43 Lorsque le consul C. Curion allait faire la guerre aux
Dardaniens, une des cinq légions qu'il commandait se révolta près
de Dyrrachium, en se refusant au service, et en déclarant qu'elle
ne suivrait pas ce chef téméraire dans une expédition si pénible
et si dangereuse, il ordonna aux quatre autres légions de sortir
du camp, et de se mettre en ordre de bataille, les armes à la
main, comme pour combattre; ensuite il fit avancer la légion
rebelle, sans armes et sans ceinturons, en présence de toute
l'armée, et l'obligea de faucher la litière pour les chevaux. Le
lendemain il ôta encore les ceinturons aux soldats, leur fit
creuser un fossé, et, insensible à toutes les prières de cette
légion, il lui enleva ses enseignes, abolit même son nom, et
incorpora dans les autres légions les soldats qui la composaient.
44. Sous le consulat de Q. Fulvius et d'Appius Claudius, les
soldats qui, après la bataille de Cannes, avaient été relégués en
Sicile par ordre du sénat, supplièrent[122] M. Marcellus de les
envoyer contre l'ennemi. Marcellus consulta le sénat. Il lui fut
répondu qu'on ne jugeait pas à propos de confier les intérêts de
la république à des hommes qui les avaient abandonnés. Toutefois,
on autorisa Marcellus à faire ce qui lui paraîtrait convenable, à
condition qu'aucun de ces soldats ne serait exempté du service, ne
recevrait ni solde, ni récompense, et ne repasserait en Italie,
tant que les Carthaginois y resteraient.
45 M. Salinator, après son consulat, fut condamné par le peuple,
pour avoir partagé inégalement le butin entre les soldats.
46 Le consul Q. Petillius ayant été tué dans un combat contre les
Liguriens, il fut décrété par le sénat que la légion à la tête de
laquelle ce consul était mort serait tout entière signalée comme
ayant manqué à son devoir[123]; qu'on lui retrancherait la solde
d'une année, et que ce temps de service ne lui serait pas compté.