I, p. 70.--Nous avons fait remarquer,--ce qui, du reste, saute aux
yeux,--que les «fils du pêcheur» sont de véritables incarnations du
poisson merveilleux. Cette même idée se retrouve, sous une forme
étrange, dans un conte annamite (A. Landes, nº 78):
Un homme n'a pas d'enfants. Il est très cruel (selon les idées
bouddhiques) et prend le poisson en empoisonnant les eaux. Au
confluent de deux rivières, il y avait une énorme anguille. L'homme
veut aller la prendre. Comme il va se mettre en route, un bonze
cherche à le détourner de son dessein, et, ne pouvant y réussir,
lui dit: «C'est assez! puisque vous ne voulez pas faire le bien et
épargner la vie de cette créature qui ne fait de mal à personne,
faites-moi donner à manger, et je partirai.» L'homme fait servir au
bonze des aliments rituels (aliments végétaux, cuits sans sel ni
assaisonnements). Le bonze part ensuite, et l'homme jette du poison
à l'anguille, qui vient morte à la surface de l'eau. «Quand on
l'ouvrit, continue le récit annamite, on lui trouva dans le ventre
les aliments rituels, et l'on comprit que c'était cette anguille
qui s'était manifestée sous la figure du bonze. L'homme ayant mangé
la chair de l'anguille, sa femme devint enceinte, et ils eurent un
fils qu'ils aimaient comme l'or et le diamant. Quand il fut devenu
grand, il se mit à jouer, à se griser, et fit si bien qu'il dépensa
toute la fortune de la maison. Le père et la mère moururent ruinés.
Alors le fils dit: «Quand on a fait le mal, le mal vous est rendu,»
et il disparut, laissant au village le soin d'enterrer ses parents.
Cet enfant,--conclut le conte,--était certainement l'anguille, qui
s'était incarnée en lui pour se venger de son meurtrier.»
I, p. 73, note 1.--Dans un conte annamite (A. Landes, nº 101), se
trouve également l'histoire de l'oiseau merveilleux: celui qui en
mangera la chair deviendra roi.