1 P. Valerius, craignant une révolte des habitants d'Épidaure,
parce qu'il n'avait que peu de troupes dans cette ville, prépara
des jeux gymniques loin des murs. Presque toute la population
étant sortie pour jouir de ce spectacle, il ferma les portes, et
ne laissa rentrer les Épidauriens qu'après s'être fait donner des
otages par les premiers citoyens.
2 Cn. Pompée, qui se méfiait de ceux de Catane, et craignait
qu'ils ne reçussent pas ses troupes en garnison, les pria de
permettre à ses malades de séjourner temporairement dans leur
ville pour se rétablir; et, à l'aide de ses meilleurs soldats,
qu'il y envoya en les faisant passer pour des malades, il se
rendit maître de la place, et la retint dans l'obéissance.
3 Alexandre, marchant vers l'Asie, après avoir vaincu et soumis
les Thraces, et craignant que ces peuples ne reprissent les armes
après son départ, emmena avec lui, comme à titre d'honneur, leurs
rois, leurs généraux, et tous ceux qui paraissaient avoir à coeur
leur liberté perdue; puis il mit le peuple sous la domination de
plébéiens qui, lui étant redevables de leur élévation, ne
voulurent rien changer à ce qu'il avait fait; et la nation ne put
rien entreprendre, n'ayant plus ses véritables chefs.
4 Antipater, voyant arriver les premières troupes des Nicéens,
qui, sur un bruit de la mort d'Alexandre, étaient accourus pour
ravager ses provinces, feignit d'ignorer leurs intentions, les
remercia d'être ainsi venus au secours d'Alexandre contre les
Lacédémoniens, et ajouta qu'il en informerait le roi, les
engageant, au reste, à retourner chez eux, parce qu'il n'avait pas
besoin de leurs services pour le moment. Cet artifice écarta le
danger, que rendait imminent le nouvel état des choses.
3 Scipion l'Africain, à qui l'on présenta, en Espagne, entre
autres captives, une jeune fille en âge d'être mariée, et dont la
rare beauté attirait tous les regards, ordonna qu'elle fût gardée
avec soin, et la rendit à son fiancé, qui se nommait Allucius. En
outre, l'or que les parents de cette jeune fille avaient apporté
pour sa rançon, fut remis en dot par Scipion au fiancé lui-même.
Leur nation entière, gagnée par de tels actes de grandeur d'âme,
se soumit à l'empire du peuple romain.
4 Alexandre, roi de Macédoine, eut, dit-on, tant d'égards et de
respect pour une jeune captive d'une grande beauté, fiancée à un
prince d'une nation voisine, qu'il ne jeta pas même les yeux sur
elle. Il la renvoya sur-le-champ à celui qu'elle devait épouser,
et ce bien fait lui concilia l'amitié de toute la nation.
7 L'empereur César Auguste, dans la guerre où ses victoires sur
les Germains lui valurent le surnom de Germanicus, ayant établi
des forts sur le territoire des Ubiens, accorda une indemnité à
ces peuples pour la perte du revenu des terrains compris dans les
retranchements. Cet acte de justice, que la renommée publia, lui
assura la fidélité de tous.
XII. Ce qu'il faut faire pour la défense du camp, lorsqu'on n'a
pas assez de confiance en ses forces.
1 Le consul T. Quinctius, au moment où les Volsques se disposaient
à attaquer son camp, ne retint sous les armes qu'une seule
cohorte, envoya le reste de son armée se reposer, et ordonna aux
trompettes de monter à cheval et de sonner en faisant le tour des
retranchements. Cette fausse apparence ayant tenu les ennemis à
distance et sur pied pendant toute la nuit, Quinctius fondit sur
eux au point du jour, et défit aisément des troupes fatiguées de
n'avoir pas dormi.
2 Q. Sertorius, en Espagne, ayant une nombreuse cavalerie, qui
s'avançait trop audacieusement jusque vers les retranchements de
l'ennemi, fit creuser, pendant la nuit, des fosses disposées de
manière à couvrir son armée; puis, lorsque ses cavaliers voulurent
sortir comme de coutume, il leur annonça qu'il était informé que
l'ennemi avait dressé des embûches, et leur défendit, pour cela
même, de s'éloigner de leurs enseignes, et de quitter leurs rangs.
Grâce à cet acte d'adresse et de discipline, ses troupes qui, par
hasard, donnèrent dans une véritable embuscade, n'en prirent point
l'épouvante, parce qu'il les avait averties.
3 Charès, général athénien, qui attendait du secours, et pensait
que dans l'intervalle les ennemis, n'ayant rien à redouter du
petit nombre de ses soldats, viendraient attaquer son camp, fit
sortir la plus grande partie de ses troupes pendant la nuit, et
par derrière, avec ordre de rentrer du côté où elles seraient le
mieux à la vue de l'ennemi, pour faire croire que des renforts
arrivaient. Cet artifice le mit en sûreté jusqu'à ce qu'il eût
reçu les troupes qu'il attendait.
4 Iphicrate, général athénien, étant campé dans une plaine, et
ayant appris que les Thraces, qui s'étaient établis sur des
collines d'où l'on ne pouvait descendre que par un seul endroit,
avaient dessein de venir piller son camp pendant la nuit, fit
sortir secrètement ses troupes et les posta de chaque côté du
chemin par lequel les Thraces devaient passer; et, lorsque ceux-ci
accoururent du haut des collines vers le camp, où un grand nombre
de feux, allumés par les soins de quelques hommes, faisaient
croire à la présence de toute l'armée, il les attaqua par les deux
flancs et les tailla en pièces.