Une crise politique des plus graves sévit en ce moment au Japon où
l'effervescence populaire est telle que, pendant trois jours, la foule,
dans son ardeur à manifester contre le ministère Katsura, a soutenu de
véritables combats avec la police et la troupe dans les rues de Tokio.
[Illustration: Le prince Katsura.]
Le cabinet Katsura avait succédé, sous la pression du parti militaire,
au cabinet Saïonji, très populaire pour son programme d'économie
générale et de dégrèvement fiscal. Peu soutenu par la cour, et ne
pouvant réussir à remplacer son ministre de la Guerre qui venait de
démissionner sur un refus de crédits nouveaux, le marquis Saïonji dut se
retirer, bien qu'il eût la majorité dans les deux Chambres, et le prince
Katsura, qui avait été déjà deux fois premier ministre, de 1901 à 1906
et de 1908 à 1911, assuma la tâche ardue de concilier des intérêts en
apparence inconciliables. Les événements nous montrent que l'éminent
homme d'État n'y a pu réussir. La décision du gouvernement d'enlever les
questions militaires à la compétence du Parlement nettement hostile, et
dont, à deux reprises, furent prorogées les séances, a mis le comble à
l'impopularité du ministère qui, sous la menace de toute une population
ameutée, s'est résigné à abandonner le pouvoir.