LE BÉNITIER D'OR

Il était une fois de pauvres gens, qui avaient autant d'enfants qu'il

y a de trous dans un tamis. Ils venaient d'avoir encore une petite

fille, lorsqu'ils virent entrer chez eux une dame qui s'offrit à être

marraine de l'enfant; ils acceptèrent bien volontiers. Cette dame était

la Sainte-Vierge. «Dans huit ans,» dit-elle, «je viendrai chercher

l'enfant.» Elle revint, en effet, au bout de huit ans, et emmena la

petite fille.

Un jour, elle lui dit: «Voici toutes mes clefs, mais vous n'irez pas

dans cette chambre.» Puis elle alla se promener.

A peine fut-elle sortie, que la petite fille ouvrit la porte de la

chambre où il lui était défendu d'entrer. Voyant un bénitier d'or, elle

y trempa les doigts et les porta à son front; aussitôt ses doigts et

son front furent tout dorés. Elle se mit un bandeau sur le front et des

linges aux doigts.

Bientôt la Sainte-Vierge revint. «Eh bien!» dit-elle à l'enfant,

«êtes-vous entrée dans la chambre où je vous ai défendu d'aller?--Non,

ma marraine.--Si vous ne dites pas la vérité, vous aurez à vous en

repentir.--Non, ma marraine, je n'y suis point entrée.»

Il arriva, dans la suite, que la jeune fille épousa un roi. Le premier

enfant qu'elle mit au monde disparut aussitôt après sa naissance, et,

son mari lui ayant demandé ce qu'il était devenu, elle ne put le lui

dire. Le roi, furieux, sortit en menaçant la reine de la faire mourir.

Tout à coup, la Sainte-Vierge parut devant elle et lui dit: «Etes-vous

entrée dans la chambre?--Non, ma marraine.--Si vous me dites la

vérité, je vous rendrai votre enfant.--Non, ma marraine, je n'y suis

point entrée.»

Au bout d'un an, la reine eut un second enfant, qui disparut comme le

premier. Le roi, encore plus furieux que la première fois, dit qu'il

voulait absolument savoir où étaient les enfants; la reine ne répondit

rien. Un instant après, la Sainte-Vierge parut devant elle et lui dit:

«Ma fille, êtes-vous entrée dans la chambre?--Non, ma marraine.--Si

vous me dites la vérité, je vous rendrai vos deux enfants.--Non, ma

marraine, je n'y suis point entrée.»

La reine ayant mis au monde un troisième enfant, le roi aposta des

gardes pour voir ce qui se passerait. Tout à coup on entendit au dehors

une musique si agréable que tout le monde y courut; or, cette musique

s'était fait entendre par l'ordre de la Sainte-Vierge, qui enleva

l'enfant pendant qu'il n'y avait plus personne dans la chambre. Le roi,

outré de colère, déclara que, pour le coup, il allait faire dresser un

bûcher et que sa femme y serait brûlée vive.

La Sainte-Vierge se présenta une troisième fois devant la reine.

«Ma fille,» lui dit-elle, «êtes-vous entrée dans la chambre?--Non,

ma marraine.--Dites-moi la vérité et je vous rendrai vos trois

enfants.--Non, ma marraine, je n'y suis point entrée.»

On conduisit la reine au bûcher. Au moment d'y monter, elle vit

encore la Sainte-Vierge, qui lui dit: «Si vous me dites la vérité, je

vous rendrai vos trois enfants.--Non, je n'y suis point entrée.» La

Sainte-Vierge lui apparut de nouveau pendant qu'elle montait; elle

persista à dire non; mais, quand elle se vit en haut du bûcher, le cœur

lui manqua, et elle avoua.

La Sainte-Vierge la fit alors descendre du bûcher et lui rendit ses

enfants. Depuis ce temps, la reine vécut heureuse avec son mari.

Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 2 (of 2) · 第 40 / 309 题