LES TROIS CHARPENTIERS

Il était une fois une veuve qui avait trois fils, tous les trois

charpentiers. Ceux-ci, voyant qu'ils ne gagnaient pas assez dans leur

pays pour nourrir leur mère, lui dirent adieu et se rendirent dans un

village à sept ou huit lieues de là. Ils entrèrent comme domestiques

dans une grosse auberge, où l'on avait justement besoin de trois

garçons et où ils restèrent un an; leur année finie, ne se trouvant pas

assez payés, ils allèrent chercher fortune ailleurs, après avoir envoyé

cent écus à leur mère.

Un jour qu'ils traversaient un bois, ils rencontrèrent un homme d'une

taille extraordinaire: c'était un génie, qui leur dit: «Où allez-vous,

mes amis?--Nous sommes en route pour gagner notre vie et celle de notre

mère.»

Le génie dit à l'aîné: «Tiens, voici une ceinture sur laquelle il y a

une étoile d'or; quand tu toucheras cette étoile, il en sortira des

perles, des rubis, des diamants, des émeraudes, des plats d'or et

d'argent.»

Il dit ensuite au cadet: «Tiens, voici une sonnette; en la faisant

sonner tu ressusciteras les morts.--Et toi,» dit-il au plus jeune,

«prends ce sabre dont le nom est: _Quiconque me portera sera

vainqueur_.»

Il leur donna de plus à chacun du baume vert qui guérissait toutes les

blessures, et, après les avoir bien régalés, il les congédia. Les trois

frères le remercièrent et le prièrent de porter mille écus à leur mère.

Après avoir marché pendant deux jours encore dans la forêt, ils

arrivèrent chez un roi qui était en guerre avec son voisin, et lui

offrirent leurs services. L'aîné lui dit qu'il n'avait qu'à toucher

l'étoile d'or de sa ceinture pour en faire sortir des perles, des

diamants, des émeraudes, des rubis, des plats d'or et d'argent. Le

second dit qu'en faisant sonner sa sonnette, il ressuscitait les morts.

Le troisième parla de son sabre _Quiconque me portera sera vainqueur_.

Ils n'oublièrent pas le baume vert qui guérissait toutes les blessures.

Enfin, le roi promit sa fille à celui qui se distinguerait le plus à la

guerre.

Les trois frères combattirent comme des lions; la sonnette ressuscitait

les morts, le baume vert guérissait les blessures, le sabre faisait

merveille. Bref, le roi qu'ils servaient remporta la victoire, la

paix fut signée au bout de deux mois, et le roi vaincu fut obligé de

financer.

La princesse épousa celui des trois frères qui avait la sonnette; les

deux autres se marièrent avec les nièces du roi.

Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 2 (of 2) · 第 120 / 309 题