1 Les soldats de Cn. Pompée ayant menacé de piller les trésors que
l'on devait porter dans son triomphe, Servilius et Glaucia
l'engagèrent à les leur distribuer, pour prévenir cette révolte.
Pompée déclara qu'il renoncerait au triomphe, et qu'il mourrait
même plutôt que de céder à l'indiscipline. Puis, après avoir
vivement réprimandé les soldats, il leur fit présenter ses
faisceaux ornés de lauriers, comme pour les engager à commencer le
pillage par ces objets. Ils sentirent l'odieux de leur conduite,
et rentrèrent dans l'obéissance.
2 Une sédition s'étant élevée dans l'armée de C. César, au milieu
du tumulte de la guerre civile, ce général licencia la légion
coupable, au moment même de la plus grande effervescence, et fit
frapper de la hache les chefs de la révolte. Peu de temps après
les soldats licenciés, ayant sollicité auprès de lui et obtenu
leur réintégration, se montrèrent dès lors irréprochables.
3 Au moment où Postumius, personnage consulaire, exhortait ses
soldats, ils lui demandèrent ce qu'il exigeait d'eux: «Suivez-
moi,» leur dit-il; et, saisissant une enseigne, il s'élança le
premier contre l'ennemi. Ses troupes le suivirent et remportèrent
la victoire.
4 Cl. Marcellus étant tombé, sans s'y attendre, entre les mains
des Gaulois, tourna avec son cheval, cherchant par où il pourrait
s'échapper; mais, se voyant investi de toutes parts, il adressa
une prière aux dieux, et s'élança au milieu des ennemis, les
frappa d'étonnement par son audace, tua leur chef, et remporta des
dépouilles opimes, lorsqu'il avait à peine l'espoir de se sauver.
5 L. Paullus, à la bataille de Cannes, voyant l'armée perdue,
refusa le cheval que lui offrait Lentulus pour fuir, et ne voulut
pas survivre à ce désastre, bien qu'on ne pût le lui imputer à
lui-même. Épuisé par ses blessures, et appuyé contre une pierre,
il resta en cet état jusqu'à ce qu'il expirât sous les coups des
ennemis.
6 Varron, son collègue, montra encore plus de résolution, en
conservant sa vie après ce malheur; et le peuple, ainsi que le
sénat, lui rendit des actions de grâces pour n'avoir pas désespéré
de la république. Au reste, toute sa conduite ultérieure prouva
qu'il s'était conservé, non par désir de vivre, mais par amour
pour la patrie: car il laissa croître sa barbe et ses cheveux, et
ne se coucha plus pour prendre ses repas, il refusa même les
dignités qui lui étaient conférées par le peuple, disant qu'il
fallait à la république des magistrats plus heureux que lui.
7 Après le massacre de Cannes, Sempronius Tuditanus et C.
Octavius, tribuns militaires, étant assiégés dans le plus petit
des deux camps, conseillèrent à leurs compagnons de mettre l'épée
à la main, et de s'échapper à travers les postes ennemis,
déclarant que telle était leur résolution, lors même que personne
n'oserait sortir avec eux. Au milieu de l'hésitation générale,
douze cavaliers seulement et cinquante fantassins eurent le
courage de les suivre, et parvinrent sains et saufs à Canusium.
8 En Espagne, T. Fonteius Crassus, étant allé faire du butin avec
trois mille hommes, se trouva enfermé par Hasdrubal dans un poste
dangereux. À l'entrée de la nuit, n'ayant fait part de son dessein
qu'aux premiers rangs, il s'échappa en traversant les postes
ennemis, au moment où l'on s'y attendait le moins.
9 Pendant la guerre contre les Samnites, le consul Cornélius
Cossus étant surpris par l'ennemi dans un lieu où il courait du
danger, le tribun P. Decius lui conseilla de faire occuper une
hauteur qui était près de là, par un détachement qu'il s'offrit de
commander. L'ennemi, attiré sur cet autre point, laissa échapper
le consul, mais enveloppa Decius, et le tint assiégé. Celui-ci
triompha encore de cette difficulté par une sortie nocturne, et
revint auprès du consul sans avoir perdu un seul homme.
10 Une action semblable a été faite, sous le consulat d'Atilius
Calatinus, par un chef dont le nom nous a été diversement
transmis. Les uns l'appellent Laberius, quelques autres Q.
Ceditius, la plupart Calpurnius Flamma. Voyant les troupes
engagées au fond d'une vallée dont toutes les hauteurs étaient
occupées par l'ennemi, il demande et obtient trois cents hommes,
qu'il exhorte à sauver l'armée par leur courage, et s'élance avec
eux au milieu de cette vallée. Les ennemis descendent de toutes
parts pour les tailler en pièces; mais, arrêtés par un combat long
et acharné, ils laissent au consul le temps de fuir avec son
armée.
11 C. César, étant sur le point de combattre les Germains
commandés par Arioviste, et voyant le courage de ses troupes
abattu, les assembla et leur dit que, dans cette circonstance, la
dixième légion seule marcherait à l'ennemi. Par là il stimula
cette légion, en lui rendant le témoignage qu'elle était la plus
brave, et fit craindre aux autres de lui laisser à elle seule
cette glorieuse renommée.
12 Philippe ayant menacé les Lacédémoniens de les priver de tout,
s'ils ne lui livraient leur ville, un des principaux citoyens
s'écria: «Nous privera-t-il aussi de mourir pour notre patrie?»
13 Léonidas, roi de Lacédémone, à qui l'on disait que les Perses
formeraient un nuage par la multitude de leurs flèches, répondit:
«Nous combattrons mieux à l'ombre.»
14 Dans un moment où L. Elius, préteur de la ville, rendait la
justice, un pivert vint se poser sur sa tête, et les aruspices
dirent que si on laissait partir cet oiseau, la victoire serait
aux ennemis; que si on le tuait, le peuple romain serait
vainqueur, mais L. Elius périrait avec sa famille. Ce chef tua
aussitôt l'oiseau, n'hésitant pas à se sacrifier lui-même. Notre
armée triompha, et Elius mourut dans le combat, avec quatorze de
ses parents. Quelques-uns pensent qu'il s'agit ici, non de L.
Elius, mais de Lélius, et que ceux qui perdirent la vie
appartenaient à la famille Lélia.
15. Les deux Decius, le père d'abord, et plus tard le fils, se
dévouèrent pour la république pendant leur consulat. Ils
s'élancèrent avec leurs chevaux au milieu des ennemis, et
donnèrent, en mourant, la victoire à leur patrie.
16 P. Crassus, faisant la guerre en Asie contre Aristonicus, tomba
au pouvoir de l'ennemi dans une embuscade, entre Élée et Myrina.
Emmené vivant, et se voyant avec horreur prisonnier, lui consul
romain, il prit le parti d'enfoncer dans l'oeil d'un Thrace commis
à sa garde, la baguette dont il se servait pour conduire son
cheval; le soldat, irrité par la douleur, perça de son épée
Crassus, qui échappa ainsi, selon son désir, à l'opprobre des
fers.
17 M. Caton, fils du Censeur, ayant été jeté à terre par une chute
de son cheval, s'aperçut, quand il se fut remis en selle, que son
épée avait glissé du fourreau. Craignant le déshonneur d'une telle
perte, il retourne au milieu des ennemis, et, non sans recevoir
quelques blessures, retrouve enfin son arme, et revient près de
ses compagnons.
18 Les habitants de Pétilie, assiégés par Hannibal, et manquant de
vivres, firent sortir de la ville les vieillards et les enfants;
et, réduits à vivre de cuirs qu'ils faisaient tremper et qu'ils
grillaient ensuite, de feuilles d'arbres et de la chair de toute
espèce d'animaux, ils soutinrent le siège pendant onze mois.
19 Ceux d'Arabriga, en Espagne, supportèrent les mêmes maux,
plutôt que de livrer leur ville à Hirtuleius.
20 Lorsque Hannibal assiégeait Casilinum, les habitants furent
réduits à une telle extrémité, qu'un rat y fut vendu, dit-on, cent
deniers. Le vendeur mourut de faim, et l'acheteur vécut. Malgré
cette famine, la ville persévéra dans sa fidélité envers les
Romains.
21 Mithridate, assiégeant Cyzique, fit amener ses prisonniers au
pied des remparts, dans l'espoir que les habitants, craignant pour
le sort de leurs concitoyens, se décideraient à rendre la place;
mais les assiégés exhortèrent les captifs à mourir avec courage,
et restèrent fidèles aux Romains.
22 Les habitants de Ségovie, dont les femmes et les enfants
étaient mis à mort par Viriathe, aimèrent mieux voir égorger ce
qu'ils avaient de plus cher, que de rompre leur alliance avec les
Romains.
23 Les Numantins, pour ne pas se rendre, s'enfermèrent dans leurs
maisons[130], et s'y laissèrent mourir de faim.