Il est bien certain que les aérostats doivent, comme les vaisseaux,
trouver leur point d'appui dans le milieu où ils naviguent; mais il y a
entre l'eau et l'air des différences telles que les principes
hydrostatiques ne peuvent s'appliquer que très-imparfaitement à la
direction des aérostats. Ainsi le vaisseau ne plonge qu'en partit! dans
l'eau; le ballon est complètement immergé dans l'atmosphère; le vaisseau
trouve, pour résister aux vents contraires, son point d'appui dans le
liquide; un ballon pourra difficilement se servir de l'air même pour
résister à la violence de l'air. Les conditions de navigation sont
partout les mêmes, le liquide a la même densité, les courants ont une
direction connue et qui ne varie pas: dans l'air, à mesure qu'on
s'éloigne de la terre, la densité du milieu diminue, il se produit des
courants qui changent probablement avec chaque couche d'air; le gaz
contenu dans le ballon dont la pesanteur spécifique, à terre, a pu
déterminer l'ascension devient, lui-même un élément de danger si on ne
peut, à propos, lui donner issue.
[Illustration: Ballon en cuivre.]
Depuis l'invention due aux frères _Mongolfier_, d'Annonay, qui, les
premiers, s'élevèrent dans les airs, au moyen d'un aérostat, on ne peut
nier les nombreuses améliorations qui sont venues perfectionner leur
découverte. Les gaz ont remplacé l'air échauffé et dilaté: les
enveloppes sont plus solides, le parachute éloigne une partie des
dangers que couraient les aéronautes. Mais là se bornent, du moins
jusqu'à présent, les perfectionnements. Est-on parvenu à se diriger dans
l'air? Non, et c'est là l'écueil contre lequel sont venus se briser les
plus intrépides expérimentateurs. Disons pourtant que les ballons ont
été d'un grand secours pour l'étude des sciences physiques, que des
hommes d'un immense savoir, MM. Biot et Gay-Lussac, ont été recueillir à
près de deux lieues de la terre l'air dont leur ballon traversait les
couches, et qu'ils ont étudié à cette hauteur divers phénomènes
électriques et magnétiques.
Le ballon dont nous avons à entretenir aujourd'hui nos lecteurs est
destiné à résoudre certaines questions de physique générale, et
certainement, dans la pensée du constructeur, à aborder celle de la
direction des aérostats. Quoi qu'il en soit, c'est seulement au point de
vue de la science que M. Arago a bien voulu lui servir de parrain à
l'Institut.
Cet aérostat est complètement composé de feuilles de cuivre d'un
huitième de millimètre d'épaisseur. La première idée de la construction
des ballons métalliques a été émise par Lans en 1760, et après lui par
Guylon de Morveau en 1784. C'est le petit-fils d'un des savants les plus
illustres de notre temps, M. Marey-Monge, qui vient de la réaliser.--Les
feuilles de cuivre, réunies par bandes, comme les côtes d'un melon, ont
été soudées par l'ingénieux procédé dû à M. le comte Desbassyns de
Richemont (Ce procédé consiste à fondre la soudure au moyen de la flamme
du gaz hydrogène dirigée sur le métal; c'est ainsi qu'on obtient
aujourd'hui la réunion immédiate du plomb par la fusion des deux bords
de la pièce sans emploi de soudure.) Les soudures de ce ballon ont un
développement de l,500 mètres. L'aérostat a 10 mètres de diamètre et
pèse 400 kilogrammes, il contiendra 50 kilogrammes de gaz hydrogène.
Ce ballon doit servir à une ascension que fera prochainement un
aéronaute bien connu, M. Dupuis-Delcourt. Le but que s'est proposé M.
Marey-Monge est, comme nous l'avons dit plus haut, de réaliser ses idées
sur l'application des moyens d'impulsion et de direction à donner aux
aérostats: il a développé son système dans un mémoire soumis à
l'Académie. Comme cet aérostat métallique ne donnera pas lieu à une
continuelle déperdition d'hydrogène, ainsi que le font les ballons en
étoffe, il pourra séjourner longtemps dans l'air et servir à l'élude de
la direction des courants atmosphériques constants. Ce ballon pourra, de
plus, décider la question de savoir s'il est possible de prévenir la
grêle. Ou sait que ce phénomène si dangereux est dû à l'électricité des
nuages. Si on parvient à décharger les nuages de leur électricité, le
phénomène n'est plus possible. Par sa nature le nouveau ballon étant
susceptible de rester longtemps suspendu dans l'atmosphère, si on le met
par un fil métallique en communication avec le sol, il enlèvera
complètement aux nuages qui l'approcheront leur électricité, et on aura
ainsi fait disparaître un des plus grands fléaux de l'agriculture.
On conçoit dès lors tout l'intérêt qui s'attache à ces expériences, et
nous ne pouvons que faire des voeux pour qu'elles soient couronnées d'un
plein succès et que les noms de MM. Marey-Monge et Dupuis-Delcourt
soient associés à ceux des hommes utiles et recommandables de notre
siècle.
Rébus.
EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:
C'est un grand souci, de chaque côté de la Manche que la reine Pomaré.
[Illustration: nouveau rébus.]