guerre.--8. M. José Pardo,

président de la République.--9. Colonel Ugarte, chef d'état-major.--10.

Général Echenique.--11. Colonel Varela.--12. Colonel Chaumeton.--13.

Colonel Zuleta.--14. Lieutenant-colonel Cornejo. Le président de la

République du Pérou et les membres de la commission devant la cible des

tirs de précision à 2.000 mètres.]

[Illustration: Le tir du canon Schneider-Canet de 75 millimètres par des

artilleurs péruviens.]

L'Illustration, No. 3264, 16 Septembre 1905 · 第 16 / 37 题