Il était une fois trois frères; le plus jeune était un peu bête, comme
moi. Or, il y avait en ce temps-là une princesse qui était à marier,
mais dont la main n'était pas facile à gagner. Les deux aînés, se
flattant de réussir, voulurent tenter l'aventure; ils partirent en
disant au plus jeune de garder la maison, et comme celui-ci s'obstinait
à vouloir aller avec eux, ils le chassèrent. Mais le jeune garçon les
suivit à distance.
Après avoir fait un bout de chemin, il vit par terre un cul de
bouteille. Il le ramassa en criant à ses frères: «Hé! vous autres!
retournez donc; j'ai trouvé quelque chose.» Ses frères accoururent
et lui demandèrent ce qu'il avait trouvé. «J'ai trouvé ce cul de
bouteille.--Voilà tout!» dirent ses frères. «Ne t'avise plus de nous
faire retourner pour rien, ou tu auras des coups.»
Un peu plus loin, le sot ramassa un oiseau mort qu'il vit par terre.
«Hé! vous autres!» cria-t-il, «retournez donc; j'ai encore trouvé
quelque chose.» Ses frères rebroussèrent chemin. «Quoi!» dirent-ils;
«tu nous fais retourner pour un méchant oiseau!» Ils le battirent et se
remirent en route.
Cependant le sot les suivait toujours. Ayant trouvé une corne de bœuf,
il la ramassa et se mit à souffler dedans. Il fit encore retourner ses
frères; ceux-ci le rouèrent de coups et le laissèrent à demi mort.
Ils arrivèrent bientôt au château de la princesse. L'aîné se
présenta le premier devant elle. «Bonjour, ma princesse.--Bonjour,
monsieur.--Qu'il fait chaud aujourd'hui, ma princesse!--Oh! pas encore
si chaud qu'en haut de mon château.» Le jeune homme ne comprit pas ce
que la princesse voulait dire, et, ne sachant que répondre, il s'en
alla.
Le second frère entra ensuite. «Bonjour, ma princesse.--Bonjour,
monsieur.--Il fait bien chaud aujourd'hui, ma princesse!--Oh! pas
encore si chaud qu'en haut de mon château.» Le jeune homme ne comprit
pas mieux que son frère et se retira.
Le sot se présenta à son tour. «Bonjour, ma princesse.--Bonjour,
monsieur.--Il fait bien chaud aujourd'hui, ma princesse!--Oh! pas
encore si chaud qu'en haut de mon château.--Bon!» dit le sot, «j'y
ferai donc cuire mon oiseau.--Et dans quoi le mettras-tu?--Je le
mettrai dans ce cul de bouteille.--Mais dans quoi mettras-tu la
sauce?--Je la mettrai dans cette corne.--Bien répondu,» dit la
princesse. «C'est toi qui auras ma main.»
On prépara un grand festin, et le jeune homme épousa la princesse.