La collection Lal Behari Day renferme un conte indien du Bengale
(nº 19), qui, sans être bien complet, est mieux conservé que les
deux autres contes indiens donnés dans nos remarques (I, pp.
195-196).
Ainsi, d'abord, nous y retrouvons l'introduction caractéristique
des contes de ce type: Un jour, une belle jeune fille, dont la mère
est une pauvre vieille, va faire ses ablutions dans un étang avec
trois amies, filles, la première, du ministre du roi; la seconde,
d'un riche marchand, et la dernière, du prêtre royal. Pendant
qu'elles se baignent, la fille du ministre dit aux autres: «L'homme
qui m'épousera sera un heureux homme: il n'aura jamais à m'acheter
d'habits; le vêtement que j'ai une fois mis, ne s'use jamais ni ne
se salit.» La fille du marchand dit que le combustible dont elle se
sert pour faire la cuisine ne se réduit jamais en cendres, et dure
toujours. La fille du prêtre, à son tour, dit que, lorsqu'elle fait
cuire du riz, ce riz ne s'épuise pas, et qu'il en reste toujours
dans le pot la même quantité. Enfin la fille de la pauvre vieille
dit que, si elle se marie, elle aura des jumeaux, un fils et une
fille. La fille sera divinement belle, et le fils aura la lune
sur son front et des étoiles sur la paume de ses mains. Un roi a
entendu cette conversation, et, comme ses six «reines» ne lui ont
pas donné d'enfants, il épouse la fille de la vieille.
Ce sont, comme dans les autres contes indiens, les six «reines»
qui veulent supprimer les enfants de leur rivale. Elles leur font
substituer par la sage-femme deux petits chiens. Le roi, furieux
contre sa «septième reine», la fait dépouiller de ses beaux
vêtements et revêtir d'habits de cuir et il l'envoie sur la place
du marché pour y être employée à écarter les corbeaux. Les enfants
sont recueillis par un potier et sa femme, après des incidents
merveilleux. Devenu grand, le jeune garçon rencontre un jour le
roi à la chasse, et celui-ci remarque la lune sur son front. Il en
parle aux six reines, qui envoient la sage-femme à la découverte.
La sage-femme entre dans la maison où le frère et la sœur habitent
seuls après la mort de leurs parents adoptifs, et se donne à
la jeune fille pour sa tante. Après lui avoir fait de grands
compliments de sa beauté, elle lui dit qu'il ne lui manque, pour la
rehausser, que la fleur nommée _kataki_, laquelle se trouve au delà
de l'océan, gardée par sept cents _râkshasas_, et elle engage la
jeune fille à prier son frère de la lui aller chercher.
Les aventures du jeune homme à la recherche de la fleur ressemblent
beaucoup à un épisode d'autres contes indiens, résumé dans les
remarques de notre nº 15, _les Dons des trois Animaux_ (I, pp.
176-177). C'est la princesse, ramenée par le jeune homme du pays
des _râkshasas_, qui révèle au roi l'histoire de la perfidie des
six reines et tout le reste.