LE PETIT CHAPERON BLEU

Un jour, un fermier et sa femme, s'en allant faire la moisson,

laissèrent à la maison leur petit garçon, qu'on appelait le petit

Chaperon bleu, parce qu'il portait un chaperon de cette couleur, et lui

dirent de venir aux champs à midi leur porter la soupe.

A l'approche de midi, le petit garçon versa la soupe dans un

pot-de-camp et se mit en devoir de la porter à ses parents. Comme il

passait par l'étable, voyant que la vache n'avait rien à manger, il

posa son pot à côté d'elle et alla chercher du fourrage. Mais, par

malheur, la vache donna un coup de pied dans le pot, et toute la soupe

se répandit par terre. Voilà le petit garçon bien en peine. Il ne

trouva rien de mieux à faire que de se cacher dans une botte de foin.

Les parents, ne le voyant pas arriver, revinrent au logis; on

l'appelle, on le cherche partout: point de petit Chaperon bleu.

Cependant la vache, qui avait faim, se mit à beugler; on lui donna

la botte de foin où le petit garçon s'était blotti. La vache avala

l'enfant avec le foin.

Un instant après, quand on voulut renouveler la litière, on s'aperçut

que la vache ne pouvait plus bouger: on avait beau la pousser, la

frapper; rien n'y faisait. «Vache, tourne-teu, vache, tourne-teu!--Je

n'me tournerâme.» En entendant la vache parler, les gens furent bien

étonnés et la crurent ensorcelée; ils ne se doutaient guère que c'était

le petit Chaperon bleu qui répondait pour elle. On courut chercher

le maire. «Vache, tourne-teu!--Je n'me tournerâme.» Enfin on appela

le curé, qui dit à la vache en français: «Vache, tourne-toi!--Je

n'comprenme le français; je n'me tournerâme.»

Le fermier, ne sachant plus que faire, fit venir le boucher. La bête

fut tuée et dépecée; le ventre fut jeté dehors et ramassé par une

vieille femme, qui l'emporta dans sa hotte.

A peine était-elle hors du village, que le petit garçon se mit à

chanter:

«Trotte, trotte, vieille sotte!

Je suis au fond de ta hotte.»

La vieille, bien effrayée, pressa le pas sans oser regarder derrière

elle. Comme elle passait près d'un troupeau de moutons, le petit garçon

cria: «Berger, berger, prends garde à tes moutons! Voici le loup qui

vient.» La vieille, à demi folle de frayeur, disait en se tâtant: «Je

ne suis pourtant pas le loup! Qu'est-ce que cela veut dire?» Arrivée

chez elle, elle ferma la porte, déposa sa hotte par terre et fendit

le ventre de la vache. Dans un moment où elle tournait la tête, le

petit garçon sortit tout doucement de sa prison et se blottit derrière

l'armoire.

La vieille prépara les tripes et les accommoda pour son souper. Elle

commençait à se remettre de sa frayeur et ne songeait plus qu'à se

régaler, quand tout à coup le petit garçon se mit à crier: «Bon

appétit, la vieille!» Cette fois, la pauvre femme crut que le diable

était au logis et commença à trembler de tous ses membres. «Ecoute,»

lui dit alors le petit garçon sans quitter sa place, «promets-moi de

ne dire à personne où tu m'as trouvé et de me reconduire où je te

dirai. Je serai bien aise de n'être plus ici, et toi tu ne seras pas

fâchée d'être débarrassée de moi.» La vieille promit tout, et le petit

Chaperon bleu se montra. Elle le reconduisit chez ses parents, qui

furent bien joyeux de le revoir.

Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 2 (of 2) · 第 97 / 309 题