THRASYBULE À PÉRIANDRE.

« Je n'ai fait aucune réponse aux questions de votre

héraut ; mais, l'ayant mené dans un champ, j'abattis à

coups de bâton, pendant qu'il me suivait, ceux des épis qui

dépassaient les autres. Si vous l'interrogez, il vous dira ce

qu'il a vu et entendu. Imitez-moi donc, si vous voulez

conserver votre autorité ; faites périr les premiers de la

ville, qu'ils soient, ou non, vos ennemis. L'ami même d'un

tyran doit lui être suspect. »

[19] Zeugma. Ville de Syrie, fondée par Seleucus 1er,

ainsi appelée « joindre », parce que, bâtie sur l'Euphrate,

elle était le point de communication entre la Syrie et la

Babylonie.

[20] Hasdrubal s'aperçut en effet, mais trop tard, de la

réunion des consuls. On ne doit donc pas prendre à la

lettre cette dernière phrase de Frontin. Voyez le § 9 du

chapitre suivant, et surtout le beau récit de Tite-Live, liv.

XXVII, ch. 43-50.

« Quand on marche à la conquête d'un pays avec deux

ou trois armées qui ont chacune leur ligne d'opération

jusqu'à un point fixe où elles doivent se réunir, il est de

principe que la réunion de ces divers corps d'armée ne doit

jamais se faire près de l'ennemi, parce que non seulement

l'ennemi, en concentrant ses forces, peut empêcher leur

jonction, mais encore il peut les battre séparément. »

(Napoléon.)

[21] Il y a ici une grave erreur. Lors de ce voyage de

Thémistocle à Sparte, en 478 avant J.-C., les murailles

d'Athènes avaient été détruites par les Perses ; et c'est

soixante-quatorze ans plus tard, après la bataille d Ægos-

Potamos, que les Spartiates exigèrent la nouvelle

démolition de ces remparts. Cf. Cornélius Nepos, Vie de

Thémistocle, ch. VI ; et Vie de Conon, ch. IV.

[22] La plupart des historiens attribuent ce mot à

Metellus Macedonicus, qui vivait longtemps avant

Metellus Pius.

[23] Plutarque (Vie de Demetrius, ch. XXVIII)

rapporte un mot semblable d'Antigone. Son fils Demetrius

lui demandait quand on décamperait : « Crains-tu,

répondit-il avec l'accent de la colère, d'être le seul qui

n'entende pas la trompette ? »

[24] Le maréchal de Luxembourg avait un espion

auprès du roi Guillaume, et était instruit de tout ce qui se

passait dans l'armée ennemie. Le roi s'en aperçut, et

obligea l'espion à donner un faux avis, qui faillit perdre

l'armée française à Steinkerque ; mais le génie et le

courage de Luxembourg triomphèrent de celle difficulté.

[25] De constituendo statu belli. Les modernes disent

de même constituer la guerre, ce qui équivaut à se faire un

plan d'opérations.

Les principes résultant de l'expérience de tous les

temps se résument en ces mots : « Un plan de campagne

doit avoir prévu tout ce que l'ennemi peut faire, et contenir

en lui-même les moyens de le déjouer. Les plans de

campagne se modifient à l'infini, selon les circonstances, le

génie du chef, la nature des troupes, et la topographie du

théâtre de la guerre. » (Napoléon.)

[26] Il y a ici une erreur historique que l'on peut

rectifier, en transportant cet exemple après le § 9. Périclès

u'a jamais conseille aux Athéniens d'abandonner leur ville,

et d'envoyer ailleurs leurs femmes et leurs enfants. Mais,

ainsi qu'on le voit dans Thucydide (liv. II), Périclès, au

moment où les Spartiates ravageaient l'Attique,

s'embarqua avec des troupes athéniennes, alla dévaster le

territoire des Lacédémoniens, et les força ainsi à revenir

défendre leurs possessions.

[27] Nudaverat. Domitien fit probablement couper ou

incendier les forêts qui servaient de retraite aux

Germains : c'est, du moins, l'opinion des commentateurs.

[28] Il s'agit sans doute de Philippe, fils de Demetrius,

qui fit la guerre aux Étoliens. Voyez Tite-Live, liv. XXVIII,

ch. 7.

[29] Selon Quinte-Curce (liv. VIII, ch. 13) et Arrien

(liv. V, ch. 2), ce fait s'accomplit, ainsi que le précédent, sur

l'Hydaspe, et non sur l'Indus. Plutarque, dans la Vie

d'Alexandre, parle d'une lettre de ce roi, qui lui-même rend

compte du passage de l'Hydaspe, et ne fait nulle mention

de l'Indus. Au reste, ces erreurs ne sont pas rares dans

Frontin, surtout quand il sort de l'histoire romaine.

Des stratagèmes semblables ont été pratiqués par

Gustave-Adolphe pour passer le Lech, que gardaient les

Impériaux, et par Charles XII, qui franchit la Bérézina en

marchant contre les Moscovites.

[30] Les commentateurs pensent qu'il s'agit ici, non

du détroit de Cyanée, mais de celui d'Abydos. Selon Polyen

(liv. IV, ch. 2, § 8), Philippe aurait employé cette ruse lors

d'une expédition qu'il fit dans le pays d'Amphisse.

[31] Frontin fait encore ici erreur. Pendant le consulat

de Duilius, Syracuse avait pour roi Hiéron, allié et ami des

Romains. Il est plutôt question du port de Segeste, comme

le conjecturent la plupart des critiques. Cf. Polybe, liv. I.

En 1560, Montgomery, fuyant sur la Seine, après la

prise de Rouen, franchit de la même manière une estacade

que l'on avait établie sur le fleuve, pour empêcher

l'approche des bâtiments anglais.

[32] Cet acte de dévouement de Calpurnius Flaima est

rapporté par Florus, liv. II. 2. Tite-Live (liv. XXII, ch. 60),

faisant le rapprochement de cette noble conduite et de

celle de P. Decius, attribue à Flamma ces paroles ;

« Moriamur, milites, et morte nostra eripiamus ex

obsidione circumventas legiones. »

Kléber, avec quatre mille hommes, avait attaqué

vingt-cinq mille Vendéens. Se voyant débordé par l'ennemi,

il dit au colonel Shouadin : « Prends une compagnie de

grenadiers, arrête l'ennemi devant ce ravin : tu te feras

tuer, et tu sauveras l'armée. - Oui, général, » répond

l'officier ; et il périt avec tous ses hommes.

Ces faits rappellent celui de Léonidas et des trois

cents Spartiates.

[33] Selon le récit de Plutarque, Crassus enferma

Spartacus dans la presqu'île de Rhegium, en tirant à

l'isthme, d'une mer à l'autre, un fossé de trois cents stades

de longueur, sur une largeur et une profondeur de quinze

pieds, et Spartacus s'échappa en comblant une partie du

fossé avec de la terre, des branches d'arbres, etc. ; mais le

biographe ne fait aucune mention des prisonniers que ce

général, au dire de Frontin, aurait mis à mort pour faire

passer son armée sur leurs cadavres. (Vie de Crassus, ch.

XIII.)

[34] Darius, sur le conseil de Gobrias, un des grands

qui le suivaient, laissa non seulement les ânes dans son

camp, mais encore les malades et toute la partie de son

armée la moins capable de supporter les fatigues

(Hérodote, liv. IV, ch. 134 et 135). Cf. Polyen, Liv. VII,

ch. 11, § 4 ; et Justin, liv. II, ch. 5.

[35] Ce fait est raconté par Tite-Live (liv. XXII, ch. 16

et 17), par Polybe (liv. III, ch. 93), par Plutarque (Vie de

Fabius, ch. VI), par Cornélius Nepos (Vie d'Hannibal,

ch. V). Il a été de nos jours taxé d'invraisemblance, et

appelé le conte des boeufs ardents.

[36] Tite-Live (liv. XXIII, ch. 24) fait le récit de ce

stratagème. La forêt Litana était située aux confins de

l'Etrurie et de la Ligurie.

[37] Metellus avait pris ces éléphants aux Carthaginois

dans le combat livré sous les murs de Panorme.

[38] Il s'agit ici du passage du Rhône. Tite-Live, tout

en rapportant le fait (liv. XXI, ch. 28), semble peu y croire,

et pense que les éléphants passèrent plutôt sur des

radeaux.

[39] De distringendis hostibus. Il y a dans ce chapitre

des exemples qui ne répondent pas bien au titre, quelque

extension qu'on donne au mot distringendis.

[40] « Le plus sûr moyen de diviser les forces de

l'ennemi, dit Machiavel (Art de la guerre, liv. VI), est

d'attaquer son pays ; il sera forcé d'aller le défendre, et

d'abandonner ainsi le théâtre de la guerre. C'est le parti

que prit Fabius, qui avait à soutenir les forces réunies des

Gaulois, des Étrusques, des Ombriens et des Samnites. »

[41] Tite-Live rend compte de ce fait (liv. XXXV,

ch. 14), et rapporte un entretien qu'aurait eu Hannibal avec

son vainqueur, P. Scipion l'Africain, qui faisait partie de

l'ambassade. Cf. Cornélius Nepos, Vie d'Hannibal, ch. VII-

VIII.

[42] Machiavel fait allusion (Art de la guerre, liv. VI)

aux deux derniers exemples de ce chapitre, en les

généralisant comme des préceptes souvent applicables.

[43] Qui est coupé de monts, de hauteurs (Littré)

[44] Machiavel (Art de la guerre, liv. VI) s'est encore

emparé de ce récit pour en faire un précepte : « Un point

bien important pour un général, dit-il, c'est de savoir

habilement étouffer un tumulte ou une sédition qui se

serait élevée parmi ses troupes. Il faut, pour cet effet,

châtier les chefs des coupables, mais avec une telle

promptitude, que le châtiment soit tombé sur leur tête

avant qu'ils aient eu le temps de s'en douter. S'ils sont

éloignés de vous, vous manderez en votre présence non

seulement les coupables, mais le corps entier, afin que,

n'ayant pas lieu de croire que ce soit dans l'intention de les

châtier, ils ne cherchent pas à s'échapper, et viennent, au

contraire, d'eux-mêmes se présenter à la peine. »

[45] Ce n'est pas Fabius qui envoya l'ambassade, mais

il en fit partie, et montra au milieu des sénateurs

carthaginois toute l'énergie d'un Romain. Voyez Tite-Live,

liv. XXI, Ch. l8 ; Polybe, liv. III, Ch. 2.

[46] Quelques éditions portent Xerxem. J'ai suivi la

leçon d'Oudendorp et de Schwebel, qui ont reculé devant

l'accord des manuscrits, en imputant à Frontin l'erreur

historique qui frappe ici dans le texte. Leutychidas était sur

mer, et ce fut lui qui remporta, à Mycale, la victoire

attribuée par Frontin aux alliés. De leur côte, ceux-ci, sous

le commandement de Pausanias, gagnèrent la bataille de

Platée. Voyez Hérodote, liv. IX, ch. 58 et suiv. ; Justin, liv.

II, ch. i4 ; Cornelius Nepos, Vie de Pausanias, ch. I, et Vie

d'Aristide, ch. II.

[47] Il s'agit du combat que se livrèrent Postumius et

Mallius, ou Mamilius, près du lac Régille. Tite Live, qui

donne le récit du combat (liv. II, ch. 19 et 20), ne parle

point de cette apparition merveilleuse.

[48] On trouve dans Plutarque (Vie de Marius, ch.

XVII) des détails sur cette prophétesse, nommée Martha,

et plusieurs faits qui donnent à conclure qu'il y avait chez

Marius moins de crédulité que d'adresse à profiter des

idées superstitieuses de ses troupes.

[49] « Teneo te, terra mater. » Suétone raconte ainsi le

fait (Vie de J. César, ch. LIX) : « Prolapsus etiam in egressu

navis, verso in melius omine, Teneo te, inquit,

Africa. » Des commentateurs ont pensé que Frontin avait

confondu ces paroles de César avec celles qu'il attribue à

Scipion dans le paragraphe précédent. Il est certain, dans

tous les cas, que les mots teneo te ne sont pas dans un

rapport bien direct avec l'intention attribuée ici par Frontin

à César, de revenir dans le pays d'où il partait. J'ai dû,

quant à moi, traduire conformément au texte.

[50] Il y a ici une erreur de nom : ce n'est pas T.

Sempronius Gracchus, mais P. Sempronius Sophus, qui

battit les Picentins, après avoir rassuré ses troupes sur un

tremblement de terre. Voyez FLORUS, liv. I, ch. 19.

[51] D'après Tite-Live (liv. XLIV, ch. 37), Sulpicius

annonça cette éclipse pendant le jour, pour la nuit

suivante, en précisant l'heure à laquelle devait commencer

le phénomène, et l'instant où il finirait. L'événement ayant

été conforme à cette prédiction, les soldats regardèrent la

science de Sulpicius comme une inspiration divine.

Ce fait s'accomplissait l'an 68 avant notre ère, et,

selon Pline (Hist. Nat, liv. 11, ch. 9), Sulpicius Gallus fut le

premier Romain qui expliqua la raison des éclipses de

soleil et de lune. À une époque beaucoup plus reculée (583

ans avant J.-C.), Thalès de Milet avait prédit l'éclipse de

soleil qui eut lieu sous le règne d'Alyatte.

[52] Selon Justin (liv. XXII, ch. 6), ce fut une éclipse

de soleil ; et Diodore de Sicile, qui affirme la même chose

(liv. XX, ch. 5), ajoute que l'obscurité fut assez complète

pour que l'on pût, au milieu de la journée, apercevoir les

étoiles.

[53] Erreur historique. Timothée fut envoyé par les

Athéniens, non contre les Corcyréens, mais bien à leur

secours, contre les Lacédémoniens, comme le rapporte

Diodore de Sicile, liv. XV, ch. 47. Cf. Polyen, liv. VI, ch. 10,

§ 2.

« Les anciens généraux, dit Machiavel (Art de la

guerre, liv. VI) avaient à vaincre une difficulté qui n'existe

pas pour les généraux modernes, c'était d'interpréter à leur

avantage des présages sinistres. »

[54] Il y a dans ce récit une inexactitude. Scipion avait

fait sortir des troupes dès la pointe du jour ; mais ce ne fut

que vers la septième heure qu'il engagea l'action sur toute

sa ligne de bataille. Voyez Tite-Live, liv. XXVIII, ch. 14 et

15.

Tous les livres de tactique ancienne recommandent de

faire prendre le repas aux soldats avant la bataille

[55] Les Gaulois étaient venus au secours des

Samnites. Ce fut dans cette affaire, racontée par Tite-Live

(liv. X, ch. 28 et 29), que Decius, collègue de Fabius, se

dévoua d'une manière héroïque.

[56] « La bataille contre Arioviste a été donnée dans le

mois de septembre, et du côté de Belfort. » (Napoléon.)

[57] Il semble que cet artifice doive être plutôt attribué

à Titus, qui prit Jérusalem. On peut consulter, pour la

pratique du sabbat, Dion Cassius, ch. LXVI ; Tacite. Hist.,

liv. V, ch. 4 ; Justin, liv. XXXVI, ch. 2.

Si l'on en croit Josèphe, les Juifs avaient depuis

longtemps obtenu de leurs chefs la permission de

combattre le jour du sabbat, parce que leurs ennemis

pouvaient profiter de leur observance scrupuleuse pour les

attaquer.

[58] Polybe (liv. XVIII, ch. 11) indique l'usage que

Pyrrhus faisait de cette phalange, dont on trouve déjà une

image du temps d'Homère :

« Les plus braves (des Grecs), rangés en bataille,

s'apprêtent à recevoir les Troyens et le divin Hector ; ils se

serrent lance contre lance, pavois contre pavois ; le

bouclier est uni au bouclier, le casque au casque, le

guerrier au guerrier. »

[59] Vultarnum. Au lieu de ce mot, il faudrait

Aufidum, d'après Tite-Live (liv. XXII, ch. 43-46).

Les inconvénients du soleil, du vent, de la pluie, etc.,

qui sont l'objet d'une recommandation absolue de la part

de Végèce (liv. III, ch. 13), ont paru trop peu importants à

plusieurs écrivains modernes. Il y a cependant un grand

nombre de faits accomplis dans nos dernières guerre, qui

viennent à l'appui de l'ancien précepte : nous n'en citerons

qu'un. Pendant la campagne de France, le 27 mars 1814, à

Connantray, la cavalerie de la garde russe, profitant d'une

giboulée qui fouettait violemment le front de l'armée du

duc de Raguse et du duc de Trévise, fit une charge

générale, et mit les Français en déroute, en leur prenant

vingt-quatre pièces de canon.

[60] Les tacticiens ont de tout temps recommandé les

stratagèmes de ce genre : Miltiade en donna un exemple à

Marathon. Voyez Cornelius Nepos, Vie de Miltiade, ch. V.

[61] Ces Ibères étaient sans doute des Espagnols

mercenaires au service de Carthage.

[62] Cette manière d'attaquer de biais l'ennemi n'est

autre chose que ce qu'on nomme aujourd'hui l'ordre

oblique. Il consiste à réunir des forces considérables contre

un point quelconque de la ligne ennemie, de manière à

l'anéantir sur ce point, ou à la couper pour la prendre

ensuite en flanc et à revers, s'il est possible. Épaminondas

passe pour le premier général qui ait adopté ce système

d'attaque, auquel il fut redevable des victoires de Leuctres

et de Mantinée. On l'appelle oblique, par opposition à

l'ordre parallèle, habituellement suivi dans l'antiquité,

mais abandonné aujourd'hui. Il y a plusieurs manières

d'employer l'ordre oblique : on peut donner sur un point

du front de bataille de l'armée ennemie, ou sur deux points

à la fois, comme fit Napoléon à Austerlitz, : ou bien on

tentera d'enfoncer le centre et de tourner une aile. C'était

la manoeuvre de prédilection de l'empereur, à qui elle

réussit pleinement à Wagram. Quelquefois, enfin, on

attaque simultanément les deux ailes, en les débordant et

en les tournant. C'est ce que firent les armées alliées à

Leipzig, dans la désastreuse journée du 18 octobre, contre

les Français, dont le nombre, il est vrai, égalait à peine le

tiers de celui des ennemis.

Plusieurs écrivains ont attribué à Frédéric l'honneur

d'avoir, le premier parmi les modernes, remis en vigueur

l'ordre oblique ; mais il est prouvé que plusieurs généraux

de Louis XIV, entre autres Turenne et Luxembourg, en

avaient déjà fait usage.

[63] Il est utile de voir à côté de cette description, celle

de Tite-Live, qui est plus complète, liv. XXX, ch. 33.

On sait que telle était l'ordonnance habituelle des

légions romaines. « Rien n'est plus ingénieux que cette

disposition, dit M. Rocquancourt (Cours complet d'art

militaire, t. I, p. 98) ; tout y est calculé, tout y est prévu.

D'abord les vélites préludent à l'action, en se portant en

avant pour retarder la marche de l'adversaire, découvrir ses

intentions, épier ses mouvements, masquer ceux de

l'armée, et lui donner le temps de prendre ses mesures. Les

soldats de nouvelle levée, les hastaires, combattent en

première ligue, sous les yeux de toute l'armée, prête à les

applaudir ou à les blâmer. Là il faut faire son devoir ou

périr : la fuite est impossible à ceux qui seraient

accessibles à la peur. Viennent ensuite les principes, plus

avancés en âge et plus aguerris que les précédents : dans

un clin d'oeil ils ont pu remplacer ceux-ci ou combattre

avec eux, en les recevant dans les intervalles de leurs

rangs, ou plutôt en se portant à leur hauteur. Enfin paraît

un troisième et dernier moyen pour enchaîner la victoire,

ce sont les triaires, vieux guerriers que d'honorables

cicatrices font distinguer des deux premières classes.

Combien ne doit-on pas admirer la répartition et

l'arrangement de ces différents combattants ! »

[64] Voici le précepte d'Homère :

« Nestor dispose au premier rang les cavaliers et les

chars, et derrière, de nombreux et vaillants fantassins,

rempart de l'armée ; entre ces deux lignes il place les plus

faibles, afin que, même malgré eux, la nécessité les oblige à

combattre. »

[65] On trouve le récit bien circonstancié de cette

grande bataille dans César, Guerre d'Alexandrie, liv. III, ch.

88 et suiv.

« À Pharsale, César ne perd que deux cents hommes,

et Pompée quinze mille. Les mêmes résultats, nous les

voyons dans toutes les batailles des anciens, ce qui est sans

exemple dans les armées modernes, où la perte en tués et

blessés est sans doute plus ou moins forte, mais dans une

proportion d'un à trois ; la grande différence entre les

pertes du vainqueur et celles du vaincu n'existe surtout

que par les prisonniers. Ceci est encore le résultat de la

nature des armes. Les armes de jet des anciens faisaient,

en général, peu de mal ; les armées s'abordaient tout

d'abord à l'arme blanche ; il était donc naturel que le

vaincu perdît beaucoup de monde, et le vainqueur très peu.

Les armées modernes, quand elles s'abordent, ne le font

qu'à la fin de l'action, et lorsque déjà il y a bien du sang de

répandu. Il n'y a point de battant ni de battu pendant les

trois quarts de la journée ; la perte occasionnée par les

armes à feu est à peu près égale des deux côtés. La

cavalerie, dans ses charges, offre quelque chose d'analogue

à ce qui arrivait aux armées anciennes. Le vaincu perd dans

une bien plus grande proportion que le vainqueur, parce

que l'escadron qui lâche pied est poursuivi et sabré, et

éprouve alors beaucoup de mal sans en faire.

Les armées anciennes, se battant à l'arme blanche,

avaient besoin d'être composées d'hommes plus exercés :

c'étaient autant de combats singuliers. Une armée

composée d'hommes d'une meilleure espèce et de plus

anciens soldats, avait nécessairement tout l'avantage ; c'est

ainsi qu'un centurion de la dixième légion disait à Scipion,

en Afrique : « Donne-moi dix de mes camarades qui sont

prisonniers comme moi, fais-nous battre contre une de tes

cohortes, et tu verras qui nous sommes. » Ce que ce

centurion avançait était vrai. Un soldat moderne qui

tiendrait le même langage ne serait qu'un fanfaron. Les

armées anciennes approchaient de la chevalerie. Un

chevalier armé de pied en cap affrontait un bataillon.

« Les deux armées, à Pharsale, étaient composées de

Romains et d'auxiliaires, mais avec cette différence que les

Romains de César étaient accoutumés aux guerres du

Nord, et ceux de Pompée aux guerres de l'Asie. »

(Napoléon.)

[66] Pour que le détachement envoyé ainsi à l'avance

ne fût pas compromis, il fallait que Marius eût la certitude

que les Teutons accepteraient la bataille le lendemain, et

qu'ils ne feraient aucun changement à leurs dispositions.

« Il ne faut faire aucun détachement la veille du jour

d'une bataille, parce que, dans la nuit, l'état des choses

peut changer, soit par des mouvements de retraite de

l'ennemi, soit par l'arrivée de grands renforts qui le

mettent à même de prendre l'offensive et de rendre

funestes les dispositions prématurées que vous avez

faites. » (Napoléon.)

[67] Cela n'est pas exact. La victoire, qui penchait

d'abord du côté des Romains, se déclara enfin pour

Pyrrhus. Voyez Plutarque, Vie de Pyrrhus, ch. XIV et suiv. ;

Florus, liv. I, ch. 18.

[68] Polybe, qui raconte ce fait (liv. I, ch. 39 et 40), dit

seulement que les éléphants s'avancèrent sur le bord du

fossé. Il est difficile de croire qu'il n'y ait pas erreur de la

part de Frontin, à moins que ce fossé n'ait été creusé de

manière à donner accès aux éléphants, ce qui est peu

probable. Voyez Tite-Live, Suppléments de Freinshemius,

liv. XVIII, ch. 52 et suiv.

[69] Selon Tite-Live (liv. XL, ch. 31), Fulvius resta dans

son camp pour le défendre, et chargea Acilius, un de ses

officiers, de surprendre celui des Celtibériens.

[70] C'était sur le bord de la Seine. Voyez César,

Guerre des Gaules, liv. VII, ch. 58 et suiv.

[71] Tite-Live (liv. XXII, ch. 27 et suiv.) donne plus de

détails sur ce stratagème, et fait apprécier le beau caractère

du dictateur Fabius, ainsi que l'inexpérience

présomptueuse de Minutius, et son noble repentir.

[72] La ruse la plus familière à Hannibal consistait à

cacher des troupes qui devaient tomber sur les derrières de

l'ennemi quand l'action serait engagée. À. la bataille de

Hohenlinden, le 3 décembre 1800, le général Richepanse

recourut à un stratagème semblable, en allant s'embusquer

avec une division, et contribua ainsi puissamment à la

victoire. Cependant il ne faut pas se dissimuler que cet

expédient, en général, présente les plus grands dangers au

corps détaché, qui, s'il était aperçu, pourrait être écrasé

sans aucun moyen de fuir, attendu qu'il se trouve coupé

par sa propre manoeuvre.

[73] Il faudrait peut-être lire Pharnapatis, comme on

le voit dans Plutarque (Vie d'Antoine, ch. XXXIII). Ce

général eut dans ce combat le même sort que Labienus,

jeune Romain qui avait pris du service chez les Parthes.

Celui-ci était neveu du tribun Labienus, qui abandonna le

parti de César pour embrasser celui de Pompée.

[74] Aujourd'hui Castel Franco, près de Modène.

[75] Ces fuites simulées ont souvent réussi dans

l'antiquité, parce qu'alors on ne prenait presque jamais la

peine de s'éclairer. Il y en a encore quelques exemples

notables dans les temps modernes : ainsi, à la bataille de

Lens, le grand Condé sut faire quitter à l'archiduc une

position excellente, en l'attirant, par une retraite simulée,

dans une plaine où la cavalerie eut bon marché de

l'infanterie des Impériaux.

[76] Cette odieuse trahison est rapportée, avec

quelques détails de plus, par Polyen, liv. I, ch. 19.

[77] Il s'agit ici du combat de Leucade.

[78] Il s'agit ici de la bataille de Coronée.

[79] Ce pont avait été construit, par ordre de Xerxès,

sur l'Hellespont, près d'Abydos. Voyez Hérodote, liv. VII,

ch. 33-36, et surtout liv. VIII, ch. 109 et 110.

L'historien grec pense que Thémistocle ne laissa la

retraite libre aux Perses que pour se ménager l'amitié de

Xerxès, et s'assurer un asile chez ce roi, en cas qu'il

éprouvât dans la suite quelque disgrâce de la part de ses

concitoyens, ce qui arriva en effet.

[80] Non usque adperniciem fugientibus instaturns

victores. À ce précepte de Pyrrhus on peut ajouter celui-ci :

« Clausis ex desperatione crescit audacia : et quum spei

nihil est, sumit arma formido. Ideoque Scipionis laudata

sententia est, viam hostibus qua fugiant, muniendam. »

(Vegetius liv. III ch. 21.)

De là vient sans doute la maxime : « Qu'il faut faire

un pont d'or à l'ennemi qui fuit. »

Mais c'est une opinion qui a rencontré depuis

longtemps des contradicteurs parmi les plus célèbres

tacticiens : « Si Dieu vous donnait la victoire, dit

l'empereur Léon (Instit. 14), ne vous arrêtez point à cette

mauvaise maxime : Vince, sed ne nimis vincas ; ce serait

vous préparer de nouvelles affaires, peut-être des retours

fâcheux. Profitez de votre avantage, et poussez l'ennemi

jusqu'à sa ruine totale. À la guerre, comme à la chasse,

c'est n'avoir rien fait que de ne pas achever ce qui était

commencé. »

Montecuculli et le maréchal de Saxe pensaient de

même. Ce dernier, blâmant le proverbe du pont d'or, qu'il

appelle une grave erreur, dit, par une sorte de corollaire,

qu'il n'y a de belles retraites que celles qui se font devant

un ennemi qui poursuit mollement.

« La force d'une armée consistant dans son

organisation, dit M. Rocquancourt (Cours complet d'art

militaire, t. IV, p. 352), et celle-ci résultant de l'harmonie et

de l'union de tous les éléments entre eux et avec la volonté

unique qui les fait mouvoir, on ne saurait pousser trop

vivement une armée battue, puisque, après une défaite,

cette harmonie entre la tête qui combine, et les corps qui

doivent exécuter, est détruite ; leurs rapports, s'ils ne sont

entièrement brisés, se trouvent au moins suspendus.

L'armée entière n'est plus qu'une partie faible ; l'attaquer,

c'est marcher à un triomphe certain. »

[81] Il y a ici une double erreur historique. Ce n'est pas

le consul M. Fabius qui fut blessé, mais son frère Q.

Fabius, qui servait sous ses ordres ; et le combat ne fut pas

rétabli par Manlius, mais bien par M. Fabius, le consul.

Voyez Tite-Live, liv. II, ch. 46 et suiv.

[82] Pour exciter le courage des soldats, les anciens

lançaient au milieu des ennemis non-seulement des

enseignes ou des étendards, mais encore des armes.

[83] Suivant Tite-Live (liv. III, ch. 70), c'étaient les

Volsques, et non les Herniques, qui combattaient avec les

Èques contre les Romains.

[84] Il s'agit plutôt ici de T. Q. Cincinnatus. Voyez Tite-

Live, liv. IV, ch. 26-29.

[85] Le même fait est rapporté par Tite-Live, liv. VI, ch.

8.

Des moyens de ce genre ont été souvent mis en usage

pour relever le moral du soldat. Ainsi, à la bataille

d'Austerlitz, le 15e régiment léger, qui venait de se battre

avec courage, se voyant forcé d'opérer un mouvement

rétrograde, le faisait avec trop de précipitation pour

pouvoir se reformer, et arrêter la marche de l'infanterie

russe, qu'il avait en tête. Le colonel Dulong saisit l'aigle du

2e bataillon, et s'écria : « Soldats ! je m'arrête ici ;

abandonnerez-vous votre étendard et votre colonel ? » Le

2e bataillon se reforme, et reprend l'offensive ; le 1er

bataillon en fait autant, et bientôt les Russes sont

repoussés.

Le général Souvaroff, voyant ses troupes en déroute,

courut à la tête des fuyards, se coucha par terre, et s'écria :

« Qui osera passer sur le corps de son général ? » On

assure qu'il réussit plusieurs fois, par cet expédient, à

rétablir le combat.

[86] Voyez le récit de la bataille de Munda, dans César

(Guerre d'Espagne, ch. XXVIII - XXXI), qui ne dit pas

avoir quitté son cheval pour combattre à pied.

« On dit que César fut sur le point de se donner la

mort pendant la bataille de Munda. Ce projet eût été bien

funeste à son parti : il eût été battu comme Brutus et

Cassius !... Un magistrat, un chef de parti peut-il

abandonner les siens volontairement ? » (Napoléon.)

[87] « Au commencement d'une campagne, il faut bien

méditer si l'on doit, ou non, s'avancer ; mais, quand on a

effectué l'offensive, il faut la soutenir jusqu'à la dernière

extrémité. Quelle que soit l'habileté des manoeuvres dans

une retraite, elle affaiblira toujours le moral de l'armée,

puisque, en perdant les chances de succès, on les remet

entre les mains de l'ennemi. Les retraites, d'ailleurs,

coûtent beaucoup plus d'hommes et de matériel que les

affaires les plus sanglantes ; avec cette différence que, dans

une bataille, l'ennemi perd à peu près autant que vous,

tandis que, dans une retraite, vous perdez sans qu'il perde.

» (Napoléon.)

[88] Ce système de retraite, par dispersion suivie du

ralliement, est à peu près celui que pratiquent encore

aujourd'hui les Arabes en Afrique, devant les troupes

françaises.

[89] Florus (liv. II, ch. 2) dit un mot de cette défaite,

qu'il attribue à un acte irréligieux de Claudius. Au moment

où il se préparait à livrer bataille, on vint le prévenir que

les poulets sacrés refusaient de sortir de leur cage, et ne

voulaient pas manger, ce qui était un fort mauvais

présage : « Eh bien, dit-il, s'ils ne veulent pas manger,

qu'ils boivent. » Il les fît jeter à la mer, et donna le signal

de l'attaque : Inde mali labes.

[90] On ne saurait croire à quelle antiquité remontent

l'invention et l'usage presque général des machines et des

ouvrages de siège, et pendant combien de siècles les

moyens d'attaque et de défense des villes et des camps

retranchés sont restés les mêmes, avant la découverte de la

poudre. M. Dureau de La Malle a établi, dans son ouvrage

sur la poliorcétique des anciens, que, plus de vingt siècles

avant l'ère chrétienne, les Égyptiens avaient porté à un

point très-élevé l'art de fortifier les villes, et que leurs

temples étaient de véritables citadelles ; que les

monuments de Karnak, de Louqsor, etc., offrent des

gabions, des machines pour l'escalade, et les tortues ; que

chez les Hébreux, la mine ou la sape étaient employées du

temps de Jacob ; que sous Ozias (870 av. J.-C.) on faisait

usage de balistes et de catapultes ; enfin, que deux cents

ans après, les villes étaient attaquées au moyen des tours

mobiles, des terrasses, du bélier, etc., toutes choses que les

peuples de l'Orient ont connues avant les Grecs.

[91] Ceci rappelle le mot du maréchal de Saxe : « Tout

le secret de la guerre est dans les jambes. » Mais peut-être

le maréchal avait-il en vue, à côté des avantages de la

vitesse, ceux du pas emboîté, dont il est l'inventeur.

[92] Ce stratagème rappelle l'artifice à l'aide duquel les

Espagnols s'emparèrent d'Amiens en 1597. Des soldats,

déguisés en paysans, entrèrent dans la ville en conduisant

une voiture chargée de noix, dont ils laissèrent tomber une

certaine quantité. Pendant que les gardiens des portes en

ramassaient, les soldats déguisés les sabrèrent, et

ouvrirent la ville à l'armée qui les suivait.

[93] Les déguisements ont été de tout temps en usage

pour surprendre ou pour reconnaître les places. Ainsi

Catinat prit les habits d'un charbonnier pour entrer dans

Luxembourg, et constater l'état des fortifications de cette

ville.

Après la paix de Tilsitt, la ville de Pilau, port de mer

sur la Baltique, ayant refusé d'ouvrir ses portes aux

Français, le général Saint-Hilaire en fit le siège. Dans le

cours des hostilités, ce général convint d'une entrevue avec

le gouverneur, et se fit accompagner dans l'intérieur de la

ville par le colonel du génie Séruzier, qui se déguisa en

hussard, pour n'inspirer aucune défiance, et reconnut les

points attaquables des fortifications.

Cette ruse contribua à mettre les Français en

possession de la place.

[94] Il y a ici erreur de l'auteur ou des copistes : il faut

lire Darius et non Cyrus. - Voyez Hérodote, liv. III, ch.

153 ; et Justin, liv. I, ch. 10.

[95] Suivant Tite-Live, qui rapporte ce fait (liv. XXIII,

ch. 18), Fabius n'aurait pu réduire Capoue par famine,

puisque cette ville ne fut prise que deux ans après, ainsi

que nous l'apprend le même historien, liv. XXVI, ch. 8 - 14.

[96] Les sept exemples contenus dans ce chapitre ne

parlent pas des lignes de circonvallation et de

contrevallation que les assiégeants établissent pour couvrir

les travaux de siège, et pour tenir en échec les troupes qui

peuvent venir au secours de la place. Il est cependant

prouvé que César et d'autres capitaines de l'antiquité en

ont fait usage.

« Il n'y a que deux moyens d'assurer le siège d'une

place : l'un, de commencer par battre l'armée ennemie

chargée de couvrir cette place, l'éloigner du champ

d'opérations, et en jeter les débris au delà de quelque

obstacle naturel, tel que des montagnes ou une grande

rivière ; ce premier obstacle vaincu, il faut placer une

armée d'observation derrière cet obstacle naturel, jusqu'à

ce que les travaux du siège soient achevés, et la place prise.

Mais, si l'on veut prendre la place devant une armée de

secours, sans risquer une bataille, il faut être pourvu d'un

équipage de siège, avoir ses munitions et ses vivres pour le

temps présumé de la durée du siège, et former ses lignes

de contrevallation et de circonvallation en s'aidant des

localités, telles que hauteurs, bois, marais, inondations.

N'ayant plus alors besoin d'entretenir aucunes

communications avec les places de dépôt, il n'est plus

besoin que de contenir l'armée de secours ; dans ce cas, on

forme une armée d'observation qui ne la perd pas de vue,

et qui, lui barrant le chemin de la place, a toujours le temps

d'arriver sur ses flancs ou sur ses derrières, si elle lui

dérobait une marche. En profitant des lignes de

contrevallation, on peut employer une partie du corps

assiégeant pour livrer bataille à l'armée de secours. Ainsi,

pour assiéger une place devant une armée ennemie, il faut

en couvrir le siège par des lignes de circonvallation. Si

l'armée est assez forte pour qu'après avoir laissé devant la

place un corps quadruple de la garnison, elle soit encore

aussi nombreuse que l'armée de secours, elle peut

s'éloigner de plus d'une marche ; si elle reste inférieure

après ce détachement, elle doit se placer à une petite

journée de marche du siège, afin de pouvoir se replier sur

les lignes, ou bien recevoir du secours en cas d'attaque. Si

les deux armées de siège et d'observation ensemble ne sont

qu'égales à l'armée de secours, l'armée assiégeante doit

tout entière rester dans les lignes ou près des lignes, et

s'occuper des travaux de siège, pour le pousser avec toute

l'activité possible.

« Feuquières a dit qu'on ne doit jamais attendre son

ennemi dans les lignes de circonvallation, et qu'on doit en

sortir pour l'attaque. Il est dans l'erreur ; rien ne peut être

absolu à la guerre, et on ne doit pas proscrire le parti

d'attendre son ennemi dans les lignes de circonvallation.

« Ceux qui proscrivent les lignes de circonvallation et

tous les secours que l'art de l'ingénieur peut donner, se

privent gratuitement d'une force et d'un moyen auxiliaire

qui ne sont jamais nuisibles, presque toujours utiles, et

souvent indispensables. Cependant les principes de la

fortification de campagne ont besoin d'être améliorés ;

cette partie importante de l'art de la guerre n'a fait aucuns

progrès depuis les anciens : elle est même aujourd'hui au-

dessous de ce qu'elle était il y a deux mille ans. Il faut donc

encourager les officiers du génie à perfectionner cette

partie de leur art, et à la porter au niveau des autres. »

(Napoléon.)

[97] Les Crotoniates, qui sans doute avaient une

citadelle, ainsi que les Épirotes et les habitants de

Delminium, dont il est question dans les deux exemples

précédents, ont péché contre la maxime suivante :

« Les circonstances ne permettant pas de laisser une

garnison suffisante pour défendre une ville de guerre où

l'on aurait un hôpital et des magasins, on doit au moins

employer tous les moyens possibles pour mettre la

citadelle à l'abri d'un coup de main. » (Napoléon.)

[98] Polyen (liv. I, ch. 40. § 5) attribue, comme

Frontin, cette ruse à Alcibiade ; mais Thucydide, qui entre

dans les plus grands détails sur cette expédition en Sicile,

dit positivement (liv. VI, ch. 64) qu'elle fut imaginée par

Nicias et Lamachus. Alcibiade avait déjà été rappelé à

Athènes pour y être jugé (Ibid., ch. 61).

[99] Voyez la description de ce siège dans César,

Guerre des Gaules, liv. VIII, ch. 40-43 - La ville de

Cadurcum, aujourd'hui Cahors, était aussi appelée

Uxellodunum.

[100] Il y a ici une grave erreur de Frontin ou des

copistes ; car tout le monde sait que ce fait n'appartient

qu'à Cyrus. Voyez Xénophon, Cyropédie, liv. VII, ch. 5 ;

Hérodote, liv. I, ch. 191 ; Polyen, liv. VII, ch. 6, §5.

[101] Il s'agit ici de Philippe, fils de Demetrius. Cf.

Polyen, liv. IV, ch. 18, § 1 ; et Polybe, liv. XVI, ch. 10.

Le duc d'Anjou recourut à un moyen semblable pour

s'emparer du château de Motrou. Après avoir fait

amonceler de la terre au pied des murailles, et ouvrir une

galerie de mine, de laquelle trois ouvriers jetaient non

seulement de la terre, mais encore quelques débris de

pierres, pour faire croire que les murs étaient déjà

entamés, il envoya dire aux assiégés que les fortifications

étaient minées, qu'on allait les faire sauter s'ils ne se

rendaient pas sur-le-champ, et que, une fois l'assaut

donné, les soldats ne feraient de quartier à personne.

Le général Légal usa aussi du même artifice devant la

ville de Mouzon, en Lorraine.

[102] La garnison numide s'était postée en avant des

remparts, et avait eu déjà plusieurs engagements avec

Marius, à qui elle prodiguait l'insulte. Voyez Salluste,

Jugurtha, ch. XCIII et XCIV.

[103] Au lieu de ce mot, il faudrait peut-être lire

Segestanos ; car Tite-Live, qui fait (liv. XXI, ch. 7 et suiv.)

une relation détaillée du siège de Sagonte, ne parle pas de

ce stratagème.

[104] Cornélius Nepos (Vie d'Iphicrate) rend compte

des améliorations qui furent introduites par ce général

dans l'art militaire et dans la discipline. Cependant il faut

une absolue nécessité d'exemple pour punir avec autant de

sévérité les infractions de ce genre. Iphicrate et

Épaminondas tuent des sentinelles endormies ; le grand

Frédéric fait mourir sur un échafaud le capitaine Zitern,

qui, pour écrire à sa mère, a enfreint l'ordre donné

d'éteindre dans le camp toutes les lumières passé une

certaine heure ; Bonaparte trouve aussi un factionnaire

endormi après les trois journées d'Arcole ; mais il lui

enlève avec précaution son fusil, et se met en faction à sa

place. Le soldat, se réveillant un instant après, et voyant

son général près de lui, s'écrie : « Je suis perdu ! - Non,

reprend celui-ci : après tant de fatigues il est permis à un

brave comme toi de s'endormir ; mais, une autre fois,

choisis mieux ton temps. »

[105] On croirait, d'après le récit de Frontin, que

Camille était à Véies ; mais Tite-Live et Plutarque

s'accordent à dire qu'il était en exil à Ardée. Notre auteur

se méprend aussi sur deux faits qui se sont accomplis

presque en même temps. Fab. Doson descendit du Capitole

pour aller sur le mont Quirinal s'acquitter d'un sacrifice, et

revint après avoir traversé deux fois les postes ennemis.

D'un autre côté, Pontius Cominius, jeune soldat de l'armée

romaine réfugiée à Véies, s'offrit d'aller au Capitole pour

obtenir du sénat que Camille fût rappelé, et nommé

dictateur. Il s'acquitta de sa périlleuse mission. Voyez Tite-

Live, liv. V, ch. 46.

[106] Il n'est pas sans intérêt de rapprocher de cette

histoire les deux faits suivants :

En 1626, l'île de Ré était assiégée par les Anglais,

pendant que l'armée de Louis XIII accourait pour la

délivrer ; et la garnison des forts, dénuée de vivres, était

aux abois. C'est alors que trois soldats du régiment de

Champagne offrent de passer à la nage le trajet de mer, qui

est de deux lieues, et d'aller demander du secours dans le

continent. Il fallait une force plus qu'ordinaire pour nager

pendant un si long espace, et un courage héroïque pour

oser, dans cet état, traverser la flotte anglaise ; mais rien

n'étonnait de la part des soldats de Champagne. Nos trois

guerriers, chargés de leurs dépêches renfermées dans des

boîtes de fer-blanc, se jettent ensemble dans les flots. Le

premier se noie ; mais il fut assez heureux pour servir

l'État, même après sa mort : la mer, en effet, jeta son corps

sur le rivage ; et des habitants de la côte l'ayant trouvé,

prirent la lettre attachée à son cou et la remirent au

cardinal de Richelieu. Le second fut pris par les Anglais. Le

troisième, nommé Pierre Lanier, longtemps poursuivi par

une barque ennemie, nageant presque toujours entre deux

eaux, n'élevant la tête de temps en temps que pour

respirer, souvent obligé de se défendre contre des poissons

voraces, arrive enfin au rivage, couvert de sang, dans un

état affreux. Il se traîna quelque temps, le long de la côte,

sur ses pieds et sur ses mains, faible, abattu et presque

mourant. Un paysan l'ayant enfin aperçu, lui donna le bras,

le conduisit au fort Louis, et de là au camp du roi, qui lui fit

l'accueil le plus flatteur, et lui assura une pension

considérable sur la gabelle.

Pendant le blocus de Gènes, en 1800, le chef

d'escadron Franceschi se chargea de porter des dépêches

du premier consul à Massena, enferme dans cette ville.

« Monté sur une embarcation que conduisaient trois

rameurs seulement, il avait traversé, à la faveur de la nuit,

la croisière anglaise, et était arrivé jusqu'à la chaîne des

chaloupes les plus rapprochées de la place, lorsque le jour

le surprit. Il se trouvait au milieu de la rade, à plus d'une

lieue du rivage, et exposé au feu croisé des bâtiments. L'un

des rameurs est tué, un autre est blessé : Franceschi ne

peut plus éviter d'être pris sur son frêle esquif. Dans cette

extrémité, il attache ses dépêches autour de son cou, au

moyen d'un mouchoir, se dépouille de ses vêtements, et se

jette à la mer pour gagner le rivage en nageant ; mais il

pense bientôt qu'il a laissé ses armes, qui vont devenir un

trophée pour l'ennemi : il retourne à l'embarcation, prend

son sabre, qu'il serre entre ses dents, nage longtemps

encore, lutte opiniâtrement contre les vagues, et aborde

enfin, presque épuisé par la fatigue du trajet qu'il vient de

faire. »

[107] Les Romains ont rarement infligé ce traitement

barbare à leurs prisonniers. Cependant il faut avouer que,

s'ils n'ont jamais pratiqué l'immolation solennelle, comme

les Égyptiens et les Gaulois ; s'il y a même dans leur

histoire peu d'exemples de cette amputation des mains,

leur coutume de vendre les captifs comme esclaves, au

profit du trésor public, faisait peu d'honneur à la

civilisation dont ils se glorifiaient.

« Les prisonniers de guerre n'appartiennent pas à la

puissance pour laquelle ils ont combattu ; ils sont tous

sous la sauvegarde de l'honneur et de la générosité de la

nation qui les a désarmés. » (Napoléon.)

[108] Tite-Live, qui fait un récit long et bien

circonstancié du siège de Tarente, ne parle ni de ce Velius,

ni de l'événement que rapporte ici Frontin. Au lieu de

Velius, il faut sans doute lire Livius, nom qui est bien celui

du défenseur de la citadelle de Tarente. Cette erreur est de

la nature de celles qu'on ne peut raisonnablement

attribuer qu'aux copistes. Cf. Tite-Live, liv. XXIV, ch. 10 ;

liv. XXV, ch. 10 et 11 ; liv. XXVI, ch. 39.

[109] Ce fort n'était autre chose qu'un petit camp

fortifié, et enfermé dans un plus grand, dont César était

déjà maître quand Pompée survint. Voyez César, Guerre

civile, liv. III, ch. 66-70.

« Les manoeuvres de César à Dyrrachium sont

extrêmement téméraires : aussi en fut-il puni. Comment

pouvait-il espérer de se maintenir avec avantage le long

d'une ligne de contrevallation de six lieues, entourant une

armée qui avait l'avantage d'être maîtresse de la mer, et

d'occuper une position centrale ? Après des travaux

immenses, il échoua, fut battu, perdit l'élite de ses troupes,

et fut contraint de quitter ce champ de bataille. Il avait

deux lignes de contrevallation, une de six lieues contre le

camp de Pompée, et une autre contre Dyrrachium. Pompée

se contenta d'opposer une ligne de circonvallation à la

contrevallation de César : effectivement, pouvait-il faire

autre chose, ne voulant pas livrer bataille ? Mais il eût dû

tirer un plus grand avantage du combat de Dyrrachium ; ce

jour-là il eût pu faire triompher la république. »

(Napoléon.)

[110] Petite rivière de l'Asie Mineure, appelée aussi

Lycus. Le traducteur de 1772 a pris ce nom pour celui d'une

ville.

[111] Cf. César, Guerre des Gaules, liv. V, ch. 49-51.

« Cicéron a défendu pendant plus d'un mois avec cinq

mille hommes, contre une armée dix fois plus forte, un

camp retranché qu'il occupait depuis quinze jours : serait-il

possible aujourd'hui d'obtenir un pareil résultat ? Les bras

de nos soldats ont autant de force et de vigueur que ceux

des anciens Romains ; nos outils de pionniers sont les

mêmes ; nous avons un agent de plus, la poudre. Nous

pouvons donc élever des remparts, creuser des fossés,

couper des bois, bâtir des tours en aussi peu de temps et

aussi bien qu'eux ; mais les armes offensives des modernes

ont une tout autre puissance, et agissent d'une manière

toute différente que les armes offensives des anciens.

« Si on disait aujourd'hui à un général : Vous aurez

comme Cicéron, sous vos ordres, 5,000 hommes ; de plus,

16 pièces de canon, 5,000 outils de pionniers, 5,000 sacs à

terre ; vous serez à portée d'une forêt, dans un terrain

ordinaire ; dans quinze jours vous serez attaqué par une

armée de 60,000 hommes, ayant 120 pièces de canon ;

vous ne serez secouru que quatre-vingts ou quatre-vingt-

seize heures après avoir été attaqué : quels sont les

ouvrages, quels sont les tracés, quels sont les profils que

l'art lui prescrit ? l'art de l'ingénieur a-t-il des secrets qui

puissent satisfaire à ce problème ? » (Napoléon.)

[112] Cette distinction est justifiée par la plupart des

exemples qui composent ce quatrième livre : car tout ce

qui a trait à la discipline des armées, à l'exactitude du

service, à la force morale du soldat ; toutes les qualités et

tous les moyens par lesquels un chef inspire de la

confiance à ses troupes, et exerce un ascendant réel, même

sur des nations ennemies ou étrangères, sont des choses

qui ressortissent à la stratégie, ou qui, du moins, ont des

rapports de dépendance ou de cause plus ou moins directs,

mais évidents, avec cet art de tracer des plans de campagne

et d'en diriger l'exécution ; avec ce pouvoir de faire

concourir au même but toutes les parties d'une armée, et

de maintenir, au milieu de la diversité des mouvements,

une parfaite unité d'action, en un mot, de diriger les

masses. Mais à côté de ces exemples bien placés ici, on en

trouvera, dans plusieurs chapitres, quelques-uns qui

n'appartiennent ni à la stratégie, ni à la tactique, et qui, par

conséquent, ne répondent pas aux titres sous lesquels ils

sont compris dans ce nouveau recueil. Y ont-ils été

introduits par des copistes ? ou l'auteur a-t-il, par instants,

perdu de vue ses propres divisions ? Il y a même,

notamment dans les chapitres VI et VII, des faits déjà

mentionnés dans le premier livre, comme exemples de

stratagèmes, et reproduits textuellement dans celui-ci.

[113] Malgré les caractères distinctifs qui ont fait

séparer des stratagèmes proprement dits les exemples

contenus dans ce livre, il faut reconnaître qu'un certain

nombre de ceux-ci ont avec les premiers des points de

contact et des analogies de temps ou de circonstances : un

fait stratégique au fond, peut tenir en même temps du

stratagème. Or le lecteur qui aurait trouvé dans l'histoire

un fait de ce genre, et qui, ne l'envisageant que sous ce

dernier point de vue, c'est-à-dire comme stratagème, ne

l'aurait pas vu cité dans les trois premiers livres, eût pu

accuser Frontin de l'avoir ignoré ou omis, et d'avoir laissé

une lacune. C'est pour prévenir ce reproche que l'auteur

complète ainsi son ouvrage.

[114] Tout ce que fit Scipion pour rétablir la discipline

militaire, notamment ce que rapporte Frontin, a été signalé

par plusieurs auteurs. Voyez Valère Maxime, liv. II, ch. 7,

§ 2 ; Polyen, liv. VIII, ch. 16, § 2 ; Florus, liv. II, ch. 18 ;

Appien, de Rébus Hisp., c. LXXXV ; Végèce, Instit. mil.,

liv. III, ch. 10 ; et Plutarque (Apophtegmes), qui attribue

encore au même Scipion l'exemple suivant, ou, du moins,

un fait semblable.

[115] Plutarque (Vie de Pyrrhus, ch. VIII) signale les

talents militaires de Pyrrhus. Si ce roi ne fut pas le premier

qui connut l'art de camper, du moins il le perfectionna

beaucoup ; et l'on peut opposer à l'opinion contraire de

Juste-Lipse (de Militia Romana, lib. V), ce passage de Tite-

Live (liv. XXXV, ch. 14) : « Pyrrhum, inquit (Hannibal),

castra metari primum docuisse ; ad hoc neminem

elegantius loca cepisse, præsidia deposuisse. »

[116] On ignore la formule de ces testaments que

faisaient les soldats au moment où, tout équipés

(testamenta in procinctu), ils allaient marcher au combat.

Ceux qui survivaient étaient chargés de faire connaître les

dispositions dernières de leurs compagnons.

[117] Tite-Live rapporte (liv. XLI, ch. 27) qu'au début

de la censure de Q. Fulvius Flaccus, neuf sénateurs furent

exclus, entre autres Cn. Fulvius, proche parent du censeur,

et même son héritier ; mais il ne fait pas connaître le motif

de cette disgrâce.

[118] Tite-Live dit (liv. II, ch. 59) que ces soldats furent

décimés et mis à mort.

[119] Le chef de cette rébellion était Decius Jubellius.

C'est donc à tort que plusieurs éditions ont admis injussu

ducis. - Voyez Tite-Live, liv. XXVIII, ch. 28 ; Valère

Maxime, liv. II, ch. 7, § 15 ; Polybe, liv. I, ch. 7 ; Appien, de

Rebus Samn., lib. IX, c. I et sqq.

[120] On lira avec un vif intérêt la narration de Tite-

Live (liv. VIII, ch. 29 et suiv.) ; c'est un véritable drame.

[121] La sévérité atroce de Manlius passa en proverbe à

Rome : Manliana imperia.

[122] Marcellus n'était pas alors consul, mais il l'avait

été peu de temps auparavant. On lit dans Tite-Live (liv.

XXV, ch. 6 et 7) un discours touchant que, selon cet

historien, les soldats relégués en Sicile auraient tenu à

Marcellus. C'est une respectueuse protestation contre le

décret rigoureux du sénat.

[123] Infrequens (miles) signifie un soldat qui est

inexact à remplir son devoir, un mauvais soldat, ainsi que

l'a traduit M. Naudet dans le Truculentus de Plaute (v.

202). Voyez le récit bien circonstancié de ce fait dans Tite-

Live, liv. XLI, ch. 18.

[124] Alexandre dut, en effet, une grande partie de ses

succès à ses vieux soldats. C'est une vérité reconnue par les

tacticiens de tous les temps, que les anciens soldats sont

supérieurs aux jeunes, non seulement pour supporter les

fatigues en campagne, mais encore pour attaquer de sang-

froid et avec courage, et pour profiter de toutes les

circonstances qui peuvent mettre à l'abri du danger.

« Il faut encourager par tous les moyens, dit

Napoléon, les soldats à rester sous les drapeaux, ce qu'on

obtiendra facilement en témoignant une grande estime aux

vieux soldats. Il faudrait aussi augmenter la solde en

raison des années de service : car il y a une grande injustice

à ne pas mieux payer un vétéran qu'une recrue. »

[125] Ce fait paraît ne faire qu'un, pour le sens, avec le

§ 7, dont il a peut-être été séparé par les copistes.

[126] Il s'agit ici de la bataille de Leuctres,

qu'Épaminondas gagna, non seulement parce que ses

troupes étaient bien disciplinées, mais aussi parce qu'il

exécuta une savante manoeuvre d'ordre oblique, voir la

note 62.

[127] Si l'on s'en rapporte au récit de Valère Maxime

(liv. IV, ch. 4, § 10), Cn. Scipion n'avait qu'une fille, qui fut

dotée par le sénat, pendant la guerre même que son père

faisait en Espagne.

[128] Deux lits ne supposent que six couverts, ou huit

au plus.

[129] Scipion Émilien voulait, dit Plutarque

(Apophtegmes), que ses soldats prissent leurs repas

debout, et qu'ils ne se missent à table que pour le souper.

Quant à lui, il se promenait dans le camp, etc.

[130] Florus rapporte la chose autrement. « Les

Numantins, dit-il (liv. II, ch. 18), pressés par la famine,

demandèrent la bataille à Scipion, afin de mourir en

guerriers. Ne l'obtenant pas, ils firent une sortie, dans

laquelle un grand nombre périt ; et les autres, en proie à la

faim, se nourrirent quelque temps de leurs cadavres. Ils

prirent enfin la résolution de s'échapper ; mais cette

dernière ressource leur fut encore enlevée par leurs

femmes, qui coupèrent les sangles de leurs chevaux, faute

énorme, inspirée par l'amour. Ayant donc perdu tout

espoir, ils s'abandonnèrent aux derniers transports de la

fureur et de la rage, et se déterminèrent à mourir, chefs et

soldats, par le fer et par le poison, au milieu de

l'embrasement de leur ville, qu'ils livrèrent aux flammes. »

[131] Plutarque (Apophtegmes) attribue à Metellus

Cécilius une réponse semblable.

Le mot de Fabius rappelle celui du maréchal de Saxe.

Un de ses officiers généraux, lui montrant un jour une

position qui pouvait être utile, lui dit : « Il ne vous en

coûtera pas plus de douze grenadiers pour la prendre. -

Douze grenadiers ! répondit le maréchal ; passe encore si

c'étaient douze lieutenants généraux. »

[132] Oudendorp fait observer que cet exemple, par

lequel Frontin recommande la modération ou la bonté,

devrait appartenir au chapitre précédent. Mais il est

probable que l'auteur n'a eu en vue que la prudence et le

sang-froid du chef d'armée.

« La première qualité d'un général en chef est d'avoir

une tête froide, qui reçoive une impression juste des

objets ; il ne doit pas se laisser éblouir par les bonnes ou

mauvaises nouvelles. Les sensations qu'il reçoit

successivement ou simultanément, dans le cours d'une

journée, doivent se classer dans sa mémoire, de manière à

n'occuper que la place qu'elles méritent d'occuper : car la

raison et le jugement sont le résultat de la comparaison de

plusieurs sensations prises en égale considération. Il est

des hommes qui, par leur constitution physique et morale,

se font de chaque chose un tableau : quelque savoir,

quelque esprit, quelque courage et quelques bonnes

qualités qu'ils aient d'ailleurs, la nature ne les a point

appelés au commandement des armées, et à la direction

des grandes opérations de la guerre. » (Napoléon.)

Mais cette prudence et ce sang-froid ne doivent point

dégénérer en irrésolution. « Un général irrésolu, qui agit

sans principes et sans plan, quoiqu'à la tête d'une armée

supérieure en nombre à celle de l'ennemi, se trouve

presque toujours inférieur à ce dernier sur le champ de

bataille. Les tâtonnements, les mezzo termine perdent tout

à la guerre. »

« À force de disserter, de faire de l'esprit, de tenir des

conseils, il arrivera ce qui est arrivé dans tous les siècles en

suivant une pareille marche : c'est qu'on finit par prendre

le plus mauvais parti, qui presque toujours, à la guerre, est

le plus pusillanime, ou, si l'on veut, le plus prudent. La

vraie sagesse, pour un général, est dans une détermination

énergique. » (Napoléon.)

[133] Ce n'est point à Antiochus, mais bien à Prusias,

que ce stratagème fut enseigné par Hannibal. Voyez

Cornelius Nepos, Vie d'Hannibal, ch. XI ; et Justin, liv.

XXXII, ch. 4.

Ce fait, malgré le témoignage de plusieurs historiens

de l'antiquité, est dépourvu de vraisemblance, aux yeux des

tacticiens modernes. « Quoi de plus ridicule, dit M. Carion-

Nisas (Essai sur l'hist. de l'art militaire, t. 1er, p. 242) » que

de supposer, dans un pays civilisé, ou du moins habité par

dos hommes, un assez grand nombre de vipères pour en

remplir cinq ou six cents vases ! Combien ne faudrait-il pas

de temps pour les ramasser, et combien d'hommes ne

faudrait-il pas occuper à une pareille chasse ! »

[134] Remarquez le misérable jeu de mots que Pachès

a mis à profit pour commettre cette atrocité. Polyen

rapporte une autre perfidie de ce général (liv. III, ch. 2).

[135] Volons, esclaves enrôlés comme volontaires.

Voyez leur histoire dans Tite-Live (liv. XXII, ch. 67 ; liv.

XXIII , ch. 35 ; liv. XXIV, ch. 14 et suiv. ; liv. XXVII, ch. 38 ;

et liv. XXVIII, ch. 46).

[136] T. Gracchus avait juré au nom de la république,

et se trouvait lié par son serment. Voyez le récit de Tite-

Live, liv. XXIV, ch. 14 et suiv., surtout le ch. 16.

[137] Alexandre s'est souvent annoncé comme

libérateur aux nations dont il franchissait les frontières.

C'est une ruse de tous les temps. Le général Bonaparte,

débarquant en Égypte, adressa aux habitants une

proclamation qui commençait par ces paroles :

« Depuis longtemps les beys qui gouvernent l'Égypte

insultent à la nation française et couvrent les négociants

d'avanies ; l'heure de leur châtiment est arrivée.

« Depuis longtemps ce ramassis d'esclaves, acheté

dans le Caucase ou dans la Géorgie, tyrannise la plus belle

partie du monde ; mais Dieu, de qui tout dépend, a

ordonné que leur empire finît.

« Peuples d'Égypte, on vous dira que je viens pour

détruire votre religion ; ne le croyez pas : répondez que je

viens restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je

respecte, plus que les mameluks, Dieu, son prophète et le

Coran. »

[138] Le rôle des vélites, des archers et frondeurs, en

un mot, des fantassins armés à la légère, était

principalement d'engager le combat. Ils escarmouchaient

en avant et sur les flancs de la légion ; et, quand ils étaient

forcés de plier, ils se retiraient dans les intervalles que

présentaient les cohortes, les manipules, et même les

centuries, comme le dit ici Frontin.

[139] Sous les murs mêmes de Capoue. Voyez le récit

plus étendu de Tite-Live, liv. XXVI, ch. 4 ; et Valère

Maxime, liv. II , ch. 3, § 3.

On a essayé plusieurs fois dans les temps modernes,

notamment en 1802, au camp de Boulogne, de renouveler

cet usage, en exerçant des voltigeurs à sauter en croupe

derrière les cavaliers : mais on a dû y renoncer, parce que

les essais réitérés n'ont fait espérer aucun succès.

[140] Ce combat eut lieu près de Thyatire, en Lydie :

Tite-Live en fait une longue description ; mais, d'après cet

historien, P. Scipion était alors malade à Élée, et ne

pouvait, par conséquent, donner à son frère le conseil dont

parle Frontin. Voyez liv. XXXVII, ch. 37 et suiv., surtout le

ch. 41, qui contient une description des chars à faux de

l'armée d'Antiochus. Appien (de Rébus Syr., c. XXIX et

sqq.) fait une narration très circonstanciée de cette bataille.

[141] Il y a évidemment une lacune en cet endroit :

d'abord, la phrase ainsi construite n'est pas latine, les mots

Metellus et Hermocrates s'excluant comme sujets de

l'unique verbe confecit. Ensuite, comment expliquer

historiquement cette rencontre de Metellus et

d'Hermocrate ? Selon toute apparence, il y a ici deux

fragments de deux récits différents : c'est par respect pour

les meilleures éditions que je ne les ai pas séparés.

Les stratagèmes · 第 112 / 113 题