JEAN BÊTE

Il était une fois un jeune garçon qu'on appelait Jean Bête. Sa mère lui

dit un jour: «Jean, tu iras porter ma toile au marché, mais tu ne la

vendras pas à des gens trop bavards.--Non, maman; soyez tranquille.»

Il se rendit donc au marché. Bientôt un homme s'approcha de lui:

«Combien voulez-vous de votre toile!--Hon.--A combien votre

toile?--Hon.--Répondez donc.--Vous n'aurez pas ma toile; vous êtes trop

bavard.»

Jean s'en alla un peu plus loin. Arriva un autre homme:

«Vous avez de bien belle toile.--Hon.--Combien la

vendez-vous?--Hon.--Parlerez-vous?--Vous n'aurez pas ma toile, vous

êtes trop bavard.»

«Je vais m'en retourner,» se dit Jean; «je vois bien qu'il n'y a ici

que des bavards.»

En quittant le marché, il eut l'idée d'entrer à l'église. Voyant à

la porte un saint de pierre, il s'en approcha et lui présenta sa

marchandise, en disant: «Voulez-vous de ma toile?» Il se trouva qu'au

même instant le vent fit remuer la tête du saint, qui n'était plus trop

solide: Jean crut qu'il faisait signe que oui. «Vous aurez ma toile,»

lui dit-il, «vous n'êtes pas bavard, vous.» Il lui mit la toile sur le

bras et s'en retourna au logis.

«Eh bien! Jean,» lui dit sa mère, «as-tu vendu ta toile?--Oui,

maman.--A qui l'as-tu vendue?--Il n'y avait sur le marché que des

bavards. J'ai vu à la porte de l'église un brave homme qui ne dirait

rien du tout, et je la lui ai donnée. Il ne me l'a pas payée, mais il

n'y a rien à craindre.--Malheureux!» dit la mère, «cours vite reprendre

ma toile.»

Jean retourna à l'église; la toile était toujours sur le bras du saint.

«Rends-moi ma toile,» lui dit Jean. A ce moment, le vent fit branler la

tête du saint à droite et à gauche. «Ah!» cria Jean, «tu ne veux pas

me la rendre; attends un peu.» Il donna au saint une volée de coups de

bâton, reprit la toile et revint tout joyeux à la maison.

Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 2 (of 2) · 第 116 / 309 题