1 Fulvius Nobilior, conduisant son armée du Samnium dans la
Lucanie, et apprenant par des déserteurs que l'ennemi devait
attaquer son arrière-garde, donna l'ordre à sa meilleure légion de
marcher en tête, et plaça en queue les équipages. L'ennemi,
profitant de cette disposition comme d'une occasion favorable, se
jeta sur le bagage. Alors Fulvius rangea à sa droite cinq cohortes
de la légion dont on vient de parler, et les cinq autres à sa
gauche; puis, étendant ses deux lignes du côté de l'ennemi, que le
pillage occupait, il l'enveloppa et le tailla en pièces.
2 Le même Fulvius, vivement pressé par l'ennemi dans une marche,
et rencontrant une rivière qui était trop peu considérable pour
lui fermer le passage, mais assez rapide pour le retarder,
embusqua en deçà une de ses deux légions, afin que les ennemis, ne
craignant pas le petit nombre des soldats qu'ils verraient, le
poursuivissent avec plus de témérité. Le fait ayant répondu à son
attente, la légion qu'il avait postée sortit du lieu de
l'embuscade, fondit sur eux, et les mit en déroute.
3 Iphicrate marchait vers la Thrace, forcé par la nature des lieux
d'étendre son armée en longueur, lorsqu'il apprit que l'ennemi
avait dessein d'attaquer son arrière-garde. Il ordonna à ses
cohortes d'ouvrir leurs rangs en appuyant de chaque côté du
chemin, et de s'arrêter; et aux autres troupes, de hâter le pas
comme dans une fuite. À mesure qu'elles défilaient devant lui, il
retenait les hommes d'élite; et quand il vit les ennemis pêle-
mêle, échauffés au pillage, et déjà fatigués, il fondit sur eux
avec ses soldats reposés et en bon ordre, les tailla en pièces, et
leur enleva le butin.
4 Sur le passage de l'armée romaine, qui devait traverser la forêt
Litana[36], les Boïens avaient scié les arbres de telle manière
que, soutenus par une très faible partie de leurs troncs, ils
devaient céder au moindre choc; puis ils s'étaient embusqués à
l'extrémité de la forêt. Dès que les Romains s'y furent engagés,
les Boïens donnèrent l'impulsion aux arbres qui étaient le plus
près d'eux: ceux-ci déterminant la chute des autres sur l'armée
romaine, un grand nombre de soldats furent écrasés.
VII. Comment on paraît avoir ce dont on manque, et comment on y
supplée.
1 L. Cécilius Metellus, n'ayant pas de vaisseaux propres à
transporter ses éléphants[37], joignit ensemble des tonneaux qu'il
couvrit de planches, embarqua les éléphants sur ce radeau, et leur
fit passer le détroit de Sicile.
2 Hannibal, ne pouvant contraindre ses éléphants à traverser un
fleuve très profond[38], et n'ayant pas de bateaux, ni de bois pour
construire des radeaux, ordonna qu'on blessât au-dessous de
l'oreille le plus méchant de ces animaux, et que celui qui
l'aurait frappé se jetât aussitôt à la nage, et traversât le
fleuve en fuyant. L'éléphant, que la blessure rendit furieux,
voulant pour suivre l'auteur de son mal, franchit le fleuve, et
les autres n'hésitèrent plus à en faire autant.
3 Des généraux carthaginois, devant équiper une flotte, et
manquant de sparte pour faire des cordages, y suppléèrent avec les
cheveux des femmes.