Comparer nos nºˢ 4, _Tapalapautau_, et 56, _le Pois de Rome_.--Voir
les remarques de notre nº 4.
Dans un conte champenois, l'_Histoire du Bonhomme Maugréant_, qui
a été publié par M. Ch. Marelle dans l'_Archiv für das Studium
der neueren Sprachen und Literaturen_, t. LV, p. 363 (Brunswick,
1876), et reproduit dans les _Contes des provinces de France_ (p.
46), c'est aussi saint Pierre qui donne au bonhomme les objets
merveilleux.
On aura remarqué dans _Jean de la Noix_ diverses altérations du
thème primitif. Ainsi, le passage où il est dit au pauvre homme de
ne point demander à la serviette et à l'âne ce qu'ils savent faire,
n'a pas de sens. (Il est assez curieux de constater que cette
altération se retrouve dans le conte valaque nº 20 de la collection
Schott et dans le conte publié au XVIIe siècle par Basile dans le
_Pentamerone_, nº 1).--Ainsi encore, c'est à la sottise de sa femme
et non à la friponnerie d'un aubergiste que Jean doit la perte des
objets merveilleux.
* * * * *
Nous avons recueilli, à Montiers-sur-Saulx, une autre version du
même conte. La première partie de cette variante tient à la fois
de _Tapalapautau_ et de _Jean de la Noix_. Comme dans le premier
conte, c'est du bon Dieu que le pauvre homme reçoit successivement
une serviette, un âne et une crosse d'or, à laquelle on dit:
_Tapautau, tape dessus_, pour la faire agir, et _Alapautau_ pour
l'arrêter; comme dans _Jean de la Noix_, défense est faite de
demander à ces objets merveilleux ce qu'ils savent faire; mais
la curiosité de la femme n'a pas ici les mêmes conséquences: les
trois objets merveilleux restent en la possession de la famille,
qui bientôt se trouve très riche. Un jour, l'homme veut mesurer son
or et son argent; il envoie ses enfants emprunter un boisseau à la
voisine. Un louis reste au fond du boisseau (voir les remarques de
notre nº 20, _Richedeau_), et la voisine va dénoncer l'homme à la
justice, qui le condamne à être pendu. Quand il est au pied de la
potence, il se met à pleurer en regardant sa femme et ses enfants.
«Hélas!» dit-il, «si j'avais seulement mon pauvre bâton, que je
l'embrasse encore une fois avant de mourir!» On lui apporte sa
crosse d'or. Aussitôt il lui dit:
«Tapautau, tape dessus, corrige-les bé (bien)!
«Tape sur celle qui m'a prêté le boissé (boisseau)!»
On le supplie de rappeler son bâton; à la fin il consent à le faire
et il rentre tranquillement chez lui.
Le dénouement de cette variante est à peu près identique à celui
du conte de la Haute-Bretagne (Sébillot, III, nº 24) cité dans
les remarques de notre nº 4. Il faut aussi en rapprocher la fin
d'un conte espagnol de même type (Caballero, I, p. 46), dont voici
l'analyse: Le père Curro a dépensé tout son bien en bombances.
Désespéré des avanies que lui font subir sa femme et ses enfants,
il veut se pendre à un olivier. Un follet vêtu en moine l'arrête et
lui donne une bourse qui ne se vide jamais. En retournant chez lui,
il entre dans une auberge, y fait grande chère et s'y endort sous
la table. L'aubergiste fait faire par sa femme une bourse semblable
à celle du père Curro et la substitue à celle-ci. Arrivé chez lui,
le père Curro dit à sa famille de se réjouir et met la main dans
la bourse sans en rien retirer. Roué de coups par sa femme, il
reprend la corde pour se pendre. Le follet, sous la figure d'un
_caballero_, lui donne une nappe qui lui fournira toujours de quoi
manger. La nappe, étendue par terre, se couvre de mets excellents.
Le père Curro entre dans l'auberge, et sa nappe lui est dérobée.
Sa femme et ses enfants, voyant que la nappe ne se garnit pas,
tombent sur lui et le laissent en piteux état. Le père Curro s'en
retourne avec sa corde. Cette fois, le follet lui donne une petite
massue, à laquelle il doit dire certaines paroles, s'il veut
qu'on le laisse en paix. Il rentre chez lui; ses enfants viennent
lui demander du pain en l'injuriant; il envoie sa massue contre
eux, et les voilà sur le carreau. La mère vient au secours de ses
enfants; la massue tombe sur elle et la tue. L'alcade arrive avec
ses alguazils; l'alcade est tué et les alguazils s'enfuient. Le roi
envoie un régiment de grenadiers, qui sont fort maltraités et qui
se retirent en désordre. Le père Curro s'endort avec sa massue sur
lui. Il se réveille pieds et poings liés; on le mène en prison, et
il est condamné à mourir par le garrot. Sur l'échafaud on lui délie
les mains; il prend sa massue et l'envoie tuer le bourreau. Le roi
ordonne de le laisser aller et lui donne une propriété en Amérique.
Il s'en va dans l'île de Cuba et y bâtit une ville. Il y tue tant
de monde avec sa massue que la ville en garde le nom de _Matanzas_
(du mot _matar_, «tuer»).
Dans ce conte espagnol il n'est point question, comme dans notre
variante et dans le conte breton, de dernière grâce demandée par
le condamné. Ce trait, ainsi que tout le dénouement, nous le
rencontrons dans des contes qui se rapportent à d'autres thèmes.
Ainsi, dans un conte allemand de la collection Ey (p. 122), dont
nous avons donné l'analyse à propos de notre nº 31, l'_Homme de
fer_ (II, p. 6), le soldat, au pied de la potence, obtient du roi
la permission d'allumer une certaine bougie. Aussitôt paraît, un
gourdin à la main, l'homme de fer, serviteur de la bougie, et il
assomme le bourreau et les spectateurs. Le roi crie au soldat de
faire trêve et lui donne sa fille en mariage. (Comparer Grimm,
nº 116.)--Ailleurs, par exemple dans un conte allemand (Grimm,
nº 110), dans un conte polonais de la Prusse orientale (Tœppen,
p. 148), c'est en se faisant donner la permission de jouer une
dernière fois de son violon, que le condamné sauve sa vie. Forcé,
ainsi que tous les assistants, par la vertu du violon merveilleux,
de danser et de danser toujours, le juge lui crie de cesser de
jouer et lui fait grâce.