II, 298-299.--Un conte arabe du Caire (Spitta-Bey, nº 4, p.
54 seq.) nous montre l'existence, en Orient, d'une des formes
caractéristiques de dénouement des contes de cette famille:
Un roi veut se débarrasser de Mohammed, le fils du pêcheur. D'après
le conseil de son vizir, il ordonne au jeune homme d'aller lui
chercher la fille du sultan de la Terre verte, qu'il veut épouser.
Un poisson reconnaissant dit à Mohammed de demander au roi de
lui donner d'abord une _dahabyjeh_ (sorte de bateau) d'or. La
dahabyjeh étant prête, le poisson montre le chemin à Mohammed.
Quand il est arrivé à la Terre verte, tout le monde vient voir la
dahabyjeh d'or. La princesse veut aussi la visiter; mais à peine
est-elle entrée dans la cabine, que le jeune homme met le bâtiment
en marche et enlève ainsi la princesse[144]. Alors celle-ci tire
sa bague de son doigt et la jette dans la mer, où le poisson la
saisit et la garde dans sa bouche. Quand le roi veut faire célébrer
son mariage avec la princesse, elle demande qu'on lui rapporte
d'abord son anneau. Mohammed est chargé de l'affaire, et rapporte
l'anneau, que le poisson lui a donné. Alors la princesse dit au
roi qu'il y a dans son pays un usage, quand une jeune fille est
pour se marier: «On creuse un canal du palais jusqu'au fleuve, on
le remplit de bûches et on y met le feu; le fiancé se jette dans
le feu et y marche jusqu'à ce qu'il se trouve dans le fleuve; il
y prend un bain et revient chez sa fiancée; voilà la cérémonie du
contrat de mariage dans mon pays.» Le roi fait creuser le canal
et allumer le feu. On y fait d'abord entrer Mohammed, pour voir
s'il en sortira sain et sauf. Le poisson a dit à Mohammed ce qu'il
fallait faire. Le jeune homme se jette donc dans le feu, en se
bouchant les oreilles et en disant: «Au nom de Dieu le clément, le
miséricordieux», et il sort de la fournaise plus beau qu'il n'y est
entré. Le roi et le vizir se jettent alors dans le feu, et sont
réduits en cendres. Mohammed épouse la princesse et monte sur le
trône.