Des contes analogues ont été recueillis dans la Haute-Bretagne
(Sébillot, I, nº 23); en Allemagne (Grimm, nº 52; Prœhle, I, nº
2; Kuhn, _Westfælische Sagen_, p. 251 et p. 242); dans diverses
parties de l'Italie (Coronedi-Berti, nº 15; Knust, nº 9; Nerucci,
nº 22); en Sicile (Gonzenbach, nº 18; Pitrè, nº 105); en Portugal
(Coelho, nº 43); en Norwège (Asbjœrnsen, II, p. 129); en Irlande
(Kennedy, II, p. 114).
Dans tous ces contes, le thème traité est le même que dans le
conte lorrain; mais le détail des humiliations infligées à
l'orgueilleuse princesse est, dans la plupart, tout autre. Nous ne
trouvons de ressemblance que dans le conte breton et les contes
allemands. L'épisode des soldats qui boivent et ne paient pas
figure seulement dans le conte de la collection Prœhle, et dans le
second conte de la collection Kuhn; celui de la faïence brisée,
dans le conte breton et dans tous les contes allemands, excepté
le conte westphalien que nous venons de citer. (Il existe aussi
dans le conte irlandais; mais, à en juger par certains détails
de rédaction, joints à l'extrême ressemblance générale, ce conte
paraît dériver directement du livre des frères Grimm ou plutôt
d'une traduction anglaise.)--L'épisode de la fête donnée au palais
et des restes qui se répandent par terre termine le conte allemand
de la collection Grimm, comme le nôtre; dans le conte breton, il
figure à un autre endroit du récit. Dans le conte allemand de la
collection Prœhle, cet épisode diffère de notre conte en ce que le
mari de la princesse, c'est-à-dire le prince déguisé, lui ordonne,
en l'envoyant au palais, de glisser subtilement trois cuillers
d'argent dans sa poche.
Dans tout un groupe (contes siciliens, conte italien de la
collection Nerucci, conte portugais, conte norwégien), le mari de
la princesse l'envoie plusieurs fois travailler au château, et,
chaque fois, il lui dit de voler telle chose; chaque fois aussi,
sous son costume de prince, il la prend sur le fait et la traite de
voleuse.
Le conte breton a, dans son introduction, un trait qu'il faut
rapprocher du conte lorrain. La princesse dit d'un prétendant
qu'elle ne voudrait pas même de lui pour décrotter ses souliers.
Aussi, plus tard, le prince déguisé fait-il faire à l'orgueilleuse
le métier de décrotteuse, et, sans le reconnaître, elle lui
décrotte un jour les souliers dans la rue. Finalement, après avoir
révélé à la princesse ce qu'il est, il lui dit: «Tu trouvais que je
n'étais pas même bon à décrotter tes souliers, et, sans le savoir,
tu as décrotté les miens.»--Ce trait est plus net ici que dans
notre conte.
* * * * *
Au XVIIe siècle, Basile insérait dans son _Pentamerone_ (nº 40) un
conte de cette famille, se rattachant au groupe dont nous avons
parlé plus haut. Au siècle précédent, d'après M. Kœhler, un autre
Italien, Luigi Alamanni, avait déjà pris le même thème pour sujet
de sa nouvelle _La comtesse de Toulouse et le comte de Barcelone_.
Enfin, au XVIe siècle, Yón Halldórsson, qui fut évêque de Skálholt
en Islande de 1322 à 1339, rédigeait une _Saga_ contenant la même
histoire, d'après un poëme latin qu'il avait lu pendant son séjour
en France. Cette _Clarus Saga_, qui a été publiée en 1879, est
jusqu'à présent la plus ancienne version connue de ce conte. (Voir
la petite notice de la _Romania_, 1879, p. 479.)