[184] Voir la série des _Va-nu-pieds de Londres_.

[185] Cf. _Le Retour_, _Tête folle_, etc. Au reste, M. Bentzon

est surtout connu pour ses études et traductions.

[186] Cf. _La moderne Babylone_, _Jacques Bonhomme chez John

Bull_, _Au pays des brouillards_, etc.

[187] Cf. _Jonathan et son continent_, _John Bull et son île_,

etc.

[188] Cf. _Les Clientes du docteur Bernagus_, _Laborde et Cie_,

_L'Eau dormante_, etc.

[189] Cf. _L'Homme des déserts_, _Les Mangeurs de feu_, etc.

[190] Cf. _Le tour du monde d'un gamin de Paris_ (série), _Les

Mystères de la Guyane_, etc.

[191] Cf. _L'Allemagne amoureuse_, _Histoires militaires_, _La

Vie viennoise_, etc.

[192] Cf. _Les Mémoires d'un orphelin_, _Les Fiancés du

Spitzberg_, _Les Ames en peine_, _Le Roman d'un héritier_,

_Hélène et Suzanne_, etc.

[193] Voir chap. VIII (_Les Romantiques_). Ajoutez à la liste des

livres cités dans la notice _Iskender_ (roman persan), d'une

grande vie, d'un beau souffle.

A côté du roman de voyage (et se confondant souvent avec lui) nous

placerons le roman scientifique, dont M. Jules Verne[194] est à cette

heure le représentant le mieux accrédité. J'estime qu'il serait

parfaitement oiseux de se poser au sujet de M. Jules Verne l'éternelle

question: «M. Jules Verne a-t-il fait entrer la science dans le cadre du

roman ou a-t-il introduit le roman dans le domaine austère de la

science?» Ce qu'il faut reconnaître à M. Jules Verne, c'est son entrain,

sa facilité et sa fécondité; il a su, le premier en France, utiliser le

merveilleux scientifique, et c'est là surtout ce qui a décidé de son

énorme succès. Après lui, je citerai M. de Lamothe[195], qui ne fait

souvent, au reste, que le copier; M. André Laurie (Paschal Grousset),

dans ses études sur _La vie de collège aux Etats-Unis, en Angleterre, en

Allemagne_, etc.; M. Jean Macé[196]; M. Eugène Parès[197]; et en général

les auteurs du _Magasin d'éducation et de récréation_, de la

_Bibliothèque rose_, du _Journal de la jeunesse_ et de l'_Ouvrier_.

Joignons-leur, si vous voulez, et puisque aussi bien ils combattent côte

à côte dans les mêmes revues, le bataillon des romanciers prédicants,

Mmes Zénaïde Fleuriot[198], Mathilde Bourdon[199], Nelly Lieutier[200],

Marie Guerrier de Haulpt[201], Maryan[202], Marie Maréchal[203]; MM.

Jean Grange[204], Aimé Giron[205], M. du Campfranc[206], etc. C'est un

genre où ont brillé jadis Mmes Caro et Craven, mais qui n'a poussé ses

vraies fleurs qu'à l'étranger, avec la _Fabiola_ du cardinal Wisemann et

le _Vicaire de Wackefield_ de ce bon et ennuyeux Goldsmith.

[194] Cf. _Vingt mille lieues sous les mers_, _Les Enfants du

capitaine Grant_, _L'Ile mystérieuse_, _Cinq semaines en ballon_,

_Michel Strogoff_, _Aventures de trois Russes et de trois

Anglais_, _Le tour du monde en 80 jours_, _Nord contre Sud_, etc.

Jules Verne est plus qu'en puissance déjà dans Edgar Poë. Il ne

lui a pris que son merveilleux scientifique. Le reste de son

héritage, le macabre, l'humour à vif, vous le retrouverez dans

Villiers de l'Isle-Adam, par exemple.

[195] Cf. _Les Secrets de l'Océan_, _Le capitaine Ferragus_,

_Flora chez les nains_, _Quinze mois dans la lune_, etc. C'est du

Jules Verne arrangé et pas au mieux. M. de Lamothe eut à répondre

autrefois de ces imitations un peu bien directes.

[196] Cf. _Histoire d'une bouchée de pain_, _Les Serviteurs de

l'estomac_, _Les contes du Petit-Château_, etc.

[197] Cf. _Le Palais de marbre_, _La Vengeance du bonze_, _La

fille du Boer_, etc. Cette littérature enfantine a, du reste,

beaucoup baissé. On y chercherait en vain les pendants à _la

Roche aux mouettes_, à _Romain Kalbris_, à _Maroussia_, à

_Jean-Paul Choppard_, au _Prince Coqueluche_, ces chefs-d'œuvre

d'antan.

[198] Cf. _Aigle et Colombe_, _Les Pieds d'argile_, _Bigarette_,

_Le clan des Pentom_, _Les Rosaëc_, _Désertion_, etc.

[199] Cf. _Les Laferté_, _Jacqueline_, _Denise_, _L'Ange du

sommeil_, etc.

[200] Cf. _Jean le boiteux_, _Visites à grand'mère_, _La Fille de

l'aveugle_, etc.

[201] On se reportera, sur Mme Guerrier de Haulpt, à l'article

que j'ai déjà cité de M. Paul Bourget, sur le roman piétiste et

le roman naturaliste (_Revue des deux mondes_, 1873). Voir de Mme

de Haulpt _Le Roman d'un athée_, _Le Trésor de Kermerel_, _La

Clef des champs_, etc.

[202] Cf. _Une dette d'honneur_, _En Poitou_, _La Faute du père_,

_Petite reine_, etc.

[203] Cf. _Marcelle Dayre_, _Sabine de Rivas_, _Aventures de

Jean-Paul Riquet_, etc.

[204] Cf. _Les Souvenirs d'un enfant de chœur_, _Les Récits du

commissaire_, _Les athées du Pont-aux-Choux_, etc.

[205] Cf. _Maître Bernillon_, _La Béate_, _Un mariage difficile_,

_Chez l'oncle Aristide_, etc.

[206] Cf. _Yves Trévirec_, _La Mission de Marguerite_, _Edith_,

etc.

Ces divers genres échappent déjà par certains côtés à la littérature;

j'ai bien peur que le roman-feuilleton n'y échappe par tous les côtés à

la fois. Quel rapport, je vous prie, entre un écrivain et M. Pierre

Ninous[207]? La clientèle des feuilletonistes, ce n'est même plus ce

public moyen, vaguement teinté de notions littéraires, des romans de M.

Delpit et de M. Georges Ohnet; c'est la grande masse lisante et

ruminante, et pour satisfaire cette clientèle qu'il connaît bien, le

journal exigera à l'avance de ses feuilletonistes qu'ils renoncent à

toute délicatesse de style et d'idée, qu'ils échauffent la bête et la

tiennent sur son appétit jusqu'au bout par les mystérieux points

d'interrogation de la cinquième colonne. Qu'y faire? Ce sont des

exceptions fort honorables, sans doute, que M. Charles Buet[208], M.

Jules Mary[209], M. Pierre Zaccone[210], M. Tony Révillon[211], M.

Adolphe d'Ennery[212] et deux ou trois autres[213]. Mais ce sont des

exceptions, et le genre n'en est pas moins condamné, non point tant

comme inconciliable avec une saine littérature (voyez Paul Féval), qu'à

cause des exigences du journalisme contemporain.

[207] Je prends M. Ninous au hasard. Mais j'aurais pu tout aussi

bien nommer cinquante autres.

[208] Cf. _Aubanon Cinq-liards_, _Les Chevaliers de la

Croix-Blanche_, _Le Crime de Maltaverne_, _Les Rois du Pays

d'or_, _L'Honneur du Nom_, etc., etc. Tous ces romans ont une

réelle tenue littéraire; l'auteur est peut-être, à présent, notre

meilleur romancier picaresque.

[209] Cf. _Le Panné_, _Le Wagon 303_, _Les Vaincus de la vie_,

_L'Aventure d'une fille_, etc.

[210] Cf. _Les Nuits du boulevard_, _Le Fer rouge_, _L'Enfant du

Pavé_, _Les Drames du demi-monde_, _La duchesse d'Alvarès_, et

quelques nouvelles vraiment exquises (_Le Trombone de Salzbach_,

par exemple). Mais c'est surtout à l'imagination que M. Zaccone a

dû le succès très mérité de ses livres.

[211] Cf. _Le marquis de Saint-Luc_, _La Bataille de la bourse_,

_Le Faubourg Saint-Antoine_, etc.

[212] Cf. _Martyre_, _Les Deux orphelines_, _Les Remords d'un

ange_, etc.

[213] Tels que M. Paul Saunière (_Le beau Sylvain_, _Le Chevalier

Tempête_, _Flamberge_, etc.), M. Elie Berthet (_Un mariage

secret_, _Mère et fille_, _Le Château de Montbrun_, etc.),

Charles Valois (_Le docteur André_), Eugène Moret (_La petite

Kate_), etc., etc.

CONCLUSION

CONCLUSION

Comme on l'a pu voir par ces notes, le roman contemporain, qui, il y a

dix ans, allait tout au réalisme, hésite maintenant entre le réalisme et

l'idéalisme. A dire vrai, c'est moins les romanciers que le public qui

décideront lequel des deux doit l'emporter sur l'autre. Quand le public

est à bout d'une veine, disait Sainte-Beuve, il aime à en changer et il

adopte vite les auteurs à qui il est redevable d'une série de sensations

nouvelles. Ainsi une formule peut être un moment victorieuse; sa

victoire ne durera jamais bien longtemps[214].

[214]--«Les goûts sur les livres changent de mode chez les

Français comme les habits. Les longs romans pleins de paroles et

d'aventures fabuleuses, vides des choses qui doivent rester dans

l'esprit du lecteur et y faire fruit, étaient en vogue dans le

temps que les chapeaux pointus étaient trouvés beaux. On s'est

lassé presque en même temps des uns et des autres, et les petites

histoires ornées des agréments que la vérité peut souffrir ont

pris leur place et se sont trouvées plus propres au génie

français, qui est impatient de voir en deux heures le dénouement

et la fin de ce qu'il commence à lire.»--De qui ces lignes? D'un

certain Le Noble, auteur d'_Ildegerte, reyne de Norwège_, ou

_L'amour magnanime_, nouvelle historique, publiée en 1646, et

précédée d'un à-qui-lit dont je les ai extraites.

Le réalisme a eu d'abord sa raison d'être; ses excès commencent à

inquiéter le public qui se reprend peu à peu à une renaissance de

l'idéalisme. L'heure est encore indécise, semblable à ces heures

troubles du crépuscule, où de larges nappes d'ombre et de lumière se

disputent l'étendue. Elle n'en est que plus favorable pour embrasser le

mouvement contemporain dans sa complexité. Le réalisme a produit et

produit encore de belles œuvres; l'idéalisme régénéré n'a rien à envier

à son rival, et la psychologie de M. Bourget vaut à tout prendre

l'impressionnisme de M. de Goncourt. Mais on peut prévoir déjà, à de

certains signes avant-coureurs, que le temps du réalisme est passé: les

jeunes gens s'en écartent dès leurs débuts, ou ceux que leurs débuts y

avaient poussés d'abord font retraite. Les querelles d'écoles

recommencent, plus âpres et mieux armées, et c'est des idéalistes que

part cette fois l'offensive. Et voici que les maîtres eux-mêmes sont

pris d'inquiétude. M. Zola quitte chaque jour un peu de son dogmatisme;

si quelque manifeste, comme celui de _Marie Fougère_, vient tout à coup

à rompre la trêve, ce n'est plus lui qui monte sur le mûr et qui pousse

la triple clameur: l'Achille du réalisme est définitivement rentré sous

la tente.

Pourtant l'heure de l'idéalisme passera, comme va passer l'heure du

réalisme, et c'est la fortune de toutes les écoles que ce continuel

déclin et cette continuelle renaissance. Prétendre, comme le fit M.

Zola, au triomphe absolu, définitif et sans discussion, quelle chimère!

Dans la conclusion de son beau livre _Le réalisme et le naturalisme dans

la littérature et dans l'art_, M. David-Sauvageot, rappelant le mot

d'Ampère sur les épopées du moyen âge: «Toute combinaison de nationalité

dégage de la poésie», semble prévoir un temps où la pénétration

réciproque du génie français et du génie russe communiquerait une

nouvelle vie au réalisme des deux races. Nous emprunterions aux Russes

cette foi, cette émotion, cette pitié sincère pour les humbles, ce souci

passionné des hauts mystères qui rachète leur amour pour l'inconscient

et l'obscur; nous leur donnerions en retour nos habitudes de précision

et de méthode. «Ainsi l'art serait renouvelé à la fois par l'ardeur et

par la lumière.» C'est le rêve d'un noble esprit; j'ai peur que ce ne

soit jamais qu'un rêve. On a dit beaucoup de mal d'un de nos plus

illustres contemporains qui ramenait tout au tempérament. Sans doute,

c'est un facteur qui n'est point négligeable, et, comme il est vrai

qu'il y a des races plus réalistes ou plus idéalistes, il paraît vrai

aussi que le tempérament de l'écrivain balancera toujours les autres

influences. N'est-ce pas M. Paul Alexis qui raconte que dans sa toute

première enfance, M. Zola faisait le désespoir des siens par son

bégayement, et que le premier mot qu'on lui entendit prononcer avec

netteté, ce fut (j'en demande bien excuse) ce vocable gros de promesses:

cochon? L'anecdote a son intérêt; je n'en prétends point conclure au

néant de l'éducation et à la toute-puissance du tempérament; avouez

cependant qu'elle donne à songer et que ce n'est point là une enfance

comme on nous raconte de Platon et de Virgile. Mais je veux croire au

contraire à une certaine efficacité de l'éducation. Je reconnais que

l'éducation agit sur l'individu pour le fortifier ou le contrarier dans

la direction naturelle de son esprit: d'où, quelquefois, ces ruptures

d'équilibre, ces antinomies choquantes, qui accusent dans un même

écrivain les tendances les plus opposées; mais d'où aussi, dans notre

littérature, cette continuité, cette suite, ce long enchaînement des

œuvres et des hommes, qui lie l'une à l'autre les générations en

apparence les plus hostiles, Zola à Hugo, Hugo à Boileau, Boileau à

Ronsard. L'esprit a commencé par se soumettre au passé; il lui a

emprunté ses habitudes et sa méthode, quitte à rompre brusquement et à

s'inventer une formule nouvelle, mais non point si nouvelle qu'elle

n'ait gardé dans l'application quelque chose des formules antérieures.

L'éducation seule, une tradition sévère, patiente, reconnue et acceptée

de tous, a pu ce miracle de conciliation et d'union. Or, bien ou mal,

c'est un fait assuré que la tradition s'en va en littérature. J'ai

réussi à établir un peu d'ordre dans un livre comme celui-ci, qui

embrasse un cycle assez large; la chose eût été impossible, si je m'en

étais strictement tenu aux deux ou trois dernières années. Regardez avec

attention: dans le roman, dans la poésie, au théâtre, partout le

spectacle se ressemble. Il y a encore des maîtres, des écoles, des

systèmes, et personne pour les suivre. Où va-t-on? On s'interroge, on

cherche. Quoi? Nul ne sait au juste. Idéalistes et réalistes, tous vous

diront que les anciennes formules ont fait leur temps et qu'on n'en veut

plus. Mais cette belle entente crève en fumée, dès qu'il s'agit de

déterminer la formule nouvelle. Et les préfaces succèdent aux

manifestes, les théories aux poétiques. M. Prévost donne la réplique à

M. Champsaur, lequel dispute avec M. Thierry sans pouvoir tomber

d'accord avec M. de Brinn'gaubast. C'est le triomphe de

l'individualisme,--un vilain mot, sans doute, mais le seul propre à

caractériser cette fin de siècle turbulente et confuse, et dont l'avenir

déconcerte toute prévision.

TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION 1

I. Les Naturalistes 3

II. Les Impressionnistes 55

III. Les Symbolistes 105

IV. Les Philosophes 135

V. Les Rustiques 207

VI. Les Mondains 233

VII. Les Nouvellistes 253

VIII. Les Romantiques 269

IX. Les Éclectiques 303

X. Romanciers divers 335

CONCLUSION 349

ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY

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Les Romanciers d'Aujourd'hui · 第 10 / 10 段