M. POINCARÉ, CHASSEUR ALPIN

On a dit ici, au lendemain de l'élection de M. Raymond Poincaré à la

présidence de la République, quel soldat modèle fut cet homme appliqué à

tous ses devoirs. A quelques jours de là, M. Marcel Knecht, le président

de la «Prolonge Blandan», association amicale des anciens soldats du 26e

régiment d'infanterie, où le futur président fit son année de

volontariat et qu'il quitta avec les galons de sergent, lui délivrait

cette attestation: que «le bi-licencié fut un soldat modèle et un

parfait gradé». Nous avons mentionné aussi que, son service terminé, M.

Raymond Poincaré passa l'examen d'officier, et qu'il accomplit avec zèle

les périodes d'exercice que lui imposait la règle. Il laissa à tous ceux

qui furent alors ses camarades, ses compagnons d'armes, le meilleur et

le plus durable souvenir.

C'est ainsi que M. le commandant de Chambonas, qui connut M. Raymond

Poincaré au 1er bataillon territorial de chasseurs alpins, où, en 1897,

il faisait un stage comme lieutenant, s'empresse, avec une amabilité

dont nous lui sommes reconnaissants, de nous communiquer les

photographies qu'il conserve précieusement depuis cette époque.

Le «lieutenant Poincaré» y figure en tenue de campagne: on manoeuvrait

alors dans les montagnes des environs d'Annecy; on menait là, avec

entrain, une rude et saine vie. A une étape, un des camarades--le

lieutenant Daudens--prit ces clichés, que le nouveau chef de l'État ne

reverra sans doute pas sans émotion.

Dans la note qu'il nous donne pour accompagner et commenter ces

documents, un parent de M. le commandant de Chambonas, M. le vicomte du

Fresnel, nous rappelle qu'à cette époque M. Raymond Poincaré, qui avait

déjà été deux fois ministre, était vice-président de la Chambre des

députés (il le fut trois années de suite, de 1896 à 1898). A ce titre,

il avait sa place marquée dans toutes les cérémonies officielles.

Or, le hasard voulut qu'une grande réception eût lieu à l'Elysée, tandis

qu'il accomplissait sa période d'instruction. Le premier mouvement du

lieutenant Poincaré fut de sacrifier au devoir militaire le devoir de

représentation. Mais le président Félix Faure insista pour l'avoir près

de lui en ce soir de fête.

M. Raymond Poincaré, par déférence, abandonna donc quatre jours le béret

bleu pour venir à Paris. Seulement, sa période terminée, le bataillon

territorial libéré, il tint à honneur de remplacer ce «temps perdu», et,

pendant quatre jours supplémentaires, il demeura au 11e bataillon actif,

qui administrait le 1er bataillon territorial. Combien de réservistes y

mettent moins de zèle!

«Ceux qui ont eu alors l'honneur de le voir à l'oeuvre, écrit M. le

vicomte du Fresnel, ont pu apprécier sa haute intelligence, ses qualités

de travailleur infatigable, toujours hanté du souci d'apprendre

davantage de son métier, afin de pouvoir se rendre encore plus utile à

son pays.»

L'Illustration, No. 3651, 15 Février 1913 · 第 8 / 43 题