[72] Ne serait-ce pas M. Deulin qui, ici et dans d'autres cas, aurait
combiné plusieurs contes ensemble? Nous nous le sommes plus d'une fois
demandé, pour des raisons qu'il serait trop long d'exposer.
[73] Ce conte cafre a une grande analogie avec les contes espagnol,
catalan et portugais, cités précédemment. Ainsi, dans le conte
espagnol, l'homme qui a mis la jeune fille dans son sac, lui ordonne
de chanter toutes les fois qu'il dira: «Chante, sac!» Tout le monde
veut entendre le sac qui chante, et l'homme gagne beaucoup d'argent.
Allant de maison en maison, il arrive un jour chez la mère de la jeune
fille, qui reconnaît la voix de son enfant. Elle invite l'homme à loger
chez elle, lui donne bien à boire et à manger, et, pendant qu'il dort,
elle retire la jeune fille du sac et met à sa place un chien et un
chat.--Dans le conte catalan et le conte portugais, l'homme dit aussi:
«Chante, sac!»
[74] Un conte portugais (Coelho, nº 10) présente une grande
ressemblance avec ce conte indien: Un chat étant allé se faire faire
la barbe chez un barbier, celui-ci lui dit: «Si tu avais la queue plus
courte, tu serais beaucoup plus joli.--Eh bien! coupes-en un peu. «La
chose faite, le chat s'en va; mais bientôt il revient et réclame son
bout de queue. Le barbier ne pouvant le lui donner, le chat s'empare
d'un rasoir. Il voit ensuite une marchande de poissons qui n'a pas de
couteau; il lui donne son rasoir; puis, revenant sur ses pas, il le
réclame, et, à défaut du rasoir, il prend une sardine. Il donne la
sardine à un meunier qui n'a que du pain sec à manger, et ensuite il
prend un sac de farine. Il donne la farine à une maîtresse d'école pour
qu'elle fasse de la bouillie à ses écolières; puis il prend une des
petites filles. Il donne la petite fille à une laveuse qui n'a personne
pour l'aider; puis il lui prend une chemise. Il donne la chemise à un
musicien qui n'en a pas, et lui prend ensuite une guitare. Alors il
grimpe sur un arbre et se met à jouer de la guitare et à chanter: «De
ma queue j'ai fait un rasoir; du rasoir j'ai fait une sardine,» et
ainsi de suite.
[75] Dans le conte russe cité plus haut, c'est aussi un animal, un
renard, qui est le héros de l'histoire; et, autant qu'on en peut juger
par le résumé de M. Fleury, il joue, comme le chacal, un rôle plus
actif que le héros de la plupart des contes européens: ainsi, c'est
lui-même qui fait disparaître les chaussures qu'il réclame ensuite.
(Comparer le conte esthonien.)
[76] Il est curieux de rapprocher des paroles qui terminent ce conte
kabyle, celles que dit Turlendu, à la fin du conte de la Lozère,
résumé ci-dessus: «D'un petit pou à une poulette; d'une poulette à un
porcelet; d'un porcelet à une petite mule; d'une petite mule à une
fillette; d'une fillette à un gros chien, qui m'a emporté le nez!»