Au moment où saint Etienne vint au monde, un beau monsieur s'arrêta
devant la maison et demanda si on voulait le recevoir. On lui répondit
que ce n'était pas possible, parce que la femme venait d'accoucher.
Alors il voulut voir l'enfant, et on finit par le laisser entrer. Il
s'approcha du petit garçon, et, l'ayant bien regardé, il dit à la mère
qu'il le trouvait beau à ravir et qu'il serait bien aise de l'acheter.
D'abord la mère ne voulut rien entendre; mais comme il offrait une
grosse somme, elle se laissa gagner et consentit au marché. Le beau
monsieur devait prendre l'enfant dans six ou sept ans, quand il serait
fort; en attendant, il viendrait le voir de temps en temps.
Le petit garçon grandit, et on l'envoya à l'école. Mais la mère était
toujours triste: un jour, après la visite du beau monsieur, l'idée lui
était venue que c'était peut-être au diable qu'elle avait vendu son
enfant. Le petit garçon lui dit: «Qu'avez-vous donc, ma mère, à pleurer
toujours ainsi?--Hélas!» répondit-elle, «j'ai fait une chose que je ne
devais pas faire: je t'ai vendu au diable à ta naissance.--N'est-ce que
cela?» dit l'enfant. «Je ne crains pas le diable. Donnez-moi une peau
de mouton que vous ferez bénir et que vous remplirez d'eau bénite. Je
saurai me tirer d'affaire.»
La mère fit ce qu'il demandait, et bientôt après le beau monsieur
arriva pour emmener l'enfant. Ils partirent ensemble. Le petit garçon
s'était muni de sa peau de mouton. L'autre n'y avait pas pris garde;
il lui racontait des histoires pour l'amuser pendant le chemin. Ils
s'enfoncèrent dans un grand bois et arrivèrent enfin devant une
maison, au fond de la forêt. Alors le beau monsieur se changea en
diable, ouvrit la porte et poussa l'enfant dans la maison; elle était
remplie de démons. Le petit garçon, sans s'effrayer, se mit à secouer
sa peau de mouton et fit pleuvoir l'eau bénite sur les diables, qui
s'enfuirent au plus vite. Après s'être ainsi débarrassé d'eux, il s'en
retourna tranquillement chez sa mère.
Quelque temps après, étant allé à confesse, il raconta au curé son
aventure. Le jour de Noël, le bon Dieu lui dit:
«C'est aujourd'hui ma fête, Etienne,
Et demain ce sera la tienne.»
Et voilà pourquoi la Saint-Etienne tombe le lendemain de Noël.