Des récits analogues ont été recueillis dans la Haute-Bretagne, en
Angleterre, dans le Tyrol italien, dans le Mantouan, dans le pays
vénitien, en Espagne.
Le conte qui, pour l'ensemble, se rapproche le plus du nôtre, est
le conte anglais (Halliwell, _Nursery Rhymes_), qui a été traduit
par M. Brueyre dans ses _Contes populaires de la Grande-Bretagne_
(p. 351). En voici l'analyse: Une vieille truie envoie ses trois
petits cochons chercher fortune. Le premier rencontre un homme
portant une botte de paille; il se fait donner la botte de paille
et s'en construit une maison. Le loup arrive, et, comme le petit
cochon ne veut pas le laisser entrer, il lui dit qu'il renversera
sa maison, ce qu'il fait, après quoi il mange le petit cochon. Le
second petit cochon se fait une maison avec une botte de genêts;
même aventure lui arrive avec le loup. Le troisième se bâtit,
avec des briques qu'un homme lui a données, une maison solide, et
le loup ne peut la renverser.--Vient ensuite une seconde partie,
qui correspond à la première partie du conte lorrain: Le loup,
voyant qu'il ne peut renverser la maison du petit cochon, dit à
celui-ci qu'à tel endroit il y a un beau champ de navets; il lui
donne rendez-vous pour le lendemain à six heures du matin. Le petit
cochon se lève à cinq heures et va prendre les navets. Quand le
loup arrive pour chercher le petit cochon, ce dernier lui dit qu'il
est de retour et qu'il a rapporté une bonne potée de navets. Le
loup lui propose alors de venir le prendre le lendemain matin, à
cinq heures, pour le conduire à un beau pommier. Le petit cochon se
lève à quatre heures; mais la course est longue, et, en revenant,
il voit arriver le loup, qui lui demande où sont les pommes. Le
petit cochon lui en jette une bien loin, et, pendant que le loup
va la ramasser, il regagne son logis en toute hâte. Le lendemain,
le loup lui demande s'il veut venir avec lui à la foire. Le petit
cochon dit oui. Il se lève avant l'heure convenue et achète à la
foire une baratte. En revenant, il aperçoit le loup; il se cache
bien vite dans la baratte et se laisse rouler jusqu'au bas d'une
colline. Le loup, effrayé à cette vue, s'enfuit. Quand il apprend
que le petit cochon l'a encore attrapé, il déclare qu'il descendra
chez lui par la cheminée et qu'il le mangera. Mais le petit cochon
met sur le feu un grand chaudron d'eau qu'il fait bouillir; le loup
tombe dedans et y périt. (Comparer pour cette fin notre nº 66, _la
Bique et ses Petits_.)
Dans le conte italien du Mantouan (Visentini, nº 31), une veuve,
en mourant, dit à ses trois filles d'aller trouver leurs oncles et
de se faire bâtir par eux une petite maison pour chacune. L'aînée
demande à son oncle le fabricant de paillassons de lui faire une
maison de paillassons. La seconde se fait construire par son oncle
le menuisier une maison de bois. Enfin la dernière, Marietta, se
fait bâtir par son oncle le forgeron une maison de fer. Le loup
vient successivement enfoncer la porte des deux aînées, qui ne
voulaient pas lui ouvrir, et les mange. Mais il se casse l'épaule
contre la porte de fer de Marietta. Il se la fait raccommoder
avec des clous par un forgeron et va dire à Marietta que, si elle
veut venir avec lui le lendemain matin, à neuf heures, ils iront
cueillir des pois dans un champ voisin. «Volontiers», dit la jeune
fille. Mais elle se lève avant le jour, va cueillir les pois, et,
quand le loup arrive, elle lui montre les cosses qu'elle a jetées
par la fenêtre. Le jour d'après, où elle doit aller cueillir
des lupins avec le loup, elle lui joue encore le même tour. Le
troisième jour, il est convenu qu'on ira ensemble dans un champ de
citrouilles. Marietta y arrive de très bonne heure; mais le loup
s'est levé matin lui aussi. Quand elle l'aperçoit, elle fait un
trou dans une citrouille et s'y blottit. Le loup prend justement
cette citrouille et va la jeter par la fenêtre dans la maison de
Marietta. «Merci,» dit celle-ci, «j'étais dans la citrouille, et
tu m'as portée à la maison.» Alors le loup furieux veut descendre
par la cheminée de Marietta; mais il tombe dans un chaudron d'eau
bouillante qu'elle a mis sur le feu.
* * * * *
Les quatre contes de ce genre qu'il nous reste à citer n'ont pas la
seconde partie des contes anglais et italien, qui correspond à la
première partie de notre conte.
Dans le conte du Tyrol italien (Schneller, nº 42), trois petites
oies, revenant de la foire et obligées de passer la nuit dans un
bois, se bâtissent chacune une maison, pour se protéger contre le
loup; la première, une maison de paille, la seconde, une maison de
bois, et la dernière, une maison de fer. Le loup vient près de la
maison de paille et dit à l'oie de lui ouvrir; sinon, il renversera
sa maison. L'oie n'ouvrant pas, le loup renverse la maison et avale
l'oie. Il fait de même pour la seconde, mais il ne peut renverser
la maison de fer; il s'y casse une patte. Il s'en fait refaire
une par le serrurier, puis il retourne demander à l'oie d'ouvrir,
pour qu'il se fasse cuire une soupe. L'oie lui répond qu'elle va
elle-même lui en faire cuire une. Elle fait bouillir de l'eau, dit
au loup d'ouvrir la gueule, et, par la fenêtre, elle lui verse
l'eau bouillante dans le gosier. Le loup meurt; l'oie lui ouvre
le ventre et en retire ses deux sœurs encore vivantes.--Le conte
vénitien (Bernoni, _Tradizioni_, p. 65) est presque identique à ce
conte tyrolien; seulement, pour renverser la maison des petites
oies, le loup recourt à une canonnade d'un certain genre, qu'on
nous dispensera de décrire[124].
Dans le conte breton (Sébillot, II, nº 53), la plus grande des
trois petites poules demande aux deux autres de l'aider à se faire
une maison, après quoi elle les aidera à son tour. Mais, quand elle
est entrée dans sa petite maison, elle dit à ses sœurs qu'elle y
est trop bien pour en sortir. La moyenne poule se fait aider par la
petite et lui ferme ensuite au nez la porte de sa maison. La petite
poule, bien désolée, rencontre un maçon qui lui bâtit une maison
solide, et, de peur du loup, elle jette des épingles partout sur le
toit. Le loup démolit la maison des deux plus grandes poules et les
mange; mais il se pique si fort aux épingles du toit de la petite
poule, qu'il en meurt.
Le conte espagnol (Caballero, II, p. 53) a beaucoup de rapport
avec ce conte breton: Trois petites brebis se réunissent pour
bâtir une petite maison de branchages et d'herbe. Quand elle est
finie, la plus grande se met dedans, ferme la porte et laisse les
autres dehors. Celles-ci bâtissent une autre maison dans laquelle
s'enferme la seconde. La petite, restée seule, abandonnée, voit
passer un maçon, qui, touché de ses pleurs, lui construit une
maison toute hérissée de pointes de fer, pour qu'elle soit à l'abri
des attaques du _Carlanco_ (sorte de loup-garou). Le _Carlanco_
vient, en effet, et dit à la plus grande brebis de lui ouvrir; sur
son refus, il enfonce la porte de branchages et mange la brebis.
Il mange aussi la seconde. Mais quand il arrive à la maison de la
troisième et qu'il veut ouvrir la porte, il se jette contre les
pointes, qui lui entrent dans le corps, et il périt.