Ce conte présente un composé bizarre de deux thèmes que nous
avons déjà rencontrés isolément dans cette collection: le thème,
ou plutôt un des thèmes des _Objets merveilleux_ (voir nos nºˢ
31, l'_Homme de fer_, et 42, _Les trois Frères_), et le thème des
_Objets donnés par un fripon comme merveilleux_ (voir nos nºˢ 10,
_René et son Seigneur_, 20, _Richedeau_, et 49, _Blancpied_).
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L'introduction est à peu près celle du conte allemand nº 63 de la
collection Grimm, très différent pour le reste, dans laquelle un
roi promet sa couronne après sa mort à celui de ses fils qui lui
rapportera le plus beau tapis et, ensuite, la plus belle bague.
Cette même introduction se trouve encore dans un conte recueilli au
XVIIe siècle par Mme d'Aulnoy, _la Chatte blanche_, et qui est du
même genre que le conte allemand.
En Orient, nous avons à citer un conte arabe de la même famille,
le _Prince Ahmed et la fée Pari-Banou_, des _Mille et une Nuits_:
là, le sultan dit à ses trois fils d'aller voyager, chacun de
son côté; celui d'entre eux qui lui rapportera la rareté la plus
extraordinaire et la plus singulière obtiendra la main d'une
princesse, nièce du sultan. Comparer un conte serbe (Vouk, nº 11).
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Pour l'ensemble de notre conte, qui se rattache au thème des
_Objets merveilleux_, nous renverrons aux remarques de nºˢ 31 et
42, et aussi à celles de notre nº 18, _la Bourse, le Sifflet et
le Chapeau_. Rappelons seulement quelques récits orientaux: dans
un conte persan, dans un conte kalmouk, dans un conte indien, une
coupe procure à volonté à boire et à manger; dans un conte arabe,
un tambour de cuivre fait venir au secours de son possesseur les
chefs des génies et leurs légions; dans une légende bouddhique,
un tambour magique, frappé d'un côté, met en fuite l'ennemi;
frappé de l'autre côté, il fait paraître une armée entière. Dans
cette dernière légende, c'est également de plusieurs personnages,
auxquels il a successivement affaire, que le héros obtient les
divers objets merveilleux.
Au sujet du violon qui ressuscite les morts, voir les remarques de
nos nºˢ 31, l'_Homme de fer_, et 59, _les Trois Charpentiers_; nous
allons, du reste, le retrouver tout à l'heure dans un conte flamand.
Un conte allemand (Prœhle, I, nº 77) reproduit presque exactement
un passage du conte lorrain: Un jeune homme rencontre une fée et
en reçoit une baguette qui procure à boire et à manger, tant qu'on
en veut. Par le moyen de cette baguette, le jeune homme régale un
vieux mendiant qui lui a demandé un morceau de pain, et il reçoit
du mendiant en récompense trois objets merveilleux.
On peut encore rapprocher de notre conte un conte flamand (Wolf,
_Deutsche Mærchen und Sagen_, nº 26): Un roi donne un vaisseau à
chacun de ses trois fils, et ils partent en voyage. L'aîné arrive
près d'une mine d'argent et en remplit son vaisseau; le second fait
de même avec une mine d'or. Le plus jeune reçoit d'une jeune fille
une nappe qui se couvre de mets au commandement. Puis, de la même
manière que le héros du conte de la collection Grimm résumé dans
les remarques de notre nº 42 (II, p. 87), il se met en possession
de trois objets merveilleux, notamment d'une canne qui fait
paraître autant de cavaliers qu'on le désire, quand on en ôte la
pomme, et d'un violon qui fait tomber morts de ravissement ceux qui
l'entendent, et les ressuscite, si l'on joue sur la première corde.
Le conte flamand, et aussi le conte allemand de la collection
Grimm,--d'accord tous deux avec la légende bouddhique rappelée
ci-dessus,--nous mettent sur la voie de la forme primitive d'un
passage important du conte lorrain. Evidemment, dans la forme
originale, le prince, après avoir reçu de la fée la baguette
merveilleuse, l'échangeait d'abord contre le jeu de cartes; puis,
jetant une carte en l'air, il envoyait un régiment reprendre sa
baguette. Il faisait de même pour avoir le violon.
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Nous ne nous arrêterons qu'un instant sur les aventures du prince
qui se rapportent au thème des _Objets donnés comme merveilleux
par un fripon_. Nous avons étudié assez longuement ce thème dans
les remarques de nos nºˢ 10, 20 et 49. On se souvient que nous
avons trouvé, indépendamment des récits européens, de nombreuses
formes orientales de ce thème: deux contes des Tartares de la
Sibérie méridionale, deux contes des Afghans du Bannu, trois contes
indiens, et aussi un conte kabyle et un conte malgache.
Relevons encore un petit détail: dans un conte allemand se
rattachant à cette famille (Prœhle, I, nº 63), le héros parvient à
faire croire à des marchands que certains _balais_ sont d'un très
grand prix.